Suisse: Une nouvelle méthode pour savoir si l'on digère le lactose
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SuisseUne nouvelle méthode pour savoir si l'on digère le lactose

Des chercheurs d'Agroscope et du CHUV ont découvert des molécules qui montrent si votre corps est intolérant aux produits laitiers ou non.

par
Michel Pralong
On estime que 20% de la population suisse ne digère pas le lactose.

On estime que 20% de la population suisse ne digère pas le lactose.

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L'homme est l'un des rares mammifères à continuer à consommer des produits laitiers après son sevrage. Il a toujours possédé l'enzyme de la lactase qui lui permet de digérer le lait maternel mais, jusqu'à l'apparition des populations pastorales il y a 10 000 ans en Anatolie, il la perdait quand il cessait de téter. En ajoutant le lait à sa nourriture d'enfant et d'adulte, l'homme a commencé à conserver la lactase permettant de le digérer. Mais cela n'est pas le cas pour tous.

La présence de la lactase est en effet très variable suivant les profils génétiques. On estime aujourd'hui que deux tiers de la population mondiale ne digèrent pas le lactose. Une proportion qui se monte à 85 % en Chine mais 4% seulement au Danemark. En Suisse, on est plutôt bien loti avec une estimation de 20% des gens qui sont intolérants au lactose. Toutefois, il est difficile de donner des chiffres précis car certaines personnes ignorent qu'elles le sont alors que d'autres, qui ne le sont pas, pensent que si et consomment donc moins de lactose ou alors prennent des produits laitiers qui en son exempts.

Plusieurs tests existent

L'intolérance au lactose provoque des troubles gastro-intestinaux, comme des maux de ventre, des gaz ou des diarrhées, les symptômes s'intensifiant avec l'augmentation des quantités absorbées. Plusieurs tests existent pour déterminer si l'on est intolérant ou non. En clinique, on peut mesurer par exemple la quantité d'hydrogène produite par le corps après absorption de lactose (pour environ 200 francs). Si elle est élevée, c'est que le lactose n'a pas été digéré par la lactase, mais par les bactéries présentes dans le colon, ce qui provoque justement ces troubles gastro-intestinaux. Une autre méthode est de faire une analyse génétique (environ 100 francs), car certains profils sont connus pour activer la production de la lactase. Toutefois, les analyses génétiques ne sont pas toujours fiables pour déduire la capacité de l'organisme à produire la lactase. Le test n'est donc pas fiable pour tout le monde.

Deux indicateurs d'une bonne digestion

Une équipe de chercheurs d'Agroscope et du CHUV viennent de découvrir une nouvelle méthode pour savoir si un métabolisme a digéré le lactose grâce à la lactase. C'est en évaluant la qualité nutritionnelle des produits laitiers que Guy Vergères, responsable du groupe de recherches «Biologie nutritionelle et fonctionnelle» d'Agroscope et ses collègues du CHUV ont fait par hasard cette découverte. Pour savoir si une personne a consommé ou non des produits laitiers et en quelle quantité, il faut détecter dans son sang et son urine des molécules qui le montrent. C'est en les cherchant que les scientifiques ont découvert deux composants: le galacticol et le galactonate. Certains des 14 participants à l'étude ayant consommé du lactose en avaient dans leurs prélèvements, d'autres pas. Il s'est avéré que ces deux composants n'étaient produits que lorsque'un gène actif de la lactase était présent, permettant ainsi la digestion du lactose. Par contre, dans certains cas où l'information génétique à disposition des chercheurs ne permettait pas de tirer des conclusions sur la présence de la lactase, la mesure du galacticol et galactonate urinaire a permis de clarifier cette question.

Test pour le grand public?

«La tentation maintenant, nous explique Guy Vergères, ce serait de se diriger vers l'élaboration d'un test qui, grâce à cette méthode, pourrait diagnostiquer des troubles digestifs relatifs au lactose en complément d'autres tests en clinique. Mieux, il pourrait être commercialisé pour le grand public sous la forme d'un test rapide, comme par exemple un papier qui se colore au contact de l'urine de telle ou telle couleur suivant si galacticol et galactonate sont présents ou non. Mais il faut d'abord, même si nos résultats sont établis, les vérifier sur un échantillon plus large de patients. Il va falloir pour cela contacter des chercheurs spécialistes dans ce genre de tests. Puis, s'il s'agit d'aller plus loin dans la direction d'un test rapide, trouver des partenaires industriels pour le produire, ce qu'ils devraient mettre un ou deux ans à faire.»

Méthode brevetée

«Certaines personnes sont catégorisées comme intolérantes au lactose par leur médecin de famille alors que celui-ci n'utilise pas toujours des méthodes appropriées pour l'affirmer, précise Guy Vergères. Ce test rapide pourrait donner une confirmation ou une infirmation plus fiable, quitte à ensuite procéder à des examens complémentaires.» Le procédé a d'ores et déjà fait l'objet d'un dépôt de brevet. Quant à l'étude conjointe d'Agroscope et du CHUV, elle a été publiée dans l'une des plus prestigieuses revues sur la recherche nutritionnelle, l'«American Journal of Clinical Nutrition».

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