20.01.2017 à 16:02

AppenzellUne candidate se «vend» comme un homme

Inge Schmid a voulu provoquer la discussion et promouvoir ses capacités, qui ne devraient pas être éclipsées parce qu'elle est une femme.

inge-schmid.ch

La seule femme candidate à l'élection complémentaire du 12 février dans les Rhodes-Extérieures, Inge Schmid (UDC), a choisi de mettre en avant ses «accomplissements masculins» pour espérer l'emporter. Une stratégie qui renforce les stéréotypes, selon un linguiste.

L'affiche électorale présente une femme dynamique, souriante, au collier de pierres turquoise et ongles manucurés bleus. En grandes lettres tout en haut, son prénom: Inge. Son nom, Schmid, apparaît en plus petit juste au-dessous. Encore un peu plus bas, le slogan: notre homme pour les Rhodes-Extérieures.

Une femme qui se présente comme un homme: depuis quelques jours, la presse alémanique s'en donne à coeur joie. Dans «20 Minuten», un témoin explique qu'il a d'abord cru à une erreur et que le graphiste responsable avait certainement perdu son poste à la suite de cette bourde.

Surnommée «Ingo»?

La «NZZ» spécule que les Appenzellois appellent désormais la politicienne «Ingo» au lieu d'«Inge» et que ses quatre enfants lui disent papa au lieu de maman.

Certes, l'affiche veut provoquer et Inge Schmid, 56 ans, précise sur son site internet que le slogan est un «clin d'oeil». Toutefois, toujours sur son site, la maire de Bühler (1700 habitants) insiste plusieurs fois sur ses compétences prétendument masculines.

«J'ai misé, tôt, sur des valeurs qui sont aujourd'hui encore souvent attribuées aux hommes: constitution d'un réseau varié, constante formation continue et engagement politique à côté du travail. Mes accomplissements sont donc masculins», écrit cette agricultrice qui s'est par la suite formée comme assistante juridique.

Etre femme vu comme un obstacle

Ces valeurs, qui sont en fait des expériences, ont un point commun, explique à l'ats le linguiste spécialiste du discours politique Thierry Herman: ils ont trait au monde professionnel, écartant de fait toute mention du parcours familial.

«Du coup, le stéréotype de la femme, et en particulier de la mère, qui ne parvient pas à se former, à s'engager politiquement ou à se constituer un réseau, est maintenu et toujours vu comme un obstacle à une carrière politique. Ce qui est plutôt en phase avec l'idéologie de l'UDC», conclut le linguiste de l'Université de Lausanne.

Inge Schmid avait déjà été candidate au gouvernement il y a quatre ans. Elle avait alors perdu au deuxième tour contre un homme, Paul Signer (PLR). Ironiquement, son slogan de campagne d'alors était «Une femme capable, maintenant».

Provocation pas toujours comprise

N'est-il donc pas envisageable de l'emporter en mettant en avant ses qualités de femme? «Il y a quatre ans, une journaliste avait estimé que mes expériences de vie et familiales ne seraient peut-être pas suffisantes pour l'emporter face à un homme qui avait le grade de major. Cela m'avait blessée», confie Inge Schmid à l'ats.

«J'ai choisi ce slogan pour provoquer sur cette question», poursuit-elle. «Pour moi, ce sont les capacités qui comptent et pas seulement le fait d'être un homme ou une femme», dit-elle en reconnaissant que sa stratégie n'est pas toujours bien comprise.

Lors de l'élection complémentaire du 12 février, elle fera face à deux hommes, Dölf Biasotto (PLR) et Peter Gut (sans parti), pour succéder à Marianne Koller (PLR) qui se retire après douze ans au gouvernement. L'enjeu est de taille: si Inge Schmid n'est pas élue, l'exécutif des Rhodes-Extérieures se retrouvera exclusivement masculin au moins jusqu'en 2019, date des prochaines élections.

Un précédent couronné de succès

Au bout du compte, les électeurs pourraient lui donner raison, comme le montre un précédent. En 2015, une candidate au parlement de la ville de Hamburg, Katja Suding, avait déjà fait campagne avec le slogan «Notre homme pour Hambourg». Avec succès, malgré les moqueries: son parti, le FDP, avait pu largement augmenter sa part d'électorat après sa défaite au parlement fédéral de 2013.

(ats)

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