Coupe du monde: l'échec d'un projet après l'élimination?

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Qatar 2022Une élimination qui sonne comme l’échec d’un projet

6-1. Le score est trop net pour être ignoré. La victoire du Portugal dans ce 8e de finale de Coupe du monde n’a rien de surprenant. En revanche, la manière avec laquelle la Suisse l’a subie laisse forcément des traces.

par
Valentin Schnorhk
(Doha)

Ainsi, l’équipe de Suisse n’avait plus encaissé six buts dans un même match depuis 1963, lors d’une défaite 8-1 contre l’Angleterre. Dans l’histoire du football, c’est un autre siècle, et un autre millénaire pour ce qui est de l’équipe nationale. En 2022, en Coupe du monde, cela apparaît comme une impossibilité qu’elle s’incline 6-1, aussi fort le Portugal était-il. 

Désillusion pour Fabian Schär, Granit Xhaka, Ricardo Rodriguez et Breel Embolo: la Suisse n’a vraiment pas été à la hauteur mardi.

Désillusion pour Fabian Schär, Granit Xhaka, Ricardo Rodriguez et Breel Embolo: la Suisse n’a vraiment pas été à la hauteur mardi.

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Là, dans ces conditions, impossible de ne pas vouloir dégager des responsabilités. Elles sont aux joueurs, dans un premier lieu: ils étaient sur le terrain, apathiques comme jamais, bien loin des ambitions qu’ils clament depuis plusieurs mois. Mais un entraîneur les y a placés, en sortant de sa poche un système de jeu qui n’avait ni queue, ni tête: Murat Yakin ne peut pas fuir les critiques. En dernier lieu, c’est aussi à l’ASF d’assumer ses choix: la fin de Vladimir Petkovic, avec les décisions qui en ont suivi, a-t-elle été bien gérée? Dans des moments comme celui-ci, le grand déballage est inévitable. Une telle marque est indélébile.


Les trois enseignements

  • Tout peut être atténué, il y a des circonstances qui le permettraient: le niveau de l’adversaire, les maladies qui se sont succédé, le besoin de s’adapter, etc. Par contre, un an et demi après être parvenue en quarts de finale de l’Euro en sortant la France et après avoir clamé ses ambitions, cette élimination en 8es de finale doit être vue comme l’échec d’un projet pour l’équipe de Suisse. Elle n’a pas confirmé les belles intentions qu’elle a démontrées l’an dernier. Il y a peut-être même une forme de régression.

  • C’était un match, où il fallait signifier ces progrès et concrétiser l’intention de vouloir écrire l’histoire. Après cette humiliante défaite 6-1, il reste surtout un fiasco: celui de Murat Yakin, qui a tout changé pour une rencontre aussi importante, en passant dans un 3-5-2 qu’il avait balayé dès son intronisation. Il l’a utilisé pour la troisième fois mardi (après son premier match contre la Grèce et la défaite en match de préparation contre le Ghana avant le Mondial), et rien n’a fonctionné. Étonnant? Pas forcément, sachant que plusieurs joueurs ont expliqué qu’ils ne l’avaient pas travaillé à l’entraînement. «Ce n’est pas un problème de système», s’est contenté d’expliquer le sélectionneur.

  • Après ça, sera-t-il encore possible de rêver? Il y a forcément une impression de fin de cycle qui flotte dans l’air: est-ce la fin d’une génération? Yann Sommer, presque 34 ans, n’a pas encore fait son choix. Et sera-t-il toujours possible de tirer la quintessence des Rodriguez, Shaqiri, Seferovic, voire Xhaka? L’Euro 2024 arrive certes vite, mais il est peut-être temps d’opérer un renouvellement. Sacré défi.


Le Suisse qui a tout raté: Murat Yakin

AFP

Le sélectionneur de l’équipe de Suisse voulait se mettre en avant mardi, il a tout raté. Improviser un système aussi complexe que le 3-5-2 – que la sélection helvétique ne maîtrise manifestement et logiquement plus – en 8e de finale de Coupe du monde face au Portugal avec l’ambition d’être proactif relevait d’une forme de folie. Un coup tactique.

Si ça passait, Yakin pouvait être le génie. A-t-il agi avec cette prétention-là? La question mérite d’être posée, parce que la remise en cause est inexistante. Surtout, la surprise partagée par les joueurs à l’annonce de la composition, lors de la causerie d’avant-match lundi après-midi, en dit long. Le retour de bâton est d’une extrême violence.


Le Suisse qui s’en sort honorablement: Breel Embolo

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Le distinguer, c’est le préserver. Même dans les moments où la Suisse ne sortait plus la tête de l’eau, elle pouvait toujours lui donner un ballon et espérer qu’il le garde sur quelques décamètres. C’est une façon de tricher, de donner le sentiment que l’équipe a des ressources, alors qu’elle n’a plus que lui.

Il est l’un des très rares joueurs de différence de cette équipe de Suisse, et il l’aura montré durant cette Coupe du monde. L’homme partira du Qatar avec un peu plus de prestance: il est indispensable à l’équipe nationale. Mais il faudra trouver des façons de l’accompagner mieux que ça.


La décla’

«Je suis convaincu que j’avais fait les bons choix.»

Murat Yakin, sélectionneur de l’équipe de Suisse

Le fait tactique: un 3-5-2 déstructuré

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Le Portugal attire le pressing suisse: Edimilson est haut, proche du latéral gauche Guerreiro. Mais Diogo Costa saute le pressing jusque vers l’attaquant Ramos.

Le Portugal attire le pressing suisse: Edimilson est haut, proche du latéral gauche Guerreiro. Mais Diogo Costa saute le pressing jusque vers l’attaquant Ramos.

Cela va permettre au Portugal de s’installer dans le camp suisse. Ici, plus aucune compacité: une ligne de six plus ou moins alignée, et trois milieux sans vraiment de fonction pour contenir les attaques portugaises. Ça ne pouvait que craquer.

Cela va permettre au Portugal de s’installer dans le camp suisse. Ici, plus aucune compacité: une ligne de six plus ou moins alignée, et trois milieux sans vraiment de fonction pour contenir les attaques portugaises. Ça ne pouvait que craquer.

Comment ne pas s’attarder sur le système choisi? Murat Yakin a beau ne pas vouloir s’y attarder, certains de ses joueurs également histoire de ne pas se défausser de leurs responsabilités (Granit Xhaka en tête), il est évident que le choix de changer de configuration tactique a eu son influence sur la performance de l’équipe de Suisse. Le 3-5-2 a été synonyme de déséquilibre défensif.

Quelle était l’idée? «Essayer de mettre la pression sur les ailes, et exploiter les contre-attaques», a dit Murat Yakin en substance après le match, après avoir expliqué son envie de proposer une équipe dominante. Soit. Il est vrai que, d’une certaine façon, la Suisse a voulu chercher haut son adversaire, en faisant sortir les extérieurs (Fernandes et Vargas) très haut sur les latéraux. Cela a toujours été à contretemps, et le Portugal n’est de toute façon jamais vraiment passé par là.

En fait, le Portugal a beaucoup joué par l’intérieur du jeu et il a pu y avancer sans trop de peine. Parfois, il avait simplement à s’appuyer sur un latéral pour revenir dans l’axe pour ouvrir des espaces dans le dos des extérieurs. Surtout, tout cela a permis à la formation de Fernando Santos de s’installer aisément dans le camp suisse.

C’est ce qui a fait de grosses différences avec les performances récentes de la Suisse: en 5-3-2, l’équipe nationale a perdu toute la compacité qu’elle avait en 4-2-3-1, comme contre le Brésil. Elle a subi. Le jeu, d’abord. Des occasions, ensuite. Et des buts, pour finir, même si ceux-ci sont finalement tombés sur des situations arrêtées (une touche pour le 1-0, un corner pour le 2-0). Le passage au 4-2-3-1, puis au 4-4-2 après la pause n’a rien changé.


La statistique

9,8 kilomètres, soit la différence entre la distance totale parcourue par l’ensemble des joueurs portugais mardi et celle accumulée par les Suisses. Au total, le Portugal aura parcouru 117,7 kilomètres, alors que la Suisse n’a pas dépassé 107,9 kilomètres.

Autrement dit, dans la globalité, le Portugal a pu compter sur «un joueur supplémentaire». Au niveau des courses à haute intensité, les joueurs de la Seleção pointent à 17,4 km, contre 15 km pour ceux de l’équipe nationale. Manque de fraîcheur? Sans doute, mais ça n’excuse pas tout.


Une question pour penser l’avenir

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L’équipe de Suisse doit-elle continuer avec Murat Yakin en tant que sélectionneur?

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