23.03.2012 à 12:27

ConsommationUne organisation dénonce les «fraises de la misère»

Des fraises, des asperges ou encore du raisin en plein hiver: la Plateforme pour une agriculture socialement durable trouve que les consommateurs sont très mal habitués.

Mieux vaut attendre la saison des fraises en Suisse pour en consommer.

Mieux vaut attendre la saison des fraises en Suisse pour en consommer.

Keystone

La Plateforme pour une agriculture socialement durable s'insurge contre l'assortiment de fruits et légumes d'été débarqués sur les étals des supermarchés au milieu de l'hiver.

Des actions de protestations sont prévues devant certains supermarchés de Suisse vendredi et samedi.

Les grands distributeurs ont habitué les consommateurs à des fraises d'Espagne, des asperges du Pérou ou des raisins d'Afrique du Sud en plein hiver, a indiqué la Plateforme vendredi devant la presse à Berne. Cette offre hors saison a un prix, non seulement pour l'acheteur: elle a aussi un coût social et écologique.

Main-d'oeuvre bon marché

Dans un communiqué, la Plateforme dénonce en particulier les conditions de travail dans les plantations de fraises à Huelva, en Espagne. Le pays connaît un taux de chômage dépassant 21%, mais la cueillette est peu attractive pour les travailleurs et travailleuses espagnols.

Il est donc plus facile d'importer de la main-d'oeuvre marocaine par milliers, de préférence des femmes mariées avec enfants afin de garantir leur retour au Maroc après les récoltes. L'exploitation de ces femmes est d'ailleurs dénoncée par la Fédération internationale des droits humains, rappelle la Plateforme.

Problème écologique

A Huelva, la culture fraisière s'étend sur 7000 hectares, soit 70 km2, de serres. Ce type de cultures à contre-saison, de janvier à fin avril, requiert une intervention massive d'engrais, de fongicides et d'insecticides. L'irrigation se fait par pompage, sans limitation, menaçant les plaines de désertification. Les traitements chimiques polluent localement la nappe phréatique.

De telles importations soumettent également les petits producteurs et les familles paysannes suisses à une concurrence déloyale contre laquelle ils ne peuvent plus lutter. Ils sont de plus en plus à devoir mettre la clé sous le paillasson ou a soumettre eux-mêmes leurs employés à des conditions de travail indignes des standards helvétiques.

Engagements sociaux

Coop répond que son objectif est de respecter des critères non seulement économiques, mais également sociaux, éthiques et écologiques dans son approvisionnement en marchandises. Les partenaires commerciaux du grand distributeur doivent garantir à leurs employés des salaires suffisants et des conditions de travail décentes.

Migros avance les mêmes arguments: ses fournisseurs sont soumis à des exigences très strictes, dont un cahier des charges détaillé concernant les directives à remplir sur le plan social et écologique. Les fournisseurs doivent être certifiés «Global GAP» pour l'écologie et signer le code de conduite BSCI pour ce qui est des aspects sociaux.

Ces codes de conduite doivent également être respectés par les sous-traitants, explique Migros. Sur place, à Huelva, des directives concernant l'eau seront testées cette année. De plus, des contrôles se font sur les lieux de cueillette.

Fraises très appréciées

Les deux distributeurs ajoutent qu'il faut être réaliste et accepter que les fraises espagnoles sont très appréciées de la clientèle. Cela dès janvier et surtout dès que les températures commencent à monter.

Coop rappelle qu'au point de vue écologique, il n'y a aucune différence entre des fraises espagnoles vendues en hiver et celles importées en été. Migros souligne que les ventes de fraises en début d'année sont parfois presque aussi élevées que celles des pommes durant certaines semaines, ce qui reflète un besoin de la clientèle.

(ats)

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