24.07.2020 à 02:36

États-UnisUne enquête ouverte sur les policiers fédéraux à Portland

Depuis plusieurs jours, des agents fédéraux en uniformes se déplaçant en véhicules banalisés interpellent des manifestants à Portland.

La mobilisation à Portland, traditionnellement très contestataire, n’a fait que s’amplifier depuis l’arrivée des forces fédérales dans la ville.

La mobilisation à Portland, traditionnellement très contestataire, n’a fait que s’amplifier depuis l’arrivée des forces fédérales dans la ville.

AFP

Une enquête officielle a été ouverte jeudi par le ministère de la Justice américain sur l’action très controversée de policiers fédéraux à Portland (nord-ouest), où des heurts opposent presque toutes les nuits les forces de l’ordre à des manifestants anti-racistes.

Le maire de Portland lui-même, Ted Wheeler, a été aspergé de gaz lacrymogène mercredi soir alors qu’il allait à la rencontre des milliers de personnes protestant notamment contre le racisme institutionnel et les violences policières. «Je n’ai rien vu qui justifie» cette utilisation de gaz lacrymogène, a-t-il lancé, en parlant d’une «réaction disproportionnée» des agents fédéraux, dont le déploiement a été ordonné dans certaines villes du pays par le président Donald Trump pour, selon ce dernier, rétablir «la loi et l’ordre».

Bien plus grave selon de nombreux citoyens ou élus américains, de nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux depuis une semaine montrent ces agents fédéraux en uniformes, bardés d’équipement militaire, surgir de véhicules banalisés pour interpeller des manifestants. Le mouvement a commencé voici plus de cinquante jours, comme ailleurs dans le pays, après la mort du quadragénaire noir George Floyd fin mai sous le genou d’un policier blanc.

La mobilisation à Portland, traditionnellement très contestataire, n’a fait que s’amplifier depuis l’arrivée des forces fédérales dans la ville. L’inspecteur général Michael Horowitz, qui supervise toutes les enquêtes internes au ministère de la Justice, a annoncé jeudi dans un communiqué avoir officiellement lancé des investigations sur les événements de Portland.

Une autre enquête ouverte

Toujours à la demande de parlementaires du Congrès, une enquête distincte est parallèlement ouverte sur l’intervention des forces de l’ordre le 1er juin dernier à Washington pour disperser une manifestation qui se tenait aux abords de la Maison-Blanche, opération pour laquelle le président Trump avait déjà essuyé une pluie de critiques.

Ces investigations vont «examiner le rôle et les responsabilités du ministère de la Justice et de ses agents chargés du maintien de l’ordre dans leur réaction aux manifestations et aux troubles publics à Washington D.C. et à Portland, Oregon, au cours des deux derniers mois», précise Michael Horowitz.

L’inspection va notamment passer en revue «la formation et les instructions» données aux forces de l’ordre dépendant du ministère de la Justice, leur respect des règles régissant leur identification et leur intervention, ainsi que des consignes concernant «l’usage de munitions» anti-émeutes, des produits lacrymogènes et de la force en général.

«Force de déploiement rapide»

Les enquêteurs vont se coordonner avec leurs homologues du ministère de la Sécurité intérieure, dont les services ont également annoncé l’ouverture d’une enquête interne, a souligné Michael Horowitz. Plusieurs procédures en justice ont été lancées par des plaignants qui contestent la mobilisation des forces fédérales à Portland, accusées par certains de se comporter comme des commandos paramilitaires en procédant à des arrestations sommaires.

Selon des documents soumis à un tribunal de l’Oregon par le responsable de cette «force de déploiement rapide», ces hommes en treillis de camouflage intervenant à Portland seraient issus de trois contingents du ministère de la Sécurité intérieure: le Service de protection fédéral, la police de l’immigration (ICE) et l’agence des douanes et de la protection des frontières (CBP).

Des membres du service des Marshals, qui dépend du ministère de la Justice et a pour mission de protéger les juges et tribunaux fédéraux, complètent leurs effectifs, qui se montent à 114 au total. Des parlementaires se sont félicités de l’ouverture des enquêtes, exigeant de faire la lumière sur l’usage de forces fédérales pour selon eux «réprimer, gazer et frapper des manifestants pacifiques et des citoyens américains exerçant leur droit» à la liberté d’expression garantie par la Constitution.

«Le Congrès va continuer à mettre en échec ce gouvernement irréfléchi, mais il est de la plus grande importance que ces inspections générales indépendantes aillent au fond du recours à la force du président Trump contre ses propres concitoyens», écrivent trois responsables démocrates dans un communiqué.

(AFP/NXP)

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