08.06.2018 à 05:25

«Une conséquence du nombre d’abonnés trop faible»

INTERVIEW

Pietro Supino, président du conseil d’administration de Tamedia, s’explique à notre demande sur les raisons qui ont poussé l’éditeur à interrompre la publication imprimée du «Matin».

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Propos recueillis par Grégoire Nappey
«Il ne s’agit pas d’un libre choix mais d’une douloureuse adaptation à la réalité», déclare Pietro Supino, éditeur du «Matin».

«Il ne s’agit pas d’un libre choix mais d’une douloureuse adaptation à la réalité», déclare Pietro Supino, éditeur du «Matin».

Tamedia a décidé de supprimer la version papier du «Matin» pour en conserver la partie numérique. Un journal qui disparaît, c’est un symbole fort. Vous n’aviez vraiment pas le choix?

Tout le monde reconnaît la bonne qualité et la grande tradition du journal. Malheureusement, de moins en moins de lecteurs ont été prêts à payer pour l'édition imprimée du «Matin». Dans le même temps, la baisse des annonces publicitaires s’est accélérée. Nous avons cherché et testé des solutions ces dernières années. Sans aucune perspective pour retrouver la viabilité de l’édition imprimée, nous optons pour la transformation vers le tout numérique qui est déjà un pilier fort de l’offre du «Matin».

Que dites-vous au public romand qui était attaché à son «quotidien orange», chaque jour au café? Le smartphone remplacera-t-il le journal?

Je regrette profondément l’échec de ne pas avoir trouvé une base pérenne pour continuer la version imprimée du journal à laquelle je suis personnellement attaché.

Quelle compensation sera offerte aux abonnés du titre?

C’est notre ambition de développer «Le Matin» comme marque numérique avec un nombre d’utilisateurs fidèles bien supérieur au lectorat de l’édition payante. Le changement de concept est une conséquence du nombre d’abonnés trop faible. Comme alternative, nous leur proposons, à choix, des abonnements à «24 heures», à la «Tribune de Genève» à des conditions spéciales où des jetons pour «Le Matin Dimanche».

Le coût social de cette décision est élevé. De quoi renforcer l’image négative de Tamedia, dont la réputation en Suisse romande est déjà bien écornée par de précédentes restructurations?

Il ne s’agit pas d’un libre choix mais d’une douloureuse adaptation à la réalité. Nous ne pouvons pas changer le cadre global et les tendances du monde des médias. Se plaindre n’aide pas dans ces circonstances. Nous essayons de faire le mieux possible, de mettre les forces que nous ne maîtrisons pas à notre service. C’est pourquoi nous investissons dans de nouvelles compétences, dans des formats numériques, le journalisme de données, l’enquête approfondie ou des offres d’abonnements innovantes, ainsi que dans l’éducation et la formation. Notre objectif est de préserver et de développer le cœur de notre métier, soit la presse et le journalisme.

Les objectifs du «Matin» 100% numérique sont ambitieux, et les moyens limités: la marque a-t-elle vraiment des chances de continuer à exister dans les années à venir?

Oui, c’est un objectif ambitieux, mais je suis confiant. Les ressources à disposition au sein de la rédaction du titre ainsi que dans le réseau du groupe, l’avantage d’une marque forte et d’un public large déjà existant constituent une base de départ très importante pour ce projet qui doit se développer dans l’esprit d’une start-up, c’est-à-dire avec l’ambition de comprendre et satisfaire les besoins des utilisateurs et s’y adapter.

Tamedia, qui fête ses 125 ans cette année, arrête un journal lui aussi vieux de 125 ans: drôle de symbole, non?

Ce n’est pas drôle, c’est triste pour les lecteurs de la version imprimée, pour les collaborateurs engagés qui sont touchés par cette adaptation et pour toute l’entreprise. Comme vous le dites, nous opérons dans le long terme. Au cours des 125 dernières années, «Le Matin» a changé à plusieurs reprises de format et de formule. Nous continuerons à investir dans la marque à travers le projet numérique et j’espère qu’un jour nos successeurs pourront constater que la démarche s’inscrivait dans une évolution continue vers un futur favorable.

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