Boxe - «Une autre Anaïs Kistler» est de retour sur un ring
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Boxe«Une autre Anaïs Kistler» est de retour sur un ring

La Lausannoise, qui a oublié sa désillusion de 2016, boxe désormais à Carouge avec des ambitions. Elle dispute son premier combat chez les pros ce jeudi à Genève. Interview.

par
Christian Maillard
Anaïs Kistler a oublié sa déception de 2016, sa non-sélection pour les JO de Rio et son premier combat pro qui n’avait pas eu lieu.

Anaïs Kistler a oublié sa déception de 2016, sa non-sélection pour les JO de Rio et son premier combat pro qui n’avait pas eu lieu.

DR

«C’est une femme qui cogne fort et qui en veut!» Ancien champion du monde de boxe devenu promoteur de combats, Patrick Kinigamazi est admiratif quand il voit la détermination et l’abnégation d’Anaïs Kistler sur un ring. C’est désormais avec le club pugilistique de Carouge que la Pulliéranne transpire à grosses gouttes et s’escrime avec ses poings.

Après quatre ans d’absence où elle a notamment joué au rugby avec Albaladejo Lausanne Féminin et même honoré deux sélections avec l’équipe nationale, l’ex-championne de Suisse des poids légers est de retour entre les cordes. À 32 ans, cette infirmière d’origine neuchâteloise va disputer ce jeudi au Palladium de Genève, face à la Serbe Jovana Miarovic, son premier combat pro.

Anaïs Kistler avait été championne de Suisse en 2012. Quand elle était une autre boxeuse…

Anaïs Kistler avait été championne de Suisse en 2012. Quand elle était une autre boxeuse…

YVAIN GENEVAY

Anaïs, dans quel état d’esprit êtes-vous avant de remonter sur un ring, ce jeudi à Genève?

Je me dis que cela fait pile quatre ans que je devais déjà passer professionnelle et que cela ne s’était finalement pas concrétisé à cause notamment de promesses non tenues. Mais là après avoir essayé d’autres choses, pratiqué d’autres sports et effectué un gros travail sur moi-même après la déception de ma non-sélection olympique pour Rio, je découvre une tout autre Anaïs et une tout autre boxeuse aussi. À quelques heures de mon premier combat chez les pros, j’ai plus une excitation et une hâte de monter sur le ring quune appréhension. C’est surtout magnifique.

‹‹ Je découvre une tout autre Anaïs et une tout autre boxeuse aussi.››

Anaïs Kistler, qui va disputer son premier combat pro ce jeudi à Genève

Que pouvez-vous dire de votre adversaire, Jovana Miarovic: avez-vous pu l’étudier à la vidéo?

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos par rapport à elle et son palmarès amateur sur internet. Du coup j’ai arrêté de chercher. D’autant plus qu’à côté de la boxe je suis tout de même infirmière. Je dois donc me concentrer sur mon boulot tout en m’entraînant et en écoutant les conseils de mes entraîneurs. Vidéo ou pas, chaque adversaire est à prendre au sérieux. Il ne faut ni la sous-estimer, ni la surestimer. Je vais surtout travailler sur ma confiance et mes points forts.

En 2018, Anaïs Kistler avait joué un match avec l’équipe de Suisse de rugby à Vidy.

En 2018, Anaïs Kistler avait joué un match avec l’équipe de Suisse de rugby à Vidy.

ODILE MEYLAN/VQH

Après votre période «rugby» avec Albaladejo, qu’est-ce qui vous a poussé à remettre les gants?

Après cinq ans passés dans le milieu de la boxe, le rugby m’a permis de voir autre chose et de rester en forme et athlétique dans un sport également de combat. Et puis, en même temps, pour entretenir ma condition physique, je donnais tout de même encore des cours de boxe. J’ai aussi croisé de temps en temps les gants avec Olivia Boudouma afin de l’aider à préparer un championnat d’Europe. Mais c’est surtout pendant la période du Covid que j’ai eu envie de recommencer à boxer.

Pourquoi?

Comme dehors tout était fermé, j’ai ressorti mon sac de boxe et je tapais dedans entre deux à trois fois par semaine. Et cela m’a fait pas mal de bien. Ensuite, j’ai remis les gants dans une salle à Morges, chez un ami avec qui je boxais quand j’étais amateur. Cet hiver j’ai aussi fait passablement de peaux de phoque. Cela m’a permis de perdre encore un peu de poids. Du coup, j’allais bien et j’étais en forme. Et on m’a proposé un combat au mois de juin

C’est pour cela que vous êtes allé dans le club de Carouge?

Comme je n’avais pas de structure ni de manager ni d’entraîneur à Morges, que le club n’était pas affilié à Swiss Boxing et qu’il y aurait eu passablement de démarches administratives pour rester dans cette salle, c’est après un téléphone avec Bertrand Duboux, qui connaît bien le milieu, que je suis allé voir à Carouge. J’ai pris mon courage à deux mains pour pousser la porte et j’ai rencontré les deux entraîneurs, Georgio Costantino et Christophe Rime.

‹‹Après quelques entraînements, il a fallu un peu prendre la température, s’observer et s’apprivoiser.››

Anaïs Kistler, à propos de ses nouveaux entraîneurs à Carouge

Et alors, comment cela se passe?

Après quelques entraînements, il a fallu un peu prendre la température, s’observer et s’apprivoiser. C’était important de voir comment je réagissais à leurs exigences et ressentir selon mes intuitions un bon feeling avec eux. Après ce qui m’était arrivé il y a quatre ans, à une semaine de mon premier combat pro, il était important de retrouver confiance et une bonne relation pour repartir sur des bases saines. Depuis deux mois et demi, on a construit quelque chose avec Georgio et Christophe. Je suis contente du travail effectué dans une ambiance professionnelle et exigeante où on te pousse à l’entraînement et, ensuite, avec un esprit familial comme je les aime après le travail. C’est pour cela que j’ai hâte de remonter sur le ring.

Anaïs Kistler en plein effort, à l’entraînement, avec Georgio Costantino.

Anaïs Kistler en plein effort, à l’entraînement, avec Georgio Costantino.

Comment vous organisez-vous entre votre travail et les entraînements?

Je travaille aux soins à domicile, c’est un avantage. Même s’il m’arrive d’avoir des heures supplémentaires, j’ai des horaires fixes et des jours de congé ainsi que des systèmes de garde qui me permettent de bien m’organiser. Au début et durant un bon mois et demi, je n’ai rien dit de mes entraînements à mon employeur. J’ai constaté qu’avec une bonne organisation, c’était jouable et personne n’a rien vu. Cela me fait des grosses journées mais j’ai investi avec l’abonnement général CFF et c’est top. Durant le trajet entre Lausanne et Genève, cela me permet de manger, téléphoner et de bien récupérer.

Fiche bio

Nom: Kistler

Prénom: Anaïs

Née le 1er janvier 1989 à Neuchâtel

Domicile: Pully.

Taille: 171 cm

Poids: 64 kg

Clubs: BC Neuchâtel (2010), Lausanne (2011 à 2016), Carouge (depuis avril 2021).

Entraîneurs: Georgio Costantino et Christophe Rime.

Palmarès. 66 combats amateurs (en poids léger, 49 succès, 15 défaites, 2 nuls). 4 fois championne romande (2010, 2011, 2012 et 2016), 5 fois championne de Suisse (2012, 2013, 2014, 2015, 2016), Vainqueur du tournoi Montana à Paris (2013).

Albaladejo Rugby Club Lausanne Féminin en LNA (entre 2017 et 2019 avec une promotion en LNA).

Quels sont vos objectifs: disputer un championnat d’Europe?

Il est vrai qu’il y a des ceintures à aller chercher. Mais tout est allé très vite entre le moment où j’ai trouvé la structure et ce premier combat. Il y a eu tout d’abord un travail d’approche où il a fallu apprendre à se connaître avec les entraîneurs et ensuite il s’agira de voir quels seront les points à travailler d’ici à la fin de l’année où il y a déjà des propositions de prochains combats. On verra après s’il y a des possibilités de ceintures…

‹‹J’ai aussi des contacts avec des filles en France pour m’entraîner mais avec la crise sanitaire c’est actuellement en suspens…››

Anaïs Kistler est la seule femme à Carouge

À Carouge, vous pouvez aussi compter sur les conseils de Patrick Kinigamazi…

Oui, c’est notre promoteur mais il est toujours présent à la salle. Patrick Kinigamazi est un personnage, sur la même longueur d’onde que moi comme tous les autres dans la salle. Il me donne des conseils sur sa carrière, ce qu’il a vécu et cela fait plaisir. On voit qu’il a du bonheur à s’investir pour la relève qui arrive derrière, à l’image de Bryan Fonga qui disputera également son premier combat pro jeudi. Ce sont tous des gens qui sont faciles d’accès, j’adore cette mentalité.

Étant la seule femme à Carouge, vous devez donc boxer régulièrement contre des hommes?

Oui, je croise les gants avec Bryan Fanga ou Julien Calvet qui vient de temps en temps à la salle, c’est chouette. Mais il m’est aussi arrivé aussi d’appeler la Fribourgeoise Olivia Boudouma avant sa blessure. On essaie de faire comme on peut en Suisse. J’ai aussi des contacts avec des filles en France mais avec la crise sanitaire c’est actuellement en suspens…

Le programme de la soirée

Genève. Palladium. Jeudi. Dès 18 h 30. Programme (l’ordre des combats n’est pas fixé) :

Super-légers, 6x3: Bryan Fanga (CP Carouge) contre Marko Petrovic (Serbie).

Welters, 6x3: Liridon Koxka (Fight District Lausanne) contre Sladjan Dragisic (Serbie).

Super-moyens, 6x3: Khalid Graidia (CP Carouge) contre Salim Ben Rejeb (Marseille).

Lourds, 6x3: Stefan Rumpold (BC Brugg) contre Milan Milosevic (Serbie).

Dames, légers, 4 x2: Anaïs Kistler (CP Carouge) contre Jovana Miarovic (Serbie).

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