20.06.2020 à 15:46

AllemagneUne statue de Lénine érigée sur fond de controverse

Un vent de communisme souffle sur l’ouest de l’Allemagne où un parti d'extrême gauche a érigé une statue en l’honneur du révolutionnaire Vladimir Ilitch Oulianov.

«Avec la crise financière et cette crise du coronavirus, les jeunes (...) ont compris que ce système capitaliste n’est plus porteur d'avenir», assure une militante communiste.

«Avec la crise financière et cette crise du coronavirus, les jeunes (...) ont compris que ce système capitaliste n’est plus porteur d'avenir», assure une militante communiste.

Keystone

Lénine, symbole d'avenir? C'est du moins l'intime conviction d'un petit parti d'extrême gauche allemand qui a dévoilé samedi une statue du dirigeant communiste à Gelsenkirchen, une initiative pour le moins controversée.

«Avec la crise financière, et cette crise du coronavirus, les jeunes (...) ont compris que ce système capitaliste dans lequel nous vivons n'est tout simplement plus porteur d'avenir», assure Léna, 23 ans, une militante communiste de longue date.

Elle fait partie des quelque 800 personnes, selon les organisateurs -la police n'ayant pas donné d'estimation-, venues assister à l'inauguration de cette statue de métal dans la ville du bassin de la Ruhr, lors d'une cérémonie en forme de kermesse, où flottent drapeaux rouges et odeurs de saucisses grillées. Qui veut s'instruire peut aussi acheter de la littérature communiste.

Ironie de l'histoire: plus de trente ans après la chute du mur de Berlin, qui a mis fin à l'expérience communiste sur le sol allemand que fut la RDA, le révolutionnaire et chef d'Etat Vladimir Ilitch Oulianov (1870-1924) a ainsi pour la première fois une statue à Gelsenkirchen, dans l'ouest du pays.

La pièce de 2,15 mètres de hauteur, initialement coulée en République Tchèque en 1957, devait être inaugurée en mars devant le siège national du parti marxiste-léniniste d'Allemagne (MLPD), mais l'épidémie de Covid-19 a repoussé l'événement.

«En avance sur son temps»

Lénine «était un penseur en avance sur son temps d'une importance historique mondiale, un combattant de la première heure pour la liberté et la démocratie», affirme la formation.

Au moment où les critiques envers le capitalisme et la recherche d'alternatives sont omniprésentes, «nous critiquons justement l'absence de discussion sur le socialisme comme alternative», déclare sa présidente Gabi Fechtner à l'AFP.

Tout le monde ne partage pas son avis. Des manifestations de protestation étaient prévues selon la police, présente en nombre sur place.

Les autorités politiques avaient essayé, mais en vain, de faire bloquer l'initiative par la justice. «Lénine symbolise la violence, la répression, le terrorisme et des souffrances humaines horribles», avaient dénoncé les partis du conseil général de Gelsenkirchen-Ouest dans une résolution.

Gabi Fechtner qualifie elle son parti de «très moderne», puisant son inspiration dans les grandes figures historiques, dit-elle. Et de faire dans un même souffle l'éloge de Lénine, des philosophes et pères du communisme Karl Marx et Friedrich Engels, du fondateur de la République populaire de Chine Mao Tsé-toung et du dictateur Joseph Staline.

Peinture rouge

La démarche de ce minuscule parti détonne à l'heure où partout dans le monde tombent les statues de figures historiques au passé colonialiste, dans le sillage du décès de George Floyd.

Le mouvement mondial «Black Lives Matter» qui s'est répandu après la mort de l'afro-américain George Floyd, tué par un policier fin mai, a trouvé aussi un certain écho en Allemagne, avec plusieurs manifestations notamment à Berlin.

Des inconnus ont aussi aspergé une statue d'Otto von Bismark de peinture rouge à Hambourg. Le «chancelier de fer», père de l'unification allemande en 1871, est aussi connu pour avoir accueilli en 1884 la Conférence de Berlin où fut organisé le partage de l'Afrique entre puissances européennes.

Aucun déboulonnage de statues n'a toutefois eu lieu dans le pays, comme en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou en Belgique.

Les tentatives de rebaptiser des rues portant les noms de Adolf Lüderitz, un commerçant qui a joué un grand rôle dans la colonisation de la Namibie, ou Carl Peters, un colon actif dans l'est de l'Afrique, ont elles échoué face à la résistance des riverains.

Dans un pays confronté depuis des décennies à son passé nazi, «nous n'avons pas fait beaucoup de progrès avec le colonialisme, auquel ont fait face depuis longtemps la France, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne «, affirme Urte Evert, directrice du musée de la Citadelle à Spandau, un quartier ouest de Berlin où sont exposées de vieilles statues qui, elles, n'ont plus droit à la voie publique.

(AFP)

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