11.03.2013 à 19:01

Droits humainsUne soixantaine de pays demande à la CPI d'agir contre la Syrie

Un groupe de 64 Etats dont la Suisse a demandé lundi à Genève au Conseil des droits de l'homme de recommander la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) sur la Syrie.

Des hommes syriens inspectent la scène d'un attentat à la voiture piégée dans Jaramana, une banlieue près de Damas.

Des hommes syriens inspectent la scène d'un attentat à la voiture piégée dans Jaramana, une banlieue près de Damas.

AFP

L'impunité pour les crimes commis dans le pays est inacceptable, selon les 64 pays qui demandent à la CPI d'agir.

Le conseil doit «envoyer un message sans équivoque exhortant les autorités syriennes et toutes les autres parties au conflit à respecter pleinement les droits humains et le droit international humanitaire», ont affirmé ces Etats dans une déclaration commune.

Le conseil doit annoncer son intention de déférer la situation à la CPI à moins qu'un processus de responsabilité crédible, équitable et indépendant ne soit établi dans des délais raisonnables, selon la déclaration.

«Un tel avertissement pourrait avoir un effet dissuasif important», ajoute le texte, préparé par la Suisse et lu par la Libye lors d'un débat avec la commission d'enquête de l'ONU. Le Conseil des droits de l'homme se prononcera en fin de session, le 22 mars, également afin de prolonger le mandat de la commission d'enquête.

Seuls deux membres permanents du Conseil de sécurité, la France et la Grande-Bretagne, ont approuvé cet appel. La Chine et la Russie y sont hostiles, alors que l'ambassadeur des Etats-Unis à Genève s'est prononcé lundi pour un tribunal ad hoc calqué sur ceux de l'ex-Yougoslavie et du Rwanda.

Milices locales

Le gouvernement de Bachar al-Assad a recours à des milices locales connues sous le nom de «Comités populaires» pour commettre des massacres qui ont pris un caractère ethnique en Syrie, a de son côté averti la commission d'enquête de l'ONU.

«Suivant une tendance préoccupante et dangereuse, les massacres apparemment commis par les Comités populaires auraient pris une tournure ethnique», a indiqué la commission présidée par le Brésilien Paulo Pinheiro dans son dernier rapport remis au Conseil des droits de l'homme. «Certains semblent avoir été formés et armés par le gouvernement», précise-t-il.

Les enquêteurs, qui se fondent sur des récits de témoins et de victimes, rapportent que des Syriens sont harcelés et arrêtés par des milices alliées au gouvernement parce qu'ils sont originaires de provinces perçues comme soutenant la rébellion.

Le conflit syrien est dans une «impasse destructrice», avec un pays soumis aux bombardements violents et aux raids aériens des forces gouvernementales, poursuivent les enquêteurs. Ils reconnaissent toutefois que les rebelles se sont également livrés à des exactions.

Vingt cas de massacres font l'objet d'une enquête, malgré les difficultés rencontrées pour accéder au pays. «Les pilonnages aveugles et généralisés, les bombardements réguliers des villes, les massacres et les tirs délibérés sur des cibles civiles ont fini par devenir le lot quotidien des civils syriens», a déclaré Paulo Pinheiro. Il a dénoncé l'utilisation des soins médicaux «comme technique de guerre».

Opposition à Moscou

Un chef de l'opposition syrienne, Haytham al-Manaa, a rencontré à Moscou le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour tenter d'infléchir le soutien de la Russie au régime du président Assad. Mais la Russie n'a montré aucun signe de changement de sa position.

«La chose la plus importante, c'est que les Syriens décident de tout eux-mêmes, sans pression de l'étranger, (...) de leur destin et du destin des personnalités politiques», a-t-il déclaré.

Sur le terrain, les violences ne connaissent aucun répit. Des avions de l'armée ont bombardé lundi un quartier rebelle de Homs, au lendemain d'une percée des insurgés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Dans l'est de la Syrie, neuf personnes ont trouvé la mort dans une explosion d'origine inconnue à Breiha, a ajouté l'ONG proche des rebelles. A Damas, l'agence officielle Sana a affirmé qu'«un obus de mortier tiré par des terroristes» a tué trois personnes et en a blessé 28 autres.

Depuis le début du conflit, plus d'un million de réfugiés syriens ont fui à l'étranger, 2,5 millions de civils ont été déplacés à l'intérieur du pays, et au moins 70'000 personnes ont été tuées, selon l'ONU.

(ats/afp)

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