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TransportsUne handicapée privée de bus

Obligée de se déplacer en fauteuil électrique, Corinne Hess ne peut emprunter la ligne régionale MBC qui lui permettrait de se rendre à son travail.

par
Sébastien Jost
Andree-Noelle Pot

Corinne Hess a beau devoir se déplacer en fauteuil roulant, cela ne l'empêche pas de travailler à 100%. Battante dans l'âme, la jeune femme affronte avec courage les épreuves que, comme de nombreuses personnes handicapées, elle rencontre quotidiennement. Mais les déboires qu'elle connaît pour se rendre chez Logitech, l'entreprise où elle officie en tant que business analyst, ont de quoi entamer son moral.

Souhaitant utiliser les transports de la région Morges-Bière- Cossonay (MBC) pour aller à son travail, la jeune femme de 34 ans a vite été confrontée à l'impossibilité de l'emprunter. Atteinte d'une maladie des muscles, elle doit se déplacer en fauteuil roulant électrique. Un engin qui pèse 180 kg et qui n'est pas accepté dans les bus de la ligne 705. «Logitech a déménagé cet été de Morges au Parc scientifique de l'EPFL, confie Corinne Hess. Durant les deux premières semaines, les chauffeurs m'ont acceptée. Puis, d'un coup, cela a changé. La plupart refusaient de me prendre. Seuls quelques-uns acceptaient.» La jeune femme, qui travaille quatre jours par semaine sur le site de l'EPFL, et un à la maison, regrette amèrement de devoir faire appel à un transport spécialisé. «Je dois donc organiser moi-même mes déplacements avec une voiture adaptée qui, d'une part, coûte plus cher que les transports publics et, d'autre part, me laisse bien moins de flexibilité, explique Corinne Hess. Cela peut s'avérer problématique si je dois travailler plus tard le soir.» Une impossibilité d'autant plus rageante que l'arrêt de bus est situé à proximité des locaux de son entreprise.

Discrimination?

La jeune femme ne s'explique pas pourquoi les fauteuils manuels sont acceptés alors que les électriques non. «C'est une forme de discrimination que je peine à comprendre, relève-t-elle. Tout comme le traitement différent selon les chauffeurs. De plus, je n'ai jamais reçu d'explications précises sur ce point-là.» Si Corinne Hess reconnaît que la situation la peine, elle affirme que, pour rien au monde, elle renoncerait à exercer une activité professionnelle. «Travailler est d'une importance capitale pour une personne handicapée», relève-t-elle. Questionnée sur la situation, la direction des MBC répond que cette restriction a été mise en place car «tous les véhicules ne disposent pas de rampes permettant l'embarquement des chaises roulantes électriques, notablement plus lourdes qu'une chaise manuelle».

Et en ce qui concerne les attitudes diverses des conducteurs? «Il semble que certains de nos chauffeurs ont pris le risque d'accepter à bord des chaises roulantes électriques, indique Michel Pernet, directeur des MBC. Alors que d'autres, en respect des dispositions de l'entreprise, les refusaient. Cette situation ne peut effectivement que semer le trouble auprès des personnes à mobilité réduite qui ont été confrontées au problème.»

Bonne nouvelle

Un trouble qui n'aura bientôt plus lieu d'être puisque le directeur des MBC a une bonne nouvelle à annoncer à Corinne Hess. «La restriction d'accès aux fauteuils roulants électriques sera levée sur tout le réseau des MBC dès le 15 décembre 2013», indique-t-il. Tous les véhicules des MBC, à quelques très rares exceptions, seront en effet équipés de rampes ad hoc.

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