Actualisé 08.04.2020 à 12:59

Une clinique vaudoise met l'ambiance pour apaiser les esprits

Covid-19

Danse, violon, cor des Alpes: les soignants de La Lignière mettent tout en oeuvre pour donner le sourire à leurs patients. Émus, ces derniers témoignent.

par
lematin.ch

Blouse blanche et masque bleu plaqué au visage, ces soignants montrent qu'ils ont le sens du rythme, mais aussi un mental à toute épreuve. Rythme de travail accru, contraintes sanitaires nouvelles: la clinique La Lignière, à Gland (VD) a dû elle aussi s'adapter en un temps record aux chamboulements provoqués par la pandémie.

Des animations spontanées, comiques et musicales résonnent depuis deux semaines dans les couloirs de l'établissement. «Cette vidéo a fait un joli buzz à l'interne, s'amuse Sophie Gertsch, responsable de la communication. Les gens se sont mis à les remercier et ont pu entrevoir le solide moral de l'équipe malgré la crise. Unis dans cette zone confinée, ils ont eu envie de désamorcer le stress par l'humour, de relâcher la pression. Car c'est beaucoup de travail et de réorganisation.»

Pour répondre à l'appel à la solidarité et désengorger les hôpitaux de la Côte, cette clinique de réadaptation dotée de 95 lits a dédié quatre zones aux patients atteints du Covid-19. Aujourd'hui, 29 lits leurs sont consacrés et 20 sont occupés. «Nous ne sommes pas équipés pour des cas aigus, précise Sophie Gertsch. Mais nous assurons le suivi des patients aux symptômes modérés ou qui sont en rémission.»

Guérir au son du violon et du cor des Alpes

Un aumônier chargé du service d'écoute et violoniste a bercé de sa musique mardi un étage devenu particulièrement silencieux depuis sa nouvelle affectation. «Dans ces moments difficiles, les paroles passent parfois par-dessus la tête. La musique, elle, touche directement les cœurs», relève Thierry Lenoir.

Léon et Elisabeth Dubey, âgés de 72 et 67 ans, admirent le spectacle offert dans leur chambre depuis leur lit. «C'est un rêve éveillé, on se sent privilégiés d'avoir droit à un interlude privé», sourit Léon Dubey sous son masque. Le couple, domicilié à Denges (VD) a été contaminé par le COVID-19 au cours d'une croisière dans les Caraïbes, avant d'être soigné à l'hôpital de Morges, puis transféré à la clinique.

«On a de la chance d'être soignés en Suisse, on est comme des petits coqs en pâte, poursuit le patient. Quand on voit qu'en France ou en Espagne environ 500 personnes meurent par jour dans les hôpitaux, nous, on est très bien.»

Après avoir traversé les affres de la maladie en passant par la fièvre, la douleur et la perte du sens du goût, le couple s'est retrouvé très affaibli. «Je pensais qu'un jour j'allais me réveiller et que je serai de nouveau comme avant, mais je réalise qu'en n'ayant pas bougé et presque rien mangé durant deux semaines, la fonte musculaire est importante, affirme Léon Dubey. Il nous faudra au moins trois mois pour retrouver la forme en passant par des exercices de rééducation.»

Dans une autre chambre, Estelle Viret, 90 ans écrase une larme sous ses lunettes en écoutant les préludes de Jean-Sébastien Bach. «La musique m'apporte beaucoup, je me sens transportée, souffle-t-elle. Ça nous aide à oublier un moment le coronavirus. C'est un cadeau d'être ici. Je suis émue et profondément reconnaissante que Dieu m'ait gardée en vie jusqu'aujourd'hui, parce que c'était vraiment désespérant de vivre ça.»

«Sans eux, je ne serais plus là»

La patiente domiciliée à Lavigny (VD) a été diagnostiquée positive au COVID-19 il y a huit jours. Après avoir reçu les premiers soins d'urgence à l'hôpital de Morges, elle a pu rejoindre la clinique La Lignière pour entamer sa convalescence. «Je suis partie en catastrophe aux urgences, j'avais de la peine à respirer, je toussais beaucoup, raconte Estelle Viret. Cet accord entre les hôpitaux par solidarité et par amour, je trouve ça magnifique. Sans cela, je ne serais plus là.»

Un peu plus tard, dans la journée, perchés à leurs fenêtres, les patients confinés ont pu assister à un second spectacle original. Olivier Meuwly, responsable technique des dispositifs médicaux, a fait raisonner son cor des Alpes dans la cour. «Je me suis dit que ça leur ferait plaisir, comme ils sont tout le temps enfermés dans les chambres, ça apporte de la gaieté», confie le mélomane.

Tous au front

De son côté, le directeur général de la clinique Mattia Benini a salué le dévouement de ses équipes en dressant un mur de reconnaissance marqué des noms de chacun. «C'est une manière de rendre hommage à ceux qui vont au front tous les jours, pour répondre à cette mission commune, affirme-t-il. Depuis le 15 mars, nous avons réorganisé nos services, toutes nos unités ont convergé vers une seule mission: répondre aux besoins urgents liés à cette pandémie. Et nous le faisons tous avec passion.»

À l'image de bien d'autres institutions de santé, la solidarité s'est manifestée à travers le volontariat de tous les corps de métiers. «En dépit des risques, des physiothérapeutes ou des ergothérapeutes n'ont pas hésité à rejoindre les soignants, remarque Ionut Dobrescu, médecin spécialiste en médecine et réadaptation. C'est extraordinaire! On sent qu'on n'est pas seuls dans la difficulté.» Et d'ajouter: «Cette crise aura aussi permis de mettre en lumière des professions habituellement moins visibles, comme les équipes techniques et de nettoyage dont le travail est plus que jamais important pour limiter les risques. Il ne faut pas oublier de leur dire merci!»

Laura Juliano

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