Santé: Une étude suisse dézingue les traitements contre la toux
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SantéUne étude suisse dézingue les traitements contre la toux

Les remèdes contre la toux n’ont pas prouvé qu'ils fonctionnent mieux qu'un placebo, selon une recherche bâloise. Et ils engendrent des effets secondaires.

par
Renaud Michiels
L'étude porte sur les cas de toux persistante (3 à 8 semaines). Et les traitements n'en sortent pas grandis...

L'étude porte sur les cas de toux persistante (3 à 8 semaines). Et les traitements n'en sortent pas grandis...

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Parue dans la revue scientifique British Journal of General Practice, la conclusion d’une étude bâloise sur les remèdes contre la toux est plutôt brutale: «Il n’y a pas de traitement montrant des avantages clairs pour le patient dans les essais cliniques.» Selon cette étude les antitussifs communs n’apportent pas plus de soulagement qu’un vulgaire placebo. Et ne permettent pas d’accélérer la «guérison».

Pour parvenir à ce verdict, les spécialistes de l’Université de Bâle ont épluché les essais cliniques menés pour six traitements contre la toux communs en Europe et aux États-Unis – l’un contenant de la codéine, un autre du salbutamol, un bronchodilatateur. Et l’étude porte sur une première consultation médicale en cas de toux persistante, qui dure depuis 3 à 8 semaines.

Maux de tête, nausées, troubles gastriques

Résultat, selon les chercheurs, aucune preuve d’efficacité. Pire, même, 14% des personnes prenant un antitussif subissent des effets secondaires jugés non graves mais désagréables: d’une sécheresse de la bouche aux maux de tête en passant par des nausées ou troubles gastro-intestinaux, est-il précisé…

Alors? Peut-on aller jusqu’à dire que tous ces traitements sont simplement inefficaces? C’est un pas que les auteurs n’entendent pas franchir. «C’est aller un peu loin, à mon avis. Notre étude a montré qu’il n’existait aucune preuve convaincante que l’un ou l’autre de ces traitements fonctionnait, ce qui n’est pas pareil qu’une preuve qu’ils ne fonctionnent pas», nous répond Benjamin Speich, qui a mené l’étude lorsqu’il était à l’Institut d’épidémiologie clinique et de biostatistique de l’Université de Bâle – le spécialiste est aujourd’hui à Oxford.

La toux disparaît toute seule

Quelles conclusions en tirer? D’abord, ne pas renoncer à consulter son médecin. Une toux persistante peut être le symptôme d’un mal plus profond et il est le seul apte à poser un diagnostic. Non, cette étude devrait d’abord interpeller les praticiens, qui devraient réfléchir à deux fois avant de conseiller des antitussifs. «Une piste serait plutôt pour eux d’expliquer la pathologie à leur patient et de dire que la toux disparaîtra avec le temps», avance Benjamin Speich.

Un marché de 4 milliards de dollars

Cette recherche, en tout cas, ne devrait pas beaucoup plaire aux fabricants de remèdes contre la toux. «On estime que 4 milliards de dollars sont dépensés dans le monde en médicaments antitussifs chaque année», souligne l'étude!

Une grande partie de cet argent est-elle purement et simplement jetée par les fenêtres? «Difficile à dire», répond Benjamin Speich, qui estime cependant qu’on parle d’un problème de santé tellement vaste «que de meilleures preuves d’efficacité des traitements sont nécessaires».

The Independent s’est aussi emparé de cette recherche helvétique. Le journal note en passant que l’étude tombe juste après une recommandation officielle de Public Health England, organe du ministère britannique de la Santé. Les Britanniques souffrant de maux de gorges sont priés d’avaler des boissons chaudes avec du miel plutôt que de demander des antibiotiques à leur médecin…

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