Un village suisse brûle une statue trans: tollé international
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PolémiqueUn village suisse brûle une statue trans: tollé international

Épinglée par la presse internationale, la localité zurichoise de Bassersdorf a défrayé la chronique lors de la dernière fête du printemps et suscité l’indignation de la communauté LGBT.

par
Jonathan Zalts
À Bassersdorf, les organisateurs ont d’abord pensé à la thématique du coronavirus ou donner à la statue les traits de Vladimir Poutine avant d’opter pour le «Diversity-Böögg».

À Bassersdorf, les organisateurs ont d’abord pensé à la thématique du coronavirus ou donner à la statue les traits de Vladimir Poutine avant d’opter pour le «Diversity-Böögg».

Capture Zürinews

Mouammar Kadhafi, Kim Jong-un et même Doris Leuthard: le «Böögg» – ce fameux bonhomme de neige rempli de pétards – prend chaque année une forme pour le moins originale à Bassersdorf, dans le canton de Zurich. Et l’édition 2022 du Sechseläuten, la fête zurichoise marquant le début du printemps, n’a évidemment pas fait exception.

Destinée à être brûlée et mesurant trois mètres de haut, l’insolite statue était dotée cette année d’un pénis, de testicules et de seins. Elle avait une partie du crâne avec une calvitie, l’autre moitié avec des cheveux longs. Le «Diversity-Böögg» portait en outre une cravate accompagnée d’une petite jupe arc-en-ciel.

Une apparence bien spécifique, décidée par les organisateurs, qui a semblé plaire aux villageois, ces derniers ayant volontiers pris part aux festivités et assisté à la crémation de la statue.

«Dérapage total»

Mais il y a bien un habitant qui n’a pas goûté à cet humour, puisqu’il est allé jusqu’à déposer une plainte auprès du Ministère public zurichois. Interrogé par le «Tages-Anzeiger», cet octogénaire dénonce un «dérapage total» ainsi qu’un acte «méprisant». Selon lui, cette crémation était discriminatoire puisque c’était clairement une «caricature trans» que l’on faisait brûler.

Le citoyen a également saisi le Bureau de l’égalité du canton de Zurich, qui a apporté son soutien à sa démarche. «Brûler symboliquement une poupée sur la base d’une caractéristique extérieure, ce n’est pas possible», explique sa directrice Helena Trachsel au quotidien alémanique. Cette dernière fait remarquer qu’on ne brûlerait pas non plus un Böögg avec une canne d’aveugle ou un fauteuil roulant.

Plainte classée

L’organisateur des festivités de Bassersdorf affirme pour sa part que le Bureau de l’égalité comme l’habitant indigné donnent à la statue une symbolique qu’elle n’a pas. Il explique avoir d’abord pensé à la thématique du coronavirus ou donner à la statue les traits de Vladimir Poutine avant de finalement opter pour le «Diversity-Böögg».

Pour lui, il faut considérer sa création comme «un pamphlet contre l’hypersensibilité narcissique et le manque d’humour pathologique qui sévissent».

La plainte déposée par l’octogénaire zurichois a finalement été classée par le Ministère public: «Les conditions pour l’ouverture d’une enquête pénale ne sont pas réunies», écrit l’autorité au «Tages-Anzeiger».

«Effigie transphobe»

L’affaire n’en reste toutefois pas là puisqu’elle a eu un retentissement international. Se saisissant du sujet, le quotidien britannique «Metro» écrit par exemple: «Un village qui a brûlé des effigies de Kim Jong Un et de Kadhafi met le feu à une femme de paille transgenre».

Le «Böögg» de Bassersdorf a également fait les gros titres de la presse LGBT. Le portail allemand queer.de, présenté comme «l’organe central du lobby homosexuel» en Allemagne, parle notamment d’une «une figure de la «diversité» brûlée lors d’une manifestation coutumière».

Les réactions virulentes ont également fusé sur les réseaux sociaux, certains internautes qualifiant la statue d’«horrible effigie transphobe», d’autres accusant les organisateurs d’attiser la haine contre les personnes trans.

«Combustion rituelle»

«Je peux comprendre que l’action ait suscité des opinions divergentes sur ce sujet sensible, et je regrette vivement que des sentiments de personnes aient été blessés», déplore auprès du «Zürcher Unterländer» Doris Meier (PLR), présidente du Conseil municipal de Bassersdorf. Elle ajoute que le conseil n’avait pas connaissance à l’avance de l’apparence du «Böögg» cette année.

L’organisateur des festivités confie de son côté qu’il ne s’attendait pas que l’événement fasse autant de bruit. «Les gens qui ne connaissent pas le contexte du «Böögg» de Bassersdorf ont l’impression que nous procédons à une combustion rituelle, explique-t-il au journal zurichois. Nous sommes impuissants face à ce que pensent les gens de l’étranger qui ne connaissent pas notre tradition.»

Assurant qu’il ne s’agissait pas là d’une attaque contre la communauté LGBT ni d’un appel à la violence, il conclut: «Nous avons féminisé le Böögg à la demande de nos membres féminins. L’idée était que ce Böögg représente toutes les personnes.»

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