Parlement: Une motion veut interdire les gros SUV en Suisse
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ParlementUne motion veut interdire les gros SUV en Suisse

La conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger (Verts/GE) demande que le Conseil fédéral interdise dès 2022 l’importation de véhicules neufs dont le poids à vide est de 2 tonnes et plus.

par
Christine Talos
La Suisse est passée de 50’000 ventes de SUV neufs en 2010 à 130’000 en 2019, selon la motionnaire.

La Suisse est passée de 50’000 ventes de SUV neufs en 2010 à 130’000 en 2019, selon la motionnaire.

AFP

Les gros véhicules tout-terrain et autres SUV sportifs utilitaires sont de plus en plus nombreux en Suisse, en ville comme à la campagne. Avec 130’000 SUV vendus (contre 50’000 en 2010), ils représentaient près de 40% des voitures neuves dans notre pays en 2019. Et la tendance à l’achat de véhicules toujours plus lourds est à la hausse. Autant de raisons qui ont poussé la conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger (Verts/GE) à déposer une motion qui vise à interdire l’importation de véhicules neufs de plus de deux tonnes en Suisse, et ce dès 2022.

Selon elle, le poids à vide moyen des voitures de tourisme a gagné plusieurs centaines de kilogrammes ces cinq dernières années. Ce qui est problématique, estime-t-elle. Car les SUV polluent bien plus que les voitures de taille normale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ils constituent même la 2e cause de la hausse du CO2 depuis 2010, derrière le secteur de l’énergie mais devant l’industrie lourde et l’aviation.

Un quart de plus d’énergie

En outre, ils sont énergivores: «Ils consomment un quart de plus d’énergie que les véhicules de taille moyenne, explique la Genevoise. Car plus un véhicule est lourd, plus son besoin en carburant est élevé. Les SUV électriques, très à la mode, ne trouvent pas grâce ses yeux non plus. «C’est le poids qui compte là aussi. Ils ont besoin de beaucoup plus d’électricité pour déplacer une personne qu’une voiture légère», rétorque-t-elle.

Enfin, les 4x4 posent problème aux autres usagers de la route. En raison de leur taille, de leur volume et de leur forme, ils représentent un danger supplémentaire, notamment pour les cyclistes et les piétons, avance-t-elle.

Des exceptions en cas de besoin

Isabelle Pasquier-Eichenberger prévoit toutefois des exceptions à l’interdiction des SUV. Notamment lorsque les besoins peuvent être attestés, à l’image de ceux des paysans de montagne, explique-t-elle. Mais elle le souligne: la plupart du temps, ce sont les cantons urbains qui comptent le plus de 4x4, comme Genève ou Zoug, canton où 66% des nouvelles immatriculations sont des véhicules de ce type. «Ce qui montre que leur achat est plus souvent lié à des besoins d’estime et de reconnaissance qu’à des nécessités avérées.»

Mais comment faire pour les urbains qui souhaitent se rendre dans un chalet difficile d’accès, par exemple? La Genevoise rétorque: «D’une part, de plus en plus de coins en montagne sont accessibles sans voiture. D’autre part, la montagne souffre deux fois plus du réchauffement climatique. Il faut peut-être réfléchir à comment la protéger.»

Peu de chances

Isabelle Pasquier-Eichenberger ne se fait toutefois pas d’illusions: «je sais que ma motion a peu de chances de passer au Parlement». Mais elle permettra de relancer la réflexion, selon elle, sur cette thématique à l’heure où tous les secteurs réduisent leurs émissions de CO₂, sauf celui de l’automobile.

Pour rappel, on se souvient que les Jeunes Verts avaient lancé une initiative en 2008 déjà pour interdire les 4x4. Le texte avait fait un tabac avec 147’000 signatures. Le parti l’avait ensuite retiré en 2011 avec la promesse du Conseil fédéral de tenir compte de ses exigences. Du coup, en cas de refus de sa motion, la Verte va-t-elle rouler pour une nouvelle initiative? Pas question, répond-elle. Elle se battra avec les Verts dans le cadre de leur Plan Climat.

Les normes suisses de CO₂ pour les véhicules

À l’instar de l’UE, la Suisse a introduit des prescriptions concernant les émissions de CO2 des voitures de tourisme neuves. Depuis 2021, elle applique les nouvelles normes WLTP. Celles-ci exigent que les émissions ne dépassent pas 118g de CO2 par km (anciennes normes NEDC: 95g). Les voitures de livraison et les tracteurs à sellette légers ont droit eux à 186g de CO2 par km (147 auparavant).

Sur cette base, le parc de chaque importateur doit respecter une valeur cible individuelle, qui donne lieu à une sanction en cas de dépassement. C’est une particularité suisse. En effet, les importateurs suisses doivent atteindre ces objectifs par eux-mêmes, tandis que l’UE calcule pour chaque marque la valeur de flotte sur l’ensemble des États membres.

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