Montagne: Une licence pour le hors-piste
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MontagneUne licence pour le hors-piste

La légende du freeride Dominique Perret lance un programme de formation avalanche inspiré du modèle pour la plongée.

par
Michel Pralong
Simon Starkl/Swiss Image

Il l’avoue lui-même, lorsqu’il a débuté le ski hors-piste, Dominique Perret y est allé «à la fraîche». Aujourd’hui, ce n’est plus possible. La montagne tue chaque année trop de personnes par manque de connaissances.

«Je me suis aperçu que le public était mal informé des différentes formations possibles et qu’elles variaient trop d’un endroit à l’autre.» Le célèbre freerider a donc décidé de créer un programme commun, reconnu internationalement, sur le modèle du paddy, le brevet de plongée. «Plus personne aujourd’hui ne songerait à plonger sans formation. Il faudrait que les amoureux de hors-piste aient le même réflexe.»

Les premiers cours de l’International Snow Training Academy (ISTA) seront dispensés au public dans 43 stations (28 en Suisse, 15 en Italie) dès le 15 décembre. Une dizaine d’autres pays rejoindront le mouvement d’ici à 2019.

Quatre niveaux de cours

Ces cours, tous donnés sur le terrain durant un ou deux jours, comportent quatre niveaux progressifs. De l’initiation, un peu équivalente au baptême de plongée, jusqu’au degré le plus élevé d’autonomie. Pour concevoir ce programme, Dominique Perret s’est entouré de 40 experts dans des domaines aussi divers que le sauvetage, la nivologie mais aussi les sciences humaines et la pédagogie. Car l’ambition du label ISTA est d’avoir des termes communs à tous les pays et une méthode d’apprentissage claire et plaisante. «Ce n’est pas un cours en cas d’avalanche. La majeure partie de l’instruction consiste à savoir comment en éviter une. Cela passe autant par l’observation de son environnement que la connaissance de soi-même.» L’initiation coûte 229 francs et le premier niveau 499 francs. Plus le prix du guide. «Mais un carnet de bons équivalent au tarif du cours permettra d’avoir des rabais dans des stations ou sur du matériel.».

Dominique Perret espère entre 3000 et 5000 clients cet hiver. Qui tous croiront être immunisés aux dangers? «Nous ne fabriquerons pas des casse-cou, car plus les gens sont formés, plus ils sont prudents.» Des guides de montagne ayant reçu l’instruction ISTA donneront ces cours. Ils ont été plus nombreux que prévu à se montrer intéressés et 300 instructeurs sont d’ores et déjà prêts.

«Ce modèle n’est pas réaliste»

Cette nouveauté n’enthousiasme pas Pierre Mathey, président de l’Association suisse des guides de montagne. «Que de nouveaux acteurs s’intéressent à la formation, très bien. Mais ce projet n’est pas novateur. Nous avons déjà nos propres cours. Et un modèle transposable partout dans le monde n’est pas réaliste. Les conditions en montagne sont trop différentes.» Pour lui, ISTA n’est qu’un concurrent de plus.

N’existe-il pas aussi le risque qu’on ne puisse plus faire de hors-piste sans cette carte? Ou que les assurances la posent comme condition pour des dédommagements en cas d’accident? «Nous ne voulons surtout pas rendre ISTA obligatoire, rétorque Dominique Perret. Notre but, c’est la prévention. Tant mieux si elle est la plus large possible. Quant aux assurances, même si aucune n’a pour l’instant voulu s’associer au projet, je ne crois pas qu’elles se serviront de l’ISTA comme prétexte.»

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