06.10.2020 à 14:40

ÉditorialUne planète où il faut assumer ses actes

Il n’est pas certain que la Suisse soit moins concurrente, si elle se donne des ambitions humanistes plus élevées.

par
Eric Felley
La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a lancé sa campagne ce mardi contre l’initiative pour des entreprises responsables. Le même jour, ses partisans ont placardé leur première affiche consacrée à une mine de Glencore au Pérou.

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a lancé sa campagne ce mardi contre l’initiative pour des entreprises responsables. Le même jour, ses partisans ont placardé leur première affiche consacrée à une mine de Glencore au Pérou.

DR/Keystone

À peine a-t-elle gagné contre l’UDC sur la libre circulation des personnes, que la conseillère fédérale Karin Keller Sutter repart au combat. Cette fois, elle est dans le même camp que l’UDC, le PLR et le PDC pour défendre les multinationales. Pour la cheffe du Département de justice et police, si la Suisse venait à appliquer l’initiative pour les entreprises responsables, ses règles en matière de responsabilité seraient «uniques au monde» et les entreprises suisses seraient désavantagées par rapport à leurs concurrents.

Karin Keller-Sutter joue gros dans cette votation, car, après son arrivée au Conseil fédéral, elle a repris ce dossier pour lui apporter la touche voulue par EconomieSuisse. Elle a fait capoter un contre-projet qui avait l’aval des initiants pour en faire adopter un autre, celui dit du rapport annuel en «papier glacé». Cette manière de faire lui vaut aujourd’hui une droite divisée et comité bourgeois qui défend l’initiative.

L’initiative a toujours eu la faveur des sondages

En ce moment, on sent que l’opinion publique est davantage sensible à un besoin de moralité qu’au discours «cynique» des faiseurs de marchés mondialisés. Jusqu’ici, l’initiative a toujours eu les faveurs des sondages. Les multinationales font de très gros efforts depuis quelque temps pour redorer leur image, jusqu’à se donner sur leur site les apparences d’ONG travaillant dans l’humanitaire. Mais la ficelle est un peu grosse.

La visite d’Ignazio Cassis à Glencore au début de son mandat avait suscité d’amères critiques sur la caution qu’il donnait à cette société. Glencore, c’est le mouton noir de ces multinationales sises en Suisses. Mais Glencore, c’est énorme. Sise dans le canton de Zoug, elle a fait 215 milliards de chiffre d’affaires dans les matières premières l’année dernière.

Les partisans de l’initiative ont d’ailleurs lancé leur campagne ce mardi avec une affiche représentant une de ses mines à Cerro de Pasco, au Pérou, où l’environnement est mis à rude épreuve pour la santé des enfants. Osons la question: cette mine aura-t-elle perdu tout intérêt, le jour où elle devra prendre des mesures environnementales? Si c’est le cas, c’est que le mal est profond.

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14 commentaires
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Jean Deschamps

07.10.2020 à 07:35

Si le paysan suisse doit respecter un cahier des charges des plus strictes au monde concernant la façon qu'il doit produire, préserver la biodiversité, élever son bétail dans le respect de l'animal et payer ses ouvriers, salaires CCT, pour obtenir les paiements directs, pourquoi ne pourrions-nous demander aux multinationales d'en faire autant, pour les cadeaux fiscaux qu'elles obtiennent?

Léo Carpintero

06.10.2020 à 17:35

En novembre il y aura une autre initiative ou il faudra se poser la même question: veut t'on se faire de l'argent à n'importe quel prix?

BUCO

06.10.2020 à 17:30

Toujours au sujet de l'économie-finances-assurances, le pouvoir de cette nomenclatura se confirme colossalement dans l'Affaire Giroud (voir quelques articles plus loin)