Protection: Une appli pour mettre les sociétés face à leur responsabilité
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ProtectionUne appli pour mettre les sociétés face à leur responsabilité

Depuis l'entrée en vigueur du règlement européen, les données personnelles sont au cœur de toutes les préoccupations. Une application suisse, One. Thing. Less, permet de les gérer à merveille.

par
Christophe Pinol
L'équipe de One.Thing.Less a veillé à ce que l'application soit particulièrement simple à utiliser. Et c'est le cas.

L'équipe de One.Thing.Less a veillé à ce que l'application soit particulièrement simple à utiliser. Et c'est le cas.

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Impossible d'être passé à côté. Vendredi dernier, 25 mai, entrait en vigueur la nouvelle loi sur la protection des données personnelles, le RGPD. À cette occasion, nous avons tous reçu des dizaines d'e-mails de différentes sociétés nous demandant d'approuver leur nouvelle politique de confidentialité. Ce qu'il faut retenir de cette loi, c'est maintenant la possibilité pour le consommateur de demander à n'importe quelle société des comptes sur nos données personnelles. Mais comment procéder? À qui s'adresser? Et que demander exactement?

Miracle, une application suisse est là pour répondre à toutes ces questions. Et même le faire à notre place, de manière extrêmement simplifiée. Gratuite, développée en collaboration avec l'agence digitale Liip, One. Thing. Less (pour l'instant que sur iOS, mais sur Android courant juin) propose à ses utilisateurs d'automatiser le processus de requête adressée aux entreprises afin de gérer au mieux la façon dont elles utilisent nos données personnelles. L'appli n'est encore disponible qu'en anglais (français, allemand, italien et espagnol sont prévus d'ici à 3 mois) mais son fonctionnement est si épuré qu'on s'y retrouve très facilement.

Comprendre où vont nos données

«Aujourd'hui, les gens ne savent pas ce que l'on fait de leurs données personnelles, nous explique James Aschberger, créateur de l'application. Prenez une simple application météo: elle va vous demander d'autoriser votre localisation. Bien entendu, vous acceptez, mais ce que vous ne savez pas c'est qu'elle va revendre ces données, par exemple à des surfaces commerciales pour leur fournir l'identité des personnes présentes dans leur magasin, combien de temps elles y sont restées… Notre but n'est pas de juger cette pratique mais d'aider les gens à comprendre comment leurs données sont utilisées et leur donner le choix d'accepter de les partager ou non.»

Alors comment savoir de quelle façon Samsung, Tinder, Netflix, EasyJet ou encore Ikea gèrent nos données? Rien de plus facile. Il suffit de sélectionner les sociétés désirées parmi celles proposées sur l'application (pour l'instant une soixantaine, mais la liste sera régulièrement mise à jour) et, en un seul clic, elles reçoivent une liste de 7 questions thématiques («Quelles sont les données personnelles que vous avez sur moi et quel usage en faites-vous?» «Avez-vous acquis certaines de mes données personnelles à travers une société tierce?»…). Ne reste alors plus qu'à attendre leur réponse (l'application se charge même de les relancer automatiquement si elles ne le font pas promptement) avant de demander d'éventuels changements sur le traitement de ses données lors d'une deuxième étape.

Les premières requêtes ont tout changé

Sortie au moment de l'entrée en vigueur de la RGPD, One. Thing. Less a déjà eu son petit effet auprès des compagnies sollicitées. «On avait tenté d'obtenir leur collaboration durant la conception de l'application, continue James Aschberger. Aucune n'avait daigné nous répondre. Mais tout a changé dès qu'elles ont reçu les premières requêtes de consommateurs. Là, notre téléphone a commencé à sonner. Le responsable de la gestion des données d'une multinationale au chiffre d'affaires de plus de 100 milliards de dollars était furieux, nous expliquant que ça leur demandait trop de boulot… Mais la loi est pourtant claire! Heureusement, d'autres entreprises sont maintenant plus ouvertes à la collaboration.»

Et de conclure: «Il faut comprendre que si les utilisateurs ne se mobilisent pas, d'ici 2 à 5 ans les grands groupes sauront tout sur nous et pourront nous manipuler à loisir. Aujourd'hui, cette application propose aux gens de changer les choses, de leur rendre leur vie privée: un droit fondamental qu'il nous faut revendiquer.»

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