Suisse - Nouvelle initiative pour un revenu de base lancée à Berne
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SuisseNouvelle initiative pour un revenu de base lancée à Berne

Les initiants relancent le projet refusé en 2016. La nouvelle mouture évoque un revenu de base inconditionnel «financièrement viable» de 2500 francs par mois pour tous.

par
Christine Talos
Les initiants devant la presse à Berne.

Les initiants devant la presse à Berne.

ChTalos

Le revenu de base inconditionnel (RBI) refait surface. Après le rejet par le peuple à 78% d’un premier texte en juin 2016, un comité indépendant des partis politiques a relancé une nouvelle initiative baptisée «Vivre avec dignité – Pour un revenu de base inconditionnel finançable» . Comme lors de la première mouture il y a 5 ans, il fixe la barre d’un RBI à 2500 francs par mois.

Le but de l’initiative est de permettre à toutes les personnes établies en Suisse de «mener une existence digne au sein de la famille, de la société et l’économie». Pour les initiants, elle représente «une assurance contre les angoisses existentielles». Elle permettrait de développer davantage les assurances sociales et de garantir à tous le minimum vital, même pour ceux qui n’exercent aucune activité lucrative. Ses bénéficiaires pourraient ainsi se permettre de travailler à temps partiel, de faire une pause dans leur vie professionnelle ou d’entamer une nouvelle formation.

Plus de solidarité demandée

Avec la crise du Covid, l’introduction d’un nouveau revenu de base est redevenue nécessaire. «Nous vivons une époque et un monde extrêmement troublés», a déclaré l’ancien porte-parole du Conseil fédéral, Oswald Sigg, qui faisait déjà partie du comité de la première initiative. Pour lui, il faut désormais davantage de solidarité de la part de l’économie. «Notre initiative met au premier plan la dignité humaine, pas seulement l’argent. Tout le monde a droit à une bonne vie», a-t-il martelé en déplorant la richesse excessive de certains.

Le produit national brut ne tient pas compte du travail non rémunéré, a avancé de son côté Elli von Planta, ex-présidente de la représentation du personnel de l'UBS. Elle a rappelé que plus de 50% des heures de travail n’étaient pas payées en Suisse. Et ce sont les femmes qui font le plus de bénévolat via le travail domestique. «Avec un revenu de 2500 francs par mois, très peu de mères seraient rémunérées à leur juste valeur mais cela honorerait au moins la contribution au bien commun», a-t-elle expliqué.

Soutien aux étudiants et à la formation continue

Le RBI permettrait aussi de soutenir les étudiants, a souligné Kalina Anguelova, membre du comité, qui a rappelé que la crise du Covid avait durement affecté financièrement des milliers d’entre eux. «Il est urgent d’avoir le courage de penser autrement», a-t-elle déclaré. Aujourd’hui, 52% des étudiants dépendent du soutien familial et 73% d’entre eux doivent travailler à côté de leurs études. Le revenu de base permettrait de mettre fin à la précarité et garantirait l’égalité des chances pour tous, a-t-elle expliqué. En outre, il encouragerait la formation continue et la reconversion professionnelle. «Plus de 30% de la population de 25 à 70 ans souhaiterait suivre une formation mais ne le peut pas par manque de temps ou de moyens financiers».

Concrètement, le RBI n’a pas pour but de remplacer les assurances sociales mais à les adapter ou les développer davantage en fonction du revenu de base. Le comité propose un revenu de 2500 francs par mois et un montant proportionnel pour les enfants. Les personnes sans revenu (bénévoles, mamans qui s’occupent des enfants, chômeurs, etc. ) en seraient les principales bénéficiaires. Les travailleurs qui ont des salaires suffisants et qui n’ont pas besoin du RBI pourraient le déduire fiscalement. Les très riches, eux, n’y auraient pas droit.

Faire payer Google, Apple et les autres

Selon les initiants, la majorité des coûts du nouveau RBI pourrait être couverte par les recettes fiscales et les assurances sociales. Mais il entraînerait des frais supplémentaires de 25 à 40 milliards de francs. Le comité exige donc une imposition équitable de tous les secteurs de l’économie dont le secteur financier, trop peu taxé aujourd’hui à leurs yeux, et qui représente quelque 40 à 60 milliards de recettes fiscales potentielles. Les multinationales technologiques, les plateformes numériques comme Google, Apple, Facebook ou Amazon, seraient également amenées à participer au financement du RBI, pour un montant de 10 à 20 milliards. En cas d’acceptation par le peuple, le Parlement aura cinq ans pour décider quel modèle de financement sera le plus adapté.

Par rapport à la première initiative, les initiants soulignent avoir clarifié la question du financement. «Nous intégrons aussi dans la Constitution que nous ne voulons pas abolir les assurances sociales existantes, ce qui devrait rassurer la population», estime Thomas Produit, membre du comité.

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