Actualisé

DétournementUne riposte à «Love Life»

Une cinquantaine de couples ont déjà participé à une contre-offensive conservatrice aux affiches antisida.

par
Raphaël Pomey

«La meilleure des protections, c'est la fidélité.» Le message est clair: il n'y aura de place ni pour la capote ni pour des prouesses sorties du Kama-sutra sur la campagne antisida du Réseau évangélique suisse (RES).

Opposé aux affiches de prévention «Love Life» de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), qu'il juge impudiques, ce lobby chrétien a dévoilé hier les images de sa contre-attaque: un recyclage des visuels de l'OFSP mettant en scène, au lieu de partenaires en pleins ébats passionnés, de respectables couples mariés et… habillés. En effet, pas question pour eux de se mettre en scène nus, parce que «leur» vie sexuelle est trop belle pour être affichée», comme le précise un slogan. Une alliance remplace la capote rose emblématique des affiches «Stop Sida», comme d'ailleurs sur une image de la toute première campagne suisse de l'OFSP, datant de 1987.

Les couples adorent!

«En une semaine, nous avons reçu les photos d'une cinquantaine de couples», précise Michael Mutzner, secrétaire général du RES, qui, jeune marié, s'est lui-même prêté à l'exercice. «Nous ne diffuserons que des photos pudiques. Celles prises dans une baignoire ne passeront pas», précise-t-il, pour décourager les éventuels farceurs. Il ajoute que l'OFSP a été mis au courant du projet de son organisation, mais n'a pas réagi.

Contacté par «Le Matin», l'Office fédéral se dit heureux de voir que sa campagne a atteint son but: susciter des discussions et inciter les gens «à se montrer créatifs dans la manière d'aborder la thématique». Nul désir, donc, de dénoncer un plagiat esthétique. «La fidélité est un moyen très sûr de prévenir des infections sexuellement transmissibles», convient même Catherine Cossy, du Département fédéral de l'intérieur. «Mais il s'agit aussi d'éviter que des personnes qui ne vivent pas dans une relation stable ou changent de partenaires ne s'infectent.»

«Volontairement moche?»

Hervé Devanthéry, directeur de l'agence Synthèse SA, est beaucoup moins amène. Spécialiste de la pub, il juge plutôt positif qu'un groupe comme le RES réagit avec une contre-campagne. «C'est leur rôle.» En revanche, il estime assez grave que ces visuels ne soient pas signés. «C'est comme si le Réseau évangélique avançait à couvert. Qu'il assume, plutôt.»

Il n'a pas non plus de mots assez durs pour dire tout le mal qu'il pense de la qualité des images: «Je m'interroge: est-ce volontairement moche? S'agit-il de montrer qu'on a peu de moyens pour paraître sympathiques?» Le résultat final, amateur et au message par trop désuet, selon lui, ne peut parler qu'à des personnes déjà acquises à la cause conservatrice. Enfin, il déplore une confusion du discours causée par la juxtaposition d'une image d'emballage de préservatif et celle d'une alliance.

Ton opinion