Jura: Une cheminée explose à Montignez: «On devrait être morts!»

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JuraUne cheminée explose à Montignez: «On devrait être morts!»

Une déflagration a projeté contre les murs tout ce que contenait le salon d’un appartement. Y compris le couple de locataires. Ces deux-là sont considérés comme des miraculés.

par
Vincent Donzé
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L’explosion s’est produite à l’arrière de la cheminée

L’explosion s’est produite à l’arrière de la cheminée

lematin.ch/Vincent Donzé
L’explosion n’a pas affecté leur amour pour Montignez.

L’explosion n’a pas affecté leur amour pour Montignez.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Deux grilles qui ont fusé comme des frisbees ont été déposées devant la cheminée.

Deux grilles qui ont fusé comme des frisbees ont été déposées devant la cheminée.

Lematin.ch/Vincent Donzé

À Montignez (JU), mercredi soir, près de la frontière française, une explosion d’une violence inouïe survenue dans une cheminée a projeté, contre les murs d’un salon, tout ce qui s’y trouvait: les pierres du foyer, les meubles et, par-dessus tout, le couple de locataires qui s’y trouvait avec leur chienne! «Vous cherchez les miraculés de Noël? C’est nous!», sourient-ils.

Que s’est-il passé mercredi soir, alors que Sabrina et Denys papotaient devant la TV? «Un truc de fou! Tout le monde l’a dit, pompiers et policiers». C’est-à-dire? «Assis sur notre canapé acheté deux jours plus tôt, on regardait un bêtisier, après avoir écouté de la musique, quand, tout à coup, le bêtisier est entré chez nous! Tout est parti en fumée, nous presque avec…», résume le locataire. Blague à part, parole de pompiers, Denys (46 ans) et Sabrina (43 ans) sont des survivants.

Radiateur tordu

L’explosion a été précédée de deux détonations, à 21 h 05. «Pan! Pan! Je voulais me lever pour déplacer une bûche qui aurait pété et là, d’un coup, on a été soufflé. Des cailloux ont volé avec une telle puissance qu’on aurait pu avoir la tête arrachée», rapporte Denys.

«Notre chienne a été propulsée contre le mur et nous sur elle», détaillent les locataires du rez-de-chaussée. «J’ai les yeux qui brûlent», a hurlé Sabrina. «Je ne voyais plus rien: je pensais être aveugle», explique Sabrina le jour suivant, un bleu sous un œil.

Table indienne

Tout a été éparpillé: des statuettes, un bougeoir, un smartphone, un ordinateur, un cactus… Des projectiles ont tordu un radiateur, d’autres se sont plantés dans du mobilier. «Regarde, un caillou s’est incrusté dans le cadre du miroir!», dit Sabrina à son compagnon, le jour suivant l’explosion.

Un mur a été fissuré. Une plante aloe vera a été pulvérisée. Une statuette en fonte de la déesse Shiva a été propulsée. Massive, la pierre d’angle a été projetée dans le salon, mais seuls de petits éclats ont percuté les visages. «On est passé à quelques centimètres au mieux de tout ce qui a été projeté. C’est un miracle», résume Denys. Dans l’antre de la cheminée, deux grilles sont parties, comme il dit, «comme des frisbees»,

Bruit d’une grenade

«Moi qui ai fait l’armée, ça m’a rappelé le bruit d’une grenade. Là, logiquement, on devrait être morts», poursuit Denys. Un nuage noir chargé de braise s’est formé. «L’image la plus dingue, c’est un cylindre de fumée avec des braises comme des paillettes. À la limite, c’était beau, mais la chaleur était intense», témoigne ce locataire incommodé par «la langue et la bouche toutes noires».

Le temps de passer à tâtons au lavabo pour se laver les yeux et deux fenêtres ont été ouvertes, avant l’appel aux pompiers arrivés en cinq minutes. Ils étaient douze, bouche bouée. «Quelqu’un de plus fragile que nous n’en serait pas sorti indemne…», relève Denys.

De la chance

Le locataire tient dans ses mains un pavé ramassé côté cuisine: «On a eu de la chance dans notre malheur, on aurait pu y passer, vraiment», lâche-t-il au retour de l’hôpital. Aucune plaie ne nécessitait de passer la nuit entre les mains des médecins. Par quel miracle? «On s’est posé la question toute la nuit», répond le couple qui reste sous surveillance. «Les organes ont été secoués par l’onde de choc. Attention à d’éventuels vertiges», note-t-il.

L’origine de l’explosion n’est pas clairement déterminée, mais les regards se tournent vers deux vannes qui régulent l’eau du chauffage central. Les locataires l’ignoraient, mais derrière la cheminée, une cuve chauffée par le foyer augmentait la température fournie par la chaudière.

Rien d’anormal

Dans ce système d’appoint, la soupape fonctionnait-elle? Pas sûr, quand on voit les cendres tomber dans la cave. Les enquêteurs diront si l’installation était conforme. «Le plus étrange, c’est qu’on faisait souvent du feu, en posant deux bûches à la fois, sans rien remarquer d’anormal», précise Denys.

Jeudi soir, le couple a passé le réveillon de Noël seul dans son appartement abîmé et sali, mais avec une cuisine, une chambre à coucher et une salle de bains intactes. Un enfant de dix ans devait les rejoindre à Noël: «On aurait certainement fait un feu…», glisse le papa, en signalant que sa voisine du dessus vit avec sept enfants.

Faire du feu dans la cheminée, c’est un geste que Denys ne refera plus: «Cette cheminée, même modifiée, je ne la touche plus», assène-t-il. Mentalement, le couple se projette déjà dans un autre logement, si possible à Montignez, un village dont ils sont tombés amoureux, en provenance de Delémont. Avec cette réserve: «Quand on paie un loyer, c’est pour être en sécurité».

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