Une avancée romande contre les douleurs chroniques
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Des chercheurs genevois et valaisans ont découvert comment détecter rapidement le type de mal dont souffre un patient, ce qui pourrait aider à améliorer son traitement.

par
Michel Pralong
Les chercheurs ont découvert qu’il existe une signature bien spécifique à chacun des deux types de douleurs chroniques et qui pourrait être repérée grâce à une simple prise de sang.

Les chercheurs ont découvert qu’il existe une signature bien spécifique à chacun des deux types de douleurs chroniques et qui pourrait être repérée grâce à une simple prise de sang.

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Entre 5 et 15% de la population souffre de douleurs chroniques qui peuvent être classées dans deux principales catégories: les douleurs nociceptives et les neuropathiques. Les nociceptives stimulent des récepteurs à la douleur, sur la peau ou d’autres tissus, ou sont d’origine musculosquelettique, sans dégât au système nerveux. C’est le cas par exemple pour l’arthrose, des brûlures ou des infections. Les douleurs neuropathiques résultent de l’atteinte du système nerveux central ou périphérique suite par exemple à une amputation ou un zona.

Pour pouvoir déterminer de quel type de douleur chronique souffre un patient, celui-ci doit remplir des questionnaires et évaluer le degré d’intensité de ses souffrances, mais cela représente une part de subjectivité, cela prend du temps et n’est pas toujours précis. La Clinique romande de réadaptation de Sion, qui traite de nombreux patients souffrant de douleurs chroniques, s’est associée aux chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) pour tenter de découvrir s’il existait des marqueurs biologiques spécifiques à chaque type de douleurs. De nombreux facteurs, comme l‘alimentation, la pollution ou le stress modifient en effet la structure de notre ADN. Les maux à l’origine des douleurs chroniques le feraient-ils également, et cela de manière bien spécifique?

Des résultats stupéfiants

Pour le savoir, l’équipe du Département de génétique et développement de la Faculté de médecine de l’UNIGE a analysé le génome complet de 57 patients répartis en trois groupes: 20 qui ne ressentaient aucune douleur, 18 qui avaient des douleurs nociceptives et 19 des douleurs neuropathiques. Les résultats, publiés dans «The Journal of Pain», ont stupéfié les scientifiques. Oui, la douleur modifie bien notre ADN mais en plus, ces modifications n’ont aucune similitude entre les deux types de douleurs chroniques. Chaque catégorie a donc sa signature bien précise, sans chevauchement entre elles. On pouvait difficilement s’attendre à un résultat aussi tranché.

Et cela ouvre bien des perspectives pour le traitement de ces douleurs chroniques, comme nous l’explique Ariane Giacobino, professeure au Département de génétique et développement de l’UNIGE. «Nous pouvons déjà imaginer la possibilité de développer dans les trois ans à venir un test qui permette de définir grâce à une prise de sang et une analyse épigénétique à quelle douleur chronique nous avons à faire. Et donc de lui appliquer le traitement adéquat avec des médicaments existants», traitement qui ne s’attaquerait donc plus aux symptômes mais à la racine du mal elle-même.

Une douleur qui s’auto-alimente?

L’interrogation que soulève cette découverte est de savoir si, la douleur de base ayant modifié l’expression d’un gène, «ce n’est pas cette modification qui maintient des douleurs chroniques, s’auto-alimentant en boucle alors que la cause originelle de la douleur a disparu, constate Ariane Giacobino. Nous devons poursuivre nos recherches sur la question, car si cela se confirme, en appliquant le bon traitement, nous pourrions alors faire revenir ces gènes à la normale et interrompre ce cycle de chronicisation de la douleur».

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