20.04.2017 à 09:58

INNOVATIONUne gélatine qui imite la peau humaine

Des chercheurs suisses ont créé une peau artificielle. Une belle alternative aux tests de l’industrie sur êtres humains.

par
K.A.
La gélatine, ici sur un substrat en coton.

La gélatine, ici sur un substrat en coton.

Empa

Exit les tissus humains, place aux peaux artificielles! La recherche concernant la reproduction d’une peau la plus humaine possible ne cesse de progresser. Le but: offrir une alternative aux tests actuellement pratiqués sur des cobayes humains dans divers industries mettant en vente des produits dédiés à un contact prolongé avec la peau.

En Suisse, une équipe de chercheurs de l’Empa (Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche) est parvenue à créer une gélatine imitant à la perfection la peau humaine.

Cette matière innovante est «capable de réagir physiquement – se dilater et devenir plus ferme au contact de l’eau - et de simuler le comportement de la friction avec des textiles courants à l’état sec, humide et mouillé», explique Agnieszka Dabrowska, cheffe du projet à l’Empa. Et d'ajouter: «L'eau étant souvent présente à la surface de notre peau - à cause de la transpiration, de l'accumulation de sueur ou même de la pluie -, il y avait un fort besoin de disposer d'un modèle de peau qui interagit avec l'eau.»

Pour parvenir à ce modèle, il fallait réussir à maintenir la structure de la gélatine, et empêcher ainsi son éventuelle dissolution. Pour ce faire, la scientifique a développé une sorte de grille qui l’enveloppe et qui répond au mécanisme de «cross-link». À savoir, «des chaînes de polymères liées chimiquement les unes aux autres pour modifier leurs caractéristiques physiques», précise la chercheuse.

Jusqu’à présent, il n’était possible de vérifier les interactions entre la peau et les textiles qu’au moyen de tests - coûteux, partiellement douloureux et parfois risqués - réalisés sur des humains. La nouvelle peau artificiellement créée pourrait efficacement remplacer ces expérimentations.

En effet, «les mesures effectuées sur un modèle de peau sont bien plus fiables que celles réalisées sur une peau naturelle - dont les propriétés peuvent être influencées par d'innombrables facteurs tels que l'âge, le sexe, le niveau d'hydratation, les conditions de santé et environnementales, etc.)».

Évidemment, le «test sur un sujet» reste nécessaire, mais pourrait être pratiqué tardivement, dans le processus de développement du textile. La gélatine suffirait, dans un premier temps, à éliminer les matières qui présentent à l’évidence des problèmes.

Une peau pas chère

«J’ai tout d’abord voulu travailler avec de la kératine», confie Agnieszka Dabrowska. Mais le produit étant très coûteux – un modèle en kératine peut rapidement s’élever à quelques milliers de francs –, elle s’est orientée vers la gélatine ayant «des qualités semblables, mais étant nettement plus abordable».

La scientifique ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’étape suivante est de réussir à «faire suer la peau artificielle, via ses propres pores, pour se rapprocher plus encore de la réalité».

Eh oui, parce que, pour l’instant, afin d’être humidifié, son modèle de peau doit rester accroché à des câbles et à des tuyaux flexibles…

Vers une application médicale?

«Notre modèle à base de gélatine est un matériau purement physique», note Agnieszka Dabrowska, qui a travaillé trois ans sur ce projet faisant partie de sa thèse de doctorat.

Si cette matière n'a pas été développée pour servir la médecine, la chercheuse n'exclut pas cette éventualité: «A mon avis, il y a plusieurs possibilité pour modifier la composition de la gélatine afin de la rendre utile pour certaines applications médicales».

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