23.08.2018 à 15:02

SuisseUn virus transmissible à l'homme tue des oiseaux

Le virus émergent Usutu a causé la mort de nombreux merles en Suisse. Il a rendu un homme malade en France. Il ne serait pas dangereux.

par
Christine Talos
Le moustique Culex pipiens, très commun en Suisse, serait le porteur du virus fatal pour les merles.

Le moustique Culex pipiens, très commun en Suisse, serait le porteur du virus fatal pour les merles.

dr/Shutterstock

L'été a été rude pour les oiseaux en Suisse. Ceux-ci ont dû faire face à la sécheresse qui a réduit leur stock de nourriture, mais aussi à un virus émergent, Usutu, qui a fait plusieurs victimes chez les volatiles. «Ce sont particulièrement les merles qui ont été touchés», confirme le professeur Marie-Pierre Ryser-Degiorgis, cheffe du secteur animaux sauvages au Centre de médecine des poissons et des animaux sauvages (FIWI) de l'Université de Berne.

Ce virus Usutu n'est pas un inconnu en Suisse. «La maladie a émergé en 2001 en Europe et les premiers cas connus chez nous datent de 2006», explique la chercheuse. «Nous avons eu encore quelques cas en 2007 puis plus rien jusqu'en 2015, et à nouveau en 2017 avec trois, voire quatre cantons touchés».

Mais 2018 est particulier: «depuis le début de l'année, nous avons déjà analysé 25 oiseaux, dont 21 merles, confie-t-elle. Si tous les résultats ne sont pas encore disponibles, les analyses ont confirmé la présence du virus chez les premiers merles analysés.

Des cas suspects chaque semaine

Et ce n'est pas fini. «Depuis début août, nous recevons des cas suspects chaque semaine», explique-t-elle. «Il se passe donc quelque chose». Si les merles sont les plus atteints, certains oiseaux de proie, comme les chouettes, seraient également concernés. Les pays voisins sont aussi touchés. Cet été, des cas ont également été observés dans le nord de l'Italie, en France, en Autriche et aux Pays-Bas, souligne Marie-Pierre Ryser-Degiorgis.

La canicule a-t-elle joué un rôle dans l'arrivée de ce virus? «La période des cas de mortalité chez les oiseaux, essentiellement les merles, va typiquement de juillet à septembre», explique la chercheuse. En Suisse c'est le mois d'août qui est le plus critique. «Ceci est lié à l'activité et à l'abondance des moustiques qui transmettent la maladie», ajoute-t-elle. Les étés très chauds et secs semblent favoriser les épidémies, selon elle.

Une victime humaine en France

Le virus a également fait parler de lui en France en juin dernier. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a publié dans la pressescientifique le cas d'un homme de 39 ans, hospitalisé à Montpellier en 2016, et qui présentait une paralysie faciale temporaire que la médecine n'arrivait pas à relier à une maladie précise. Après analyse du liquide céphalo-rachidien, il s'est avéré que le patient était touché par Usutu.

L'Inserm a indiqué que 26 cas d’infection humaine par Usutu avaient été rapportés en Europe. Mais ce chiffre serait largement sous-estimé, selon un spécialiste de ce virus, du fait de l’inexistence de tests de détection et de la méconnaissance générale des symptômes qui y sont associés.

Sud de l'Afrique

D'où vient ce virus? Usutu appartient à la même famille que les virus Zika ou celui de la fièvre du Nil occidental. Cet arbovirus doit son nom à la rivière éponyme située au Swaziland (aujourd'hui eSwatini), région du sud de l'Afrique dans laquelle il a été détecté pour la première fois en 1959. Tout comme ces cousins, il se transmet par le biais des moustiques et entraîne une mortalité importante chez les passereaux.

Mais les connaissances sur les pathologies humaines sont pour l'instant limitées. Le premier cas d'infection chez un homme a été rapporté dans les années 1980 en République centrafricaine et le 2e au Burkina Faso en 2004, selon le journal scientifique Futura-sciences. Ces premiers patients n'ont eu que des symptômes peu graves : éruption cutanée, légère atteinte au foie.

Peu dangereux

Si le virus peut donc se transmettre à l'homme, il semble être peu dangereux. «Comme pour les autres arbovirus, la plupart des cas d’infection humaine sont asymptomatiques», estime l'Inserm. De son côté, Marie-Pierre Ryser ajoute: «il peut poser des problèmes chez les immunodéprimés par exemple. Mais le risque d'être heurté par une voiture reste plus grand que celui d'être infecté par ce virus.»

Néanmoins, la prudence s'impose devant un oiseau malade ou affaibli. «Comme pour tout animal sauvage, mieux vaut éviter de le toucher à mains nues», précise le professeur qui précise que le virus ne peut pas se transmettre par contact direct. Elle conseille donc de signaler le volatile au garde-faune local, à un vétérinaire ou à un centre de réhabilitation pour animaux sauvages. Ils se chargeront ensuite d'envoyer si besoin l'animal aux spécialistes pour analyses complémentaires. ?

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