Neuchatel - «Une collision entre un avion et un planeur est toujours possible»
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Neuchâtel«Une collision entre un avion et un planeur est toujours possible»

Que s’est-il passé samedi dernier dans le ciel grison, avec cinq morts à la clé? Deux appareils se sont-ils télescopés? Les pilotes consultés par lematin.ch en sont convaincus.

par
Vincent Donzé
L’appareil utilisé par le groupe d’aviation de Neuchâtel était un Robin DR401 de 2015.

L’appareil utilisé par le groupe d’aviation de Neuchâtel était un Robin DR401 de 2015.

GVMN

La nouvelle a été communiquée lundi par les polices grisonne et neuchâteloise: le double crash d’un avion et d’un planeur a fait cinq morts, samedi dernier, au-dessus de Bivio (GR). Le pilote du planeur parti d’Amlikon (TG) a été tué. Les quatre occupants de l’avion à hélice parti de Colombier (NE) ont aussi trouvé la mort: une femme et un enfant, mais aussi deux pilotes membres du club d’aviation propriétaire de l’avion.

Les enquêteurs n’ont pas fait état d’un lien entre les deux appareils qui se sont écrasés samedi à 2700 mètres d’altitude. En raison des conditions météo, la Rega a reporté au lendemain la poursuite des opérations de sauvetage sur le site du crash. C’est alors que les équipes de secours ont retrouvé, à un kilomètre du planeur, un avion de tourisme à hélice qui s’était lui aussi écrasé.

Le Ministère public du canton des Grisons a ouvert une instruction pénale afin de déterminer les causes et les circonstances de ces drames. L’enquête devra notamment déterminer si les deux accidents sont liés, mais pour les pilotes consultés par lematin.ch, cette hypothèse est la plus vraisemblable.

Samedi dernier, son plan de vol débutait à Lausanne, via Colombier, pour un survol des Alpes repéré pour la dernière fois à 15 h 58 à Meiringen (BE)

Samedi dernier, son plan de vol débutait à Lausanne, via Colombier, pour un survol des Alpes repéré pour la dernière fois à 15 h 58 à Meiringen (BE)

DR

Les deux pilotes neuchâtelois tués dans le crash de l’avion sont F. T. et D. J. Le premier est un pilote septuagénaire omniprésent au sein de la société de l’aéroport de Neuchâtel. Ancien garde du corps et membre de l’équipe nationale de tir sportif, le second est un quadragénaire qui gérait une entreprise de sécurité. Leurs proches bénéficient d’un soutien psychologique.

Que s’est-il passé à bord du HB-KLB? «Ils ont percuté le planeur, c’est évident», dit un pilote pour qui un crash au même endroit sans contact semble «peu probable». Deux aéronefs qui se percutent, est-ce plausible? Réponse du pilote biennois Henri Schürch, qui totalise 25 ans de vols sur un Pilatus Porter: «Une collision entre un avion et un planeur est toujours possible».

«En avion, ce n’est pas comme en voiture avec des véhicules devant et derrière: le danger peut surgir par le bas ou par le haut», reprend Henri Schürch. Le risque redouté par les pilotes d’avion et d’hélicoptère, c’est un planeur qui surgit au détour d’un cumulus contourné pour prendre de l’altitude en profitant d’un ascendant.

Le journal des opérations détaille l’altitude et la vitesse de l’appareil, mais pas au moment de la chute.

Le journal des opérations détaille l’altitude et la vitesse de l’appareil, mais pas au moment de la chute.

DR

La réglementation impose une distance de 1500 mètres à l’horizontal et de 300 mètres à la verticale. S’il est enclenché, un détecteur signale les appareils à proximité. Encore faut-il ne pas être distrait par une conversation…

Un planeur ne dispose pas de tous les instruments de bord, mais comme le relève un pilote neuchâtelois, «dans des conditions de vol à vue en aviation générale, c’est de la responsabilité du pilote de constamment scruter le ciel et d’éviter les collisions».

«Un avion ne dispose pas de rétroviseur», rappelle Henri Schürch, Un contrôleur aérien installé devant son radar peut aussi signaler ses observations s’il a du temps devant lui, à Berne, mais ça ne relève pas de sa responsabilité.

Dix secondes


Un pilote a-t-il été aveuglé par le soleil au-dessus de Bivio? A-t-il été surpris au détour d’un nuage? «La malchance serait d’être sur la même trajectoire sans se voir. Dix secondes avant l’impact, l’objet devant vous a la taille d’une épingle. Ça va très, très vite!» indique un pilote.

«On nous apprend à garder le regard sur l’extérieur en toutes circonstances», insiste un autre pilote. Une autre hypothèse plaide pour une collision survenue au passage d’un col: les deux appareils se seraient percutés en apparaissant derrière une montagne. Mais là encore, «les procédures sont claires et doivent être respectées».

«Chaque aéronef doit arriver par la droite suffisamment haut et son pilote doit s’assurer de ne rien voir de l’autre côté avant de passer le col», déclare un pilote convaincu que 99% des accidents d’avion sont dus à des erreurs humaines.

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