Commentaire - Union européenne: de l’accord-cadre au désaccord national
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CommentaireUnion européenne: de l’accord-cadre au désaccord national

Si le Conseil fédéral n’a plus la volonté ni la personnalité qu’il faut, c’est au Parlement ou au peuple de relancer la question européenne.

par
Eric Felley
De par sa situation, l’exception suisse n’est tenable qu’avec de bonnes relations avec ses voisins européens.

De par sa situation, l’exception suisse n’est tenable qu’avec de bonnes relations avec ses voisins européens.

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Mercredi dernier, le Conseil fédéral a annoncé qu’il interrompait les négociations sur l’accord-cadre avec l’Union européenne. Durant les sept ans qu’ont duré ces pourparlers entre Berne et Bruxelles, le peuple a été peu informé de leurs contenus, de leurs avancées ou de leurs reculs. Il s’agissait de discussions de spécialistes en coulisses qu’on imaginait juridiques et complexes, peu aptes à la vulgarisation. Tant que l’UDC était seule à s’y opposer, les fronts paraissaient habituels. La question serait bientôt tranchée par le Parlement, puis devant le peuple.

Soudain les syndicats et la gauche, d’habitude pro européens, sont devenus sceptiques. Les trois sujets controversés ont commencé à faire l’objet de davantage de communication: la menace du dumping salarial, l’adoption de la citoyenneté européenne et la suppression des aides d’États. Ces trois contentieux additionnaient les adversaires: l’UDC, les syndicats et les cantons attachés aux aides étatiques. De quoi mettre en péril le projet.

Entre-temps, la Suisse a pourtant refusé par deux fois des initiatives UDC visant la libre circulation avec l’UE: «Contre l’immigration de masse» en 2016 et «Pour une immigration modérée» en 2020. Une majorité confirmait qu’elle était prête à poursuivre une politique d’ouverture avec ses voisins européens. Malgré tout, le Conseil fédéral et son nouveau venu dans le dossier, Ignazio Cassis, n’ont pas réussi à saisir ces opportunités pour expliquer la démarche globale de l’accord-cadre dans un esprit positif.

Un «reset»? non: un «delete»

Seuls les points négatifs ont été martelés faisant peut à peu de l’accord un désaccord national. Une forme de prérequis s’est imposée dans la réflexion: ce qui vient de l’UE met en danger la substance de la Suisse, un pays qui fonctionne de toute façon mieux que n’importe lequel de ses 27 membres… D’une manière générale, c’est la peur d’importer des problèmes sociaux qui a prévalu. Le Conseil fédéral a cédé de crainte d’avoir à se battre. Encore faut-il avoir un homme convaincu pour se battre! Celui qui avait promis de faire un «reset» avait plutôt en tête de faire un «delete».

Cependant, l’annonce de l’abandon de l’accord-cadre, s’il a été salué par les «souverainistes», a créé une frustration dans une bonne partie de la population, et paradoxalement un regain d’intérêt autour des relations entre la Suisse et l’UE. C’est peut-être l’occasion de reprendre le sujet et de se montrer plus didactique, que discuter dans le plus grand secret durant des années pour n’aboutir à rien. Si le Conseil fédéral n’a plus la volonté, ni la personnalité qu’il faut, c’est au Parlement ou au peuple de relancer cette lancinante question.

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