Justice: Une procureure vaudoise sur le banc des accusés
Actualisé

JusticeUne procureure vaudoise sur le banc des accusés

Un conflit de travail renvoie la magistrate Camilla Masson devant le Tribunal de Lausanne. Elle aurait menacé une de ses subalternes de licenciement. Cette audience embarrassante se tiendra jeudi.

par
Evelyne Emeri
Depuis des années, Camilla Masson soutient l'accusation contre des prévenus. Jeudi, la procureure se retrouvera à contre-emploi, sur le banc de accusés, à répondre au président du Tribunal de police de Lausanne. Elle a fait opposition à la sanction qui lui a été infligée par ordonnance pénale.

Depuis des années, Camilla Masson soutient l'accusation contre des prévenus. Jeudi, la procureure se retrouvera à contre-emploi, sur le banc de accusés, à répondre au président du Tribunal de police de Lausanne. Elle a fait opposition à la sanction qui lui a été infligée par ordonnance pénale.

Chantal Dervey

Cinq jours-amendes à 250 francs, assortis du sursis, pour tentative de menaces. C'est ce à quoi la première procureure du Ministère public (MP) de l'Est vaudois, Camilla Masson, a été condamnée par ordonnance pénale. Pas question pour elle d'admettre cette peine notifiée par correspondance à laquelle elle s'est du reste opposée dans le délai imparti et qui la renvoie dès lors devant une Cour de justice. Ce procès public s'ouvrira jeudi matin au Tribunal de police de Lausanne.

L'instruction confiée à Neuchâtel

Une collaboratrice administrative de la cheffe d'office Camilla Masson avait déposé une plainte pénale contre elle pour tentative de contrainte et atteinte à l'honneur, infractions qui n'ont pas été retenues. La plaignante arguait que sa supérieure lui reprochait des manquements et l'avait menacée de perdre son emploi. Compte tenu du caractère embarrassant et sensible, un procureur hors canton avait dû être nommé pour instruire cette affaire qui remonte à décembre 2016.

Précisément. Marc Rémy, responsable du Parquet régional de Neuchâtel, est le signataire de l'ordonnance de condamnation, qui a sanctionné sa consœur vaudoise. Il a clairement considéré que la procureure avait outrepassé ses prérogatives de manager. Le procureur Rémy a entendu Camilla Masson et sa subordonnée lors d'une audience, qui s'est déroulée à Yverdon en septembre 2017. Les échanges d'écriture entre les avocats des parties et le représentant extraordinaire du MP de Neuchâtel ont permis de finaliser les investigations et de clore l'enquête.

«Les conditions pour un classement ne sont pas réunies»

«J'ai analysé les faits et le comportement de la prévenue. J'ai estimé que les conditions pour un classement de la plainte n'étaient pas réunies et qu'une ordonnance pénale s'imposait, précise au «Matin» le procureur Rémy, J'ai rédigé huit pages détaillées et bien motivées. La prévenue a fait opposition. Maintenant, c'est au tribunal de juger de la sanction (ndlr. 5 jours-amendes avec sursis) et de la qualification (ndlr. tentative de menaces au sens de l'art. 180 du Code pénal)

Le magistrat neuchatelois n'en dira pas davantage, hormis qu'il y a eu passablement de rebondissements dans ce dossier. Jeudi, son ordonnance de condamnation vaudra acte d'accusation. Il ne se déplacera pas à Lausanne, sa présence n'a pas été requise. Nous lui avons du reste appris la tenue de l'audience, qui, elle, n'a pas été déplacée par-delà les frontières cantonales.

No comment de la procureure

Face au président de céans, la procureure Camilla Masson comparaîtra à la place des accusés contre lesquels elle requiert habituellement et se battra pour être acquittée. Contactée lundi à l'office qu'elle dirige à Vevey et par email, la patronne du MP de l'Est vaudois n'a pas répondu à nos sollicitations.

evelyne.emeri@lematin.ch

Votre opinion