Actualisé 26.04.2015 à 22:59

SyrieUne ville stratégique tombe aux mains d'Al-Qaïda

L'aviation militaire syrienne a multiplié dimanche les raids contre la ville stratégique de Jisr al-Choughour au lendemain de sa prise par Al-Qaïda et les rebelles. La perte de cette cité représente un nouveau revers pour Bachar el-Assad.

Samedi, des combattants du Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et des groupes rebelles islamistes ont pris le contrôle total de la ville de Jisr al-Choughour. (Samedi 25 avril 2015)

Samedi, des combattants du Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et des groupes rebelles islamistes ont pris le contrôle total de la ville de Jisr al-Choughour. (Samedi 25 avril 2015)

AFP

A une vingtaine de km au nord, près de la frontière turque, au moins 40 personnes sont mortes, dont neuf femmes et huit enfants, et des dizaines ont été blessées dans d'autres raids du régime sur la ville de Darkush, sous contrôle des rebelles, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), redoutant que le bilan ne s'alourdisse.

Selon l'OSDH, au moins vingt raids ont visé Jisr al-Choughour, ville du nord-ouest située au carrefour des régions de Lattaquié à l'ouest, et de Hama au centre, qui sont sous le contrôle du régime.

Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat, mais les bombardements menés samedi ont causé la mort d'au moins 27 personnes, dont 20 combattants, selon l'OSDH.

Des combats se poursuivaient en outre au sud de la ville, qui comptait quelque 45'000 habitants avant le déclenchement du soulèvement de 2011. Selon l'OSDH, les forces du régime ont tenté en vain de libérer 30 soldats et 10 miliciens pro régime faits prisonniers dans l'hôpital général qui se trouve dans le sud de la ville.

Pour sa part, la télévision syrienne a affirmé que l'armée avait tendu une embuscade et «tué un groupe de terroristes» aux alentours de l'hôpital général.

Régime «faible», mais

La veille, des combattants du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et des groupes rebelles islamistes avaient pris le contrôle total de la cité, moins d'un mois après avoir mis la main sur Idleb, la capitale provinciale.

Pour Thomas Pierret, spécialiste de l'islam en Syrie, le régime est «en position de grande faiblesse, ce qui ne signifie pas nécessairement que sa chute est pour demain». «Il avait survécu en 2012 alors qu'il subissait des désastres militaires d'une plus grande ampleur».

«Mais c'est un phénomène probablement durable car il résulte de causes structurelles. En l'occurrence l'épuisement des effectifs loyalistes, qui contraint le régime à abandonner des régions aux rebelles pour se concentrer sur la défense d'objectifs prioritaires», souligne l'expert.

Territoires du régime encerclés

La présence du régime dans la province d'Idleb se limite désormais aux localités d'Ariha, à 25 km de Jisr al-Choughour, d'Al-Mastoumé et de Qarlmid, proche d'Ariha, où se trouvent d'importantes casernes de l'armée.

Les territoires qu'il contrôle sont presque entièrement encerclés par différentes forces djihadistes, comme le groupe Etat islamique (EI), ou islamistes.

Coalition hétéroclite

La coalition ayant pris Jisr al-Choughour, qui se fait appeler l'Armée de la Conquête, est un regroupement de diverses factions islamistes. Outre le Front Al-Nosra, elle compte des formations islamistes comme Ahrar al-Cham, des Frères musulmans, différents groupes djihadistes et des bataillons de ce qui reste de l'Armée syrienne libre (ASL).

Selon Thomas Pierret, une coalition aussi hétéroclite a été rendue possible par un accord entre trois parrains régionaux des rebelles, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, auparavant rivaux.

«Massacre» non corroboré

Une source militaire syrienne, citée par l'agence officielle Sana, a indiqué dimanche que «des unités de l'armée se sont redéployées avec succès dans les alentours de Jisr al-Choughour pour éviter des pertes parmi la population civile».

L'agence Sana a fait état «d'un horrible massacre de plus de 30 civils, dont des femmes et des enfants, commis par les groupes terroristes après qu'ils sont entrés à Jisr al-Choughour». Elle ne donne aucun détail sur cet incident et l'OSDH n'a pas corroboré l'information.

L'ONG avait dénombré samedi au moins 60 cadavres des forces du régime à Jisr al-Choughour. Elle a aussi rapporté l'exécution d'au moins 23 prisonniers dans la ville par des soldats battant en retraite. Al-Nosra a de son côté publié sur internet des photos de 14 corps maculés de sang, affirmant qu'il s'agissait d'un massacre perpétré par le régime.

Attaque de l'EI repoussée

Sur un autre front, une attaque de l'EI a été repoussée par les miliciens des Unités de protection du peuple kurde (YPG) près de Tal Tamer dans la province de Hassaké (nord-est), selon le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

L'EI, qui a perdu 16 combattants dans l'assaut dimanche, cherche depuis longtemps à s'emparer de cette localité stratégique, située à une quarantaine de km de la frontière turque.

(ats)

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