États-Unis: Une obstétricienne accouche un gorille

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États-UnisUne obstétricienne accouche un gorille

Le zoo de Philadephie a fait appel à une spécialiste des humains pour faire une césarienne sur la femelle «Kira».

par
Sébastien Repond
Le nouveau-né était beaucoup plus calme et plus «réveillé» que ceux des humains.

Le nouveau-né était beaucoup plus calme et plus «réveillé» que ceux des humains.

Zoo de Philadelphie

Vendredi dernier à 10h30, la gynécologue Rebekah McCurdy s'occupait de patients dans son cabinet lorsqu'elle a reçu un appel: «C'est nous. On pense faire une césarienne, on est prêt pour l'anesthésie.» Bizarre s'est dit le médecin, aucune de mes patientes n'était censée accoucher aujourd'hui. «Qui est-ce?» demanda-t-elle. «C'est le zoo, répondit la voix. C'est pour Kira.» McCurdy a tout laissé sur le champ et est partie directement pour le zoo. Quelques heures plus tard, elle tenait un bébé gorille dans ses mains, raconte le site The Atlantic.

Le zoo de Philadelphie a une longue tradition de conservation de grands singes: en 1928, il a été le premier parc étasunien a réussir à faire se reproduire en captivité des chimpanzés et des orang-outans. Lorsque le programme de reproduction a été relancé en 2009, les vétérinaires ont contacté Stuart Weiner, directeur de l'hôpital Thomas Jefferson et spécialiste de l'obstétrique à haut risque. Ils voulaient quelqu'un qui soit disponible en cas de grossesse compliquée.

Lorsque la femelle «Kira» a commencé à accoucher la semaine dernière, les choses se sont rapidement mal passé. Chez les gorilles, l'accouchement n'est pas aussi visible que chez les humains. Les femelles continuent de bouger et de se nourrir. C'est la raison pour laquelle la plupart du temps, les naissances se font sans témoin, même en captivité. Mais dans ce cas précis, les gardiens ont remarqué des signes inquiétants. «Kira» faisait des mouvements d'étirement et s'accroupissait, sans que la naissance ne survienne naturellement. Et la femelle avait l'air malade, ne mangeait plus rien. Weiner n'étant pas joignable, c'est McCurdy, sa collègue, qui devait le remplacer.

«Vous parlez comme une obstétricienne!»

Le médecin a commencé par faire un ultrason. «Il a d'abord fallu la raser pour que je puisse voir quelque chose: ce qui arrive rarement chez les humains», plaisante-t-elle. L'ultrason a confirmé qu'il y avait bien un bébé, que son rythme cardiaque était normal et que sa tête était bien tournée vers le bas. Mais lors des accouchements, le petit gorille doit être normalement tourné vers l'avant, ce qui n'était pas le cas.

Chez les gorilles le pelvis est bien plus large que chez les humains par rapport à la taille de bébé, qui facilite l'accouchement. Mais ces singes sont tout de même nos plus proches parents et la similarité dans les organes de reproduction explique que la gynécologue ait pu appliquer ses connaissances alors même qu'elle n'avait jamais opéré de singe auparavant.

En entamant son examen de la patiente, McCurdy s'est rendu compte que Kira était complètement dilatée et que l'accouchement était imminent. «Un des gardiens m'a regardé et m'a dit que je parlais comme une obstétricienne. Je répondu que c'était parce que j'en étais une.»

La gynéco s'est rapidement retrouvée entourée de plein de soignants curieux

Zoo de Philadelphie

L'équipe était nerveuse à l'idée de faire une césarienne, sachant qu'elle pourrait difficilement gérer les bandages et faire des soins une fois que la femelle serait de retour dans son enclos. Et les soigneurs craignaient par ailleurs que le lien mère/enfant soit mis en péril par ce mode d'accouchement.

On a demandé à McCurdy ce qu'elle ferait s'il s'agissait d'un humain: «Je le sortirais tout de suite.» A 2 heures de l'après-midi, un mâle de 2,2 kilos était né.

Le nouveau-né était beaucoup plus calme que ceux des humains. Attentif, il regardait clairement autour de lui. L'équipe a laissé une nuit à «Kira» pour se remettre avant de lui rendre son petit. Depuis ils sont inséparables. Les visiteurs du zoo pourront voter pour choisir un nom au petit.

Un privilège

Pouvoir accoucher un gorille des plaines orientales, une espèce en voie de disparition qui compte moins de 100 000 individus dans la nature, a été un «privilège incroyable» raconte McCurdy. «La plus grande partie du temps, j'étais dans le moment, faisant la même chose que les autres jours. Ce n'est qu'après que ça m'a frappé. Je me suis dit, mince je viens d'accoucher un gorille.»

Dernier petit détail: McCurdy est elle-même enceinte de 28 semaines. D'ailleurs après l'opération elle avait une consultation d'obstétrique pour elle-même! Ensuite elle est rentrée à la maison auprès de son mari et de leur trois enfants.

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