Football: «Ursea s’inscrit dans la même philosophie que Favre»

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Football«Ursea s’inscrit dans la même philosophie que Favre»

Oscar Londono et Alexandre Rey ont côtoyé Adrian Ursea, le nouvel entraîneur de Nice, à Servette et Xamax. Ils racontent sa personnalité et ses méthodes.

par
Brice Cheneval
Après avoir été adjoint de Lucien Favre et Patrick Vieira à l’OGC Nice, Adrian Ursea a été promu entraîneur principal du club azuréen.

Après avoir été adjoint de Lucien Favre et Patrick Vieira à l’OGC Nice, Adrian Ursea a été promu entraîneur principal du club azuréen.

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L’OGC Nice est décidément le plus suisse des clubs français. Après le passage – remarqué – de Lucien Favre sur le banc (2016-2018), les passerelles avec le Lausanne-Sport et la présence au sein de l’effectif de Jordan Lotomba et Dan Ndoye, les Aiglons ont ajouté une nouvelle touche helvétique suite à la nomination d’Adrian Ursea (53 ans) au poste d’entraîneur. Ce dernier, adjoint de Patrick Vieira, a été promu ce vendredi suite au limogeage du Français.

Ce choix en a intrigué plus d’un car Ursea est un quasi-inconnu en France. Un peu moins en Suisse, où il a effectué la majorité de sa carrière de joueur dans les années 90 (Locarno, Chênois, Carouge, Bulle, Vevey, Nyon, Fribourg) avant d’entamer sa reconversion en tant qu’entraîneur, notamment à Servette et Xamax.

Le Roumain est resté quatre ans chez les Grenat, de 2001 à 2005, où il fut l’adjoint d’un certain Lucien Favre puis de Roberto Morinini et Marco Schällibaum. Le temps de deux intérims, en 2003 et 2004, il enfile pour la première fois le costume de numéro un. Puis après un court passage à Meyrin, il rebondit à Neuchâtel, où il devient responsable de la formation jusqu’en 2016.

Adrian Ursea lorsqu’il était à la tête de Servette, en avril 2003.

Adrian Ursea lorsqu’il était à la tête de Servette, en avril 2003.

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Un amoureux du beau jeu

Partout où il est passé, Adrian Ursea a laissé la même impression: celle d’un amoureux du beau jeu. «Il était très exigeant sur l’aspect technique, témoigne Oscar Londono, qui l’a côtoyé à Servette. Il appréciait les joueurs techniques car il en était lui-même un. Quand il entraînait, il y avait un gros travail sur la possession de balle.» «Adrian privilégiait le jeu par rapport aux résultats, corrobore Alexandre Rey, l’un des fondateurs de la Fondation Gilbert Facchinetti avec Ursea. Peu importe s’il prenait des valises. Ce qui l’intéressait, c’était de prendre un joueur à l’instant T et juger sa progression un an après.»

L’éphémère international roumain (4 sélections), qui a eu la chance d’évoluer au côté du mythique Gheorghe Hagi, entretient un rapport spécial au style. Le même que Lucien Favre. «On parle le même langage, il aime la finesse», complimentait le Vaudois. Signe de l’estime que lui porte ce dernier, il a fait venir Ursea à Nice comme adjoint et souhaitait en faire de même à Mönchengladbach et Dortmund.

«On parle le même langage, il aime la finesse»

Lucien Favre, entraîneur du Borussia Dortmund

Entre les deux hommes, le rapprochement s’est fait naturellement. «Il s’inscrit dans la même philosophie que Lucien, expose Londono en se rappelant de leur collaboration servettienne. Leurs idées correspondaient bien. On voyait qu’il y avait une collaboration saine et constructive dans le staff. Il y avait de la continuité et de la qualité aux entraînements, une ligne directrice. Après, Morinini est arrivé avec des idées totalement différentes: un jeu plus défensif, on subissait et on jouait les contres. Ce n’est pas ce dont Adrian est fan, mais il a été correct et s’est adapté.»

Proche de ses joueurs

Si la filiation entre Lucien Favre et Adrian Ursea saute aux yeux footballistiquement, elle suit beaucoup moins sur le plan humain. «La grosse différence entre Lucien et Adrian, c’est l’empathie. Lucien est plus froid, dans la communication c’est plus compliqué. Adrian, lui, est plus chaleureux, compare Alexandre Rey. Il écoute énormément les gens, ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses idées et de ne pas se laisser influencer.»

Oscar Londono se souvient lui aussi d’un technicien proche de ses joueurs mais juste: «Il n’a pas changé en passant d’adjoint à entraîneur principal. Il n’hésitait pas à trancher. Mais je ne l’ai jamais vu se prendre la tête avec quelqu’un. Il veut simplement que les joueurs soient impliqués et concentrés. Il avait son onze de base, qui ne bougeait pas souvent, mais il aimait bien brouiller les pistes et savait impliquer tout le monde.» Adrian Ursea est volontiers présenté comme un as de la psychologie. Il n’est d’ailleurs pas étranger à la réussite de Mario Balotelli, réputé ingérable, à Nice. Pas étonnant, donc que les dirigeants niçois l’aient choisi pour relever une équipe à la dérive.

«C’est quelqu’un de très réservé. Il est extrêmement compétent mais ne se met pas en lumière»

Alexandre Rey, l’un des fondateurs de la Fondation Gilbert Facchinetti avec Adrian Ursea

Jusqu’à présent, le Roumain a exercé ses talents dans l’ombre. Une question d’opportunités mais aussi de personnalité, lui qui s’est régalé en tant qu’adjoint et à la formation. «C’est quelqu’un de très réservé. Il est extrêmement compétent mais ne se met pas en lumière, résume Alexandre Rey. Son parcours l’illustre.»

Tout comme sa prise de pouvoir à Nice. «La décision qu’on a prise, ce n’est pas qu’on lui a imposé, mais il ne prend pas la place de quelqu’un, a justifié le président du club, Jean-Pierre Rivère, lors de sa présentation. Ce sont les circonstances qui amènent cela. Il est d’une grande honnêteté et vis-à-vis de Patrick (Vieira), il était très embêté.» «Je me considère comme quelqu’un du club, à qui on a confié une mission, commentait simplement Ursea. Aujourd’hui j’ai cette opportunité, je la prends, je suis fier qu’ils aient pensé à moi donc je ne considère pas du tout cela comme une consécration. Je n’ai rien demandé.»

Installé sur la durée à Nice

Malgré sa discrétion et son humilité, Adrian Ursea se sent prêt à relever le défi: «J’ai été responsable de la formation, j’ai dû diriger des gens. On touche à l’humain, au management, donc je me considère armé.» Alexandre Rey se montre tout aussi optimiste. «Je sais qu’il est capable de faire de grandes choses, annonce l’ancien attaquant. Il a les capacités pour amener une équipe à un super niveau, du moment qu’on lui laisse un peu de temps.»

Cela tombe bien, il devrait en avoir. Alors que des rumeurs prêtaient l’intention aux dirigeants azuréens d’installer Ursea temporairement en attendant de trouver un manager au CV plus clinquant, Jean-Pierre Rivère n’a pas laissé de place au doute. «Ce n’est pas la peine de chercher des noms, a-t-il lancé aux journalistes en conférence de presse. Adrian sera le coach de l’OGC Nice et de notre projet. On ne va pas chercher des entraîneurs.»

«Ce n’est pas la peine de chercher des noms. Adrian sera le coach de l’OGC Nice et de notre projet. On ne va pas chercher des entraîneurs»

Jean-Pierre Rivère, président de l’OGC Nice

Adrian Ursea a beau ne présenter qu’une maigre expérience de numéro un, il s’avance fort d’une réputation flatteuse et d’un certain confort de travail qui lui est accordé. Tous ses homologues ne peuvent pas en dire autant. C’est déjà une première garantie de sa valeur.

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