03.03.2018 à 11:36

Delémont (JU)Une fuite de gaz? Non, un meurtre!

Le réfugié afghan retrouvé mort dans un appartement calciné avait reçu des coups de massette. L’amant présumé de sa femme a avoué.

von
Vincent Donzé
Damien Chappuis, maire de Delémont, est préoccupé par le sort des enfants de la victime.

Damien Chappuis, maire de Delémont, est préoccupé par le sort des enfants de la victime.

Jean-Guy Python

Quel rebondissement! Ce n’est pas une fuite de gaz qui a incendié un immeuble de Delémont le 18 février dernier, mais un crime maquillé en accident! Le réfugié afghan Ali (33 ans, entré en Suisse en 2011) a été tué par un compatriote qui passe pour être l’amant de sa femme. Il a succombé «notamment après avoir reçu plusieurs coups violents de massette sur la tête», selon la procureure Geneviève Bugnon.

Sitôt après la double explosion de 8 h 38, l’épouse pleurait au bas de l’immeuble tandis que ses trois enfants de 7, 9 et 12 ans appelaient leur papa resté dans le brasier. Sauf qu’au moment de la déflagration elle était sortie. «Je l’ai vue au coin de la rue rentrer à la maison avec son fils aîné», témoigne un voisin. À la police, l’épouse a expliqué s’être rendue à la gare pour prendre un bus menant à l’hôpital, sous prétexte d’un patient à visiter. Faute de bus, elle a rebroussé chemin après avoir acheté un paquet de chips au kiosque.

Une caméra de surveillance la montre au téléphone. Avec qui? À l’homme entré chez elle pour liquider son mari? «Le Matin» sait qu’avant l’arrivée de la police le meurtrier a demandé au fils aîné de déposer à la cave son sac à dos. Informés par l’enfant, les enquêteurs y ont découvert une massette ensanglantée. D’où l’examen du crâne de la victime, qui a conclu au meurtre. Sur une vidéo tournée à l’arrivée des pompiers, on distingue le meurtrier. «Il passait pour le sauveteur des deux enfants sortis in extremis du logement», rapporte une source proche du dossier. En réalité, c’est lui qui a tué Ali, qui a ouvert le gaz de la cuisinière, qui a déversé un produit inflammable dans la cuisine et sur le sol du corridor, avant d’y bouter le feu. Il semble avoir été surpris par la rapidité des flammes.

Psychose

La procureure s’est montrée prudente hier. «Les motifs précis du meurtre ne sont pas encore connus», a-t-elle indiqué. Elle n’écartait pas la piste relationnelle, et pour cause. «Le meurtrier et la victime jouaient au football sur le terrain d’à côté», affirme un voisin. L’épouse arrêtée puis relâchée passe pour la complice présumée du meurtrier. Le sort des enfants est incertain. Il préoccupe le maire, Damien Chappuis. Mais la thèse criminelle est «rassurante» pour les autorités, qui placent des bénéficiaires de l’aide sociale à la rue du Voirnet. «La peur d’une fuite de gaz s’est transformée en psychose, mais on sait désormais que, même dénuée de sécurité, une cuisinière à gaz n’est pas une bombe en puissance», remarque le maire.

Hier, la psychose n’a fait que changer d’objet. «Un meurtre? Je veux quitter le quartier!» s’est exclamée une réfugiée algérienne. Au second étage, deux banderoles en croix marquées «Attention traces» bloquent l’accès à l’appartement, scellé par la police. La porte à moitié calcinée est déposée sur le palier. Derrière elle, un paquet de chips.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!