Polémique: Une moto qui ne fait pas de bruit n’est plus une moto

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PolémiqueUne moto qui ne fait pas de bruit n’est plus une moto

Deux initiatives parlementaires veulent réduire le bruit des motos et véhicules. Depuis dix ans, toutes les tentatives ont échoué.

Eric Felley
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Eric Felley
Jusqu’ici, la droite du Parlement a toujours refusé des mesures drastiques visant à réduire le bruit des bolides.

Jusqu’ici, la droite du Parlement a toujours refusé des mesures drastiques visant à réduire le bruit des bolides.

IStock

Élue l’année dernière, la nouvelle conseillère nationale socialiste argovienne, Gabriel Suter (PS/AG), a tout de suite montré la couleur au Parlement. Au mois de juin, elle a déposé deux motions ciblant le bruit excessif des véhicules à moteur. La première demande que la Confédération crée une base légale pour introduire des radars contre le bruit, à l’instar de ceux qui contrôlent la vitesse. La seconde propose d’interdire les motos qui font plus de 95 décibels.

On ne chatouille pas impunément le monde des motards. Sur la place Fédérale, samedi 1er août, environ 300 d’entre eux ont protesté contre ces projets, qui ne sont pour l’instant qu’au stade initial de la procédure parlementaire.

Contre «ces frimeurs»

Il n’est pas surprenant que ces deux initiatives parlementaires soient déposées aujourd’hui. La sensibilité au bruit a semble-t-il augmenté avec la période du semi-confinement. Gabriela Sutter vise: «Ces frimeurs qui font vrombir leur moteur dans les villes en fin de semaine. Le bruit des motocycles est quant à lui souvent assourdissant dans les cols alpins. La police reçoit régulièrement des plaintes et de nombreuses pétitions déposées dans différents cantons exigent que des mesures soient prises».

Des échecs à répétition

Pour la moto, elle prend l’exemple du Tyrol, où depuis le 10 juin 2020, les motocycles, dont le niveau sonore à l’arrêt dépasse les 95 décibels, sont interdits sur certains tronçons touristiques. Si l’Autriche le peut, pourquoi pas la Suisse? À vrai dire, le Parlement n’a pas attendu le coronavirus pour est saisi de propositions visant à combattre le bruit des véhicules. Jusqu’ici, une majorité a toujours refusé d’agir pour ne pas compromettre la directive européenne sur les transports que la Suisse a signée. C’est ce qui s’est passé en 2011, où la droite du Parlement a refusé une motion de Bastien Girod (Verts/ZH) demandant de restreindre l’homologation des véhicules bruyants. Une motion de commission a connu le même sort en 2014.

Agir contre les accessoires d’échappement?

En 2016, le conseiller Karl Volger (PDC/OW) a interpellé le Conseil fédéral avec cette question: «Si le Conseil fédéral ne souhaite toujours pas modifier les valeurs limites pour les motos et renforcer les moyens de la police, par quels moyens entend-il protéger efficacement la population des nuisances sonores intolérables et bien connues?» La réponse n’a pas été à la hauteur de ses attentes, de loin s’en faut: «Une mesure envisageable, répond Doris Leuthard à l’époque, serait de ne plus autoriser en Suisse les accessoires d’échappement souvent jugés trop bruyants. Cela irait néanmoins à l’encontre de la politique du Parlement et du Conseil fédéral, qui autorise l’homologation en Suisse des véhicules et des composants de véhicules réceptionnés dans l’UE sans adaptations ni autres examens».

«Es ist nicht Lärm, es ist Musik!»

Walter Wobmann (UDC/SO)

Cette position résume bien la politique fédérale, que l’on peut imager par cette boutade: en Suisse, une moto qui ne fait pas de bruit, n’est plus une moto. À ce sujet, lors d’un débat au Conseil national, Roger Nordmann (PS/VD) avait ironisé sur les propos de son collègue Walter Wobmann (UDC/SO), président de la Fédération motocycliste suisse. En parlant des bruits de moto, il avait corrigé: «Es ist nicht Lärm, es ist Musik!» Ce n’est pas du bruit, c’est de la musique… Et, pour une fois, l’UDC trouve agréable de pouvoir se réfugier derrière une directive européenne pour que les motos suisses puissent continuer de pétarader.

Sur l’échelle du bruit, celui des motos commence à partir de 90 dB(A). La conseillère nationale socialiste Gabriela Suter (PS/AG) voudrait les plafonner à 95 dB(A), au début du seuil de danger pour l’oreille humaine.

Sur l’échelle du bruit, celui des motos commence à partir de 90 dB(A). La conseillère nationale socialiste Gabriela Suter (PS/AG) voudrait les plafonner à 95 dB(A), au début du seuil de danger pour l’oreille humaine.

lematin.ch

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