Haïti: "Une main politicienne" crée le climat de psychose
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Haïti"Une main politicienne" crée le climat de psychose

Pour le gouvernement, la vague d'insécurité qui a abouti au lynchage d'un homme mercredi est liée à une manipulation.

En parallèle des manifestations dénonçant les résultats préliminaires des élections, les haïtiens s'inquiètent d'une flambée de violences criminelles. (Image d'illustration - manifestation politique à Port-au-Prince le 12 novembre 2015)

En parallèle des manifestations dénonçant les résultats préliminaires des élections, les haïtiens s'inquiètent d'une flambée de violences criminelles. (Image d'illustration - manifestation politique à Port-au-Prince le 12 novembre 2015)

Keystone

Les autorités haïtiennes ont dénoncé jeudi en conférence de presse la manipulation organisée par certains individus pour créer un climat de "psychose nationale" qui a causé la nuit précédente le lynchage d'un homme.

Des centaines de personnes avaient manifesté contre l'insécurité dans la nuit de mercredi à jeudi à Pétionville, banlieue de Port-au-Prince, où un homme, accusé par les manifestants d'être un malfaiteur a été brûlé vif.

"On sait que depuis que l'on entre en période électorale, il y a des manipulations de diverses formes," a admis Patrick Joseph, secrétaire d'Etat à l'Intérieur. Les électeurs haïtiens se sont récemment rendus aux urnes pour le premier tour des élections législatives et présidentielle.

"Nous pensons qu'il s'agit d'une main politicienne qui essaie de troubler la population pour qu'elle en arrive à une situation où elle ne peut plus vivre" a dénoncé le membre du gouvernement.

Cambriolages et agressions sexuelles

Depuis plusieurs semaines, les habitants de la plaine de Port-au-Prince alertent les autorités sur des cas de cambriolages et de violences sexuelles qui seraient commis par un groupe d'hommes.

"Ces types, quand ils passent dans une zone, ils forcent les gens à avoir une relation sexuelle avec leur mère, leur frère et soeur. Ils vous violent vous et votre famille. Si vous avez de la chance vous restez en vie mais sinon ils vous tuent", détaille Fritzner Jules qui habite sur les hauteurs, à une dizaine de kilomètres de la plaine. "Ici à Pétionville, on ne veut pas être victimes aussi, alors c'est pour ça qu'on s'est levé".

Des tirs nourris ont résonné pendant une partie de la nuit de mercredi à jeudi à Pétionville, la commune la plus riche de la métropole haïtienne et des centaines d'hommes ont manifesté en scandant en rythme des slogans contre les criminels et faisant traîner les lames de leurs machettes sur le bitume.

"Il était un peu avant une heure du matin. Les voisins ont demandé à ce type s'il connaissait quelqu'un dans la zone. Il ne connaissait personne et il avait un mouchoir rouge autour du pied: c'est un signe d'association de malfaiteurs", raconte Fritzner Jules, devant le corps carbonisé gisant sur la chaussée.

Ce chauffeur de taxi-moto explique comment l'homme a été lynché par les riverains en colère. "La population a sauté sur ce type, a mis des pneus autour de lui, l'a aspergé d'essence et y ont mis le feu", explique Fritzner.

Pas de registre des plaintes

Le problème est que la police nationale d'Haïti (PNH) ne dispose d'aucun dossier faisant état des crimes dénoncés par la population.

"Nous n'avons pas reçu une plainte. Nous avons entendu ces informations par voie de presse et sur les réseaux sociaux" a expliqué Gary Desrosiers, porte-parole de la PNH.

Pour le policier, il existe à travers le pays "un laboratoire qui utilise ce canal pour populariser ces fausses informations qui ont créé cette peur bleue dans toute la zone métropolitaine".

Gary Desrosiers comprend "la peur qui se développe au sein de la population qui a pris des dispositions telles que des jeunes ont monté des brigades mais la police nationale n'encourage pas ces pratiques car certains en profitent pour régler leurs comptes personnels en accusant une personne innocente".

Cette soudaine mobilisation populaire s'est déroulée alors que l'opposition avait exceptionnellement prévu ce jeudi de débuter à Pétionville sa nouvelle manifestation de contestation contre le pouvoir en place, accusé d'avoir manipulé les résultats du premier tour du scrutin présidentiel.

(AFP)

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