Cancer - Une découverte pour limiter les effets secondaires des immunothérapies
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CancerUne découverte pour limiter les effets secondaires des immunothérapies

Des chercheurs de Genève et Munich ont mis au point des nanoparticules qui transportent le médicament à l’endroit précis où le corps en a besoin et le délivrent grâce à un couvercle qui s’ouvre.

par
Michel Pralong
Certains médicaments contre le cancer doivent être administrés souvent et à fortes doses en raison de l’imprécision de leur «ciblage», d’où de forts effets secondaires.

Certains médicaments contre le cancer doivent être administrés souvent et à fortes doses en raison de l’imprécision de leur «ciblage», d’où de forts effets secondaires.

Getty Images/iStockphoto

Mieux cibler pour mieux soigner en limitant par là même les effets secondaires des médicaments, telle a été la motivation des chercheurs des Universités de Genève et Munich qui viennent d’annoncer une découverte impressionnante, allant parfaitement dans ce sens. Et qui pourrait être très utile non seulement dans les traitements contre le cancer, mais également pour rendre plus efficaces des vaccins tels ceux utilisés contre le coronavirus.

Pour lutter contre le cancer, l’immunothérapie est de plus en plus utilisée. On stimule le système immunitaire afin qu’il détruise les cellules tumorales, ceci en injectant un médicament. Mais ce traitement, bien que souvent efficace, peut provoquer des effets secondaires difficiles à supporter pour le corps humain, notamment parce que le produit administré ne cible pas avec suffisamment de précision la zone appelée à réagir.

Des nanoparticules de transport

Pour améliorer cette précision, des nanoparticules sont déjà utilisées en médecine. Elles contiennent le médicament et, vu leur taille minuscule, elles sont avalées par les cellules dendritiques, qui sont en quelque sorte les gardiennes de notre organisme. Elles capturent en effet les corps étrangers et les emmènent dans les ganglions lymphatiques qui vont déclencher la réponse immunitaire. C’est précisément l’effet voulu.

Toutefois, ce système a encore des défauts. Ces nanoparticules sont en effet généralement composées de polymères ou de lipides qui peuvent s’avérer incompatibles avec le médicament à transporter. Pour les améliorer, une équipe de la Faculté de médecine et des sciences de l’Université de Genève, spécialisée dans l’immunothérapie, s’est associée avec l’Université Ludwig-Maxi-milian de Munich, qui fabrique des nanoparticules.

Des éponges avec un couvercle

Leur collaboration a débouché sur la création de nanoparticules de silice, un minéral naturellement présent dans l’environnement. «Les nanoparticules de silice se présentent comme de petites éponges dont les cavités peuvent être facilement remplies, et dont les propriétés peuvent être modifiées pour mieux s’adapter à celles du produit», explique Julia Wagner, de l’UNIGE et première auteure de ces travaux. «Le médicament antitumoral (Resiquimod) que nous avons utilisé avait déjà été testé avec d’autres particules, mais il s’en échappait trop rapidement».

Le «transporteur» est donc amélioré, capable d’embarquer ce que l’on souhaite, mais les chercheurs ont également grandement amélioré sa précision. Ils ont en effet réussi à doter ces nanoparticules d’un couvercle, qui emprisonne le médicament et qui s’ouvre (littéralement, il ne se détruit ou ne se dissout pas) exactement à l’endroit désiré. Ceci grâce à un ingénieux système: «Le couvercle réagit en fonction du pH de son environnement, rapporte Carole Bourquin, professeure aux Facultés de médecine et des sciences de l’UNIGE, qui a dirigé ces travaux. Quand les particules sont en circulation dans le sang, dont le pH (autour de 7,40) est faiblement basique, le couvercle reste fermement en place. Mais, une fois avalées par les cellules dendritiques, les particules se trouvent dans des vésicules à l’intérieur de la cellule dont le pH est lui acide. Et là, le couvercle se descelle et le médicament peut se répandre». Ce procédé permet à la fois de conserver l’intégrité du médicament et d’éviter qu’il se répande dans l’organisme, diminuant les effets secondaires indésirables.

Les cellules immunitaires, qui sont la cible du médicament, sont en rouge. Les nanoparticules de silice, qui le transportent, sont en vert. Une fois absorbées par les cellules immunitaires, elles apparaissent en jaune.

Les cellules immunitaires, qui sont la cible du médicament, sont en rouge. Les nanoparticules de silice, qui le transportent, sont en vert. Une fois absorbées par les cellules immunitaires, elles apparaissent en jaune.

Carole Bourquin

Certains médicaments stimulent le système immunitaire de manière extrêmement forte, mais disparaissent en quelques heures. Il faut donc administrer de nouvelles fortes doses. «Avec nos nanoparticules, le médicament peut faire effet jusqu’à six fois plus longtemps, ce qui permet d’envisager l’administration de doses plus faibles et plus facilement supportables», indique l’étude, parue dans la revue ACS Nano.

Une solution pour les vaccins à ARNm

Ceci constitue une première preuve que le système fonctionne et qu’il pourrait être utilisé dans le traitement du cancer et d’autres maladies. Il faut maintenant poursuivre en testant d’autres médicaments, faire des essais précliniques avant de commencer à l’utiliser sur l’homme. Un processus qui pourrait prendre au moins cinq années, mais qui a toutefois une chance d’être accéléré. «Quand nous avons lancé les travaux, en 2015, nous explique la professeure Bourquin, il n’y avait pas de Covid-19. Or les vaccins à ARNm utilisent ce procédé de nanoparticules pour transporter le médicament au bon endroit. Notre système de nanoparticules en silice pourrait donc améliorer encore leur efficacité. Si nous trouvons les bons partenaires dans ce domaine, cela pourrait donc faire avancer plus rapidement nos travaux».

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