Russie: Une étude suisse lève le voile sur le mystère du col de Dyatlov
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RussieUne étude suisse lève le voile sur le mystère du col de Dyatlov

Des chercheurs de l’EPFL et de l’EPFZ ont permis de démontrer la cause probable de la mort mystérieuse en 1959 de neuf randonneurs dans les monts Oural, en ex-URSS.

L’équipe de Dyatlov a été anéantie par une avalanche à retardement en 1959

L’équipe de Dyatlov a été anéantie par une avalanche à retardement en 1959

Dyatlov Memorial Foundation

Une étude de chercheurs suisses lève le voile sur la mort inexpliquée de neuf jeunes randonneurs en plein hiver 1959 dans un col reculé de la chaîne de l’Oural, un drame qui fascine toujours la Russie, avec des explications allant d’une intervention d’extraterrestres à un test nucléaire raté.

Cette étude, publiée cette semaine dans le journal scientifique «Earth and Environment», a apporté du poids à une théorie plus naturelle sur la tragédie de l’équipée, dont les corps gelés, et pour certains terriblement meurtris, avaient été retrouvés dans la montagne enneigée.

Le «mystère du col de Dyatlov» a perduré même après qu’une enquête officielle a conclu l’an dernier que les étudiants avaient péri dans une avalanche.

L’étude suggère qu’une combinaison de facteurs a déclenché une avalanche à retardement, qui a surpris les jeunes dans leur sommeil, par des températures avoisinant -25 degrés Celsius.

«Plusieurs parties du mystère du col de Dyatlov ne seront jamais éclaircies, parce qu’il n’y a pas eu de survivants», a reconnu Johan Gaume, co-auteur de l’étude, qui dirige le Laboratoire de simulation des avalanches à l’École polytechnique de Lausanne (EPFL).

Théories du complot

Ce qui est certain est que l’équipe de randonneurs menée par Igor Dyatlov a dressé son bivouac dans la nuit du 1er février 1959 sur les pentes du Kholat Saykhl, la «montagne morte».

Peu après minuit, un événement imprévu a poussé des membres de l’expédition à couper leur toile de tente pour s’échapper en petite tenue vers la forêt, un kilomètre en contrebas.

Certains des corps ont été retrouvés avec d’étranges colorations ou des orbites vides. D’autres avaient des traces de trauma interne sans marques extérieures. Le corps de l’un d’eux avait un haut niveau de radiation et une femme était sans langue.

Une enquête criminelle a été ouverte, et fermée rapidement. Ses conclusions sont restées secrètes jusqu’aux années 1970. Le mystère a inspiré quantité de livres, documentaires et même films.

Parmi les théories les plus farfelues, on a compté une attaque de yéti, un test d’arme secrète ayant mal tourné, une chute de débris de fusée ou encore une force psychique inconnue ayant conduit les randonneurs à s’entre-tuer.

Johan Gaume a appris l’histoire en 2019, par un journaliste travaillant sur la décision des autorités judiciaires de rouvrir l’enquête. «Vraiment fasciné», il s’est mis en cheville avec Alexander Puzrin, spécialiste en géotechnique à l’École polytechnique de Zurich (EPFZ).

Le parquet russe a conclu l’an dernier que le groupe avait péri dans une avalanche et que la plupart de ses membres étaient morts d’hypothermie.

Mais il n’a pu expliquer comment cette avalanche avait pu intervenir sur une pente de montagne très faible, comment elle avait pu se déclencher plusieurs heures après l’installation du bivouac, et pourquoi certaines des victimes avaient des blessures inhabituelles dans ce genre de drame.

Les chercheurs ont bâti un modèle d’analyse d’avalanche de plaque dans les conditions environnementales de l’endroit.

Leur analyse suggère que les randonneurs ont installé leur campement, en creusant une plateforme pour leurs tentes, sur une couche de neige fragile. Pendant la nuit, les vents ont accumulé de la neige sur la plaque au-dessus. L’avalanche a pu se déclencher alors entre 9,5 et 13,5 heures après l’installation du bivouac.

L’étude a aussi procédé à des simulations des blessures infligées, en prenant en compte le fait que les randonneurs étaient allongés quand l’avalanche est survenue, et a trouvé qu’elles s’accordaient avec les rapports d’autopsie.

M. Gaume a dit à l’AFP «s’être senti comme des détectives» avec son collègue, mais insiste sur le fait qu’ils ne prétendent pas avoir pour autant résolu tout le mystère du col de Dyatlov.

(AFP)

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