Editorial – Vaccination Covid: et si on n’y arrivait jamais?
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ÉditorialVaccination Covid: et si on n’y arrivait jamais?

En voulant encore vacciner près d’un million de personnes avant de lever les mesures, le Conseil fédéral fixe la barre très haut. Prend-il le bon chemin pour convaincre les réfractaires, dont les arguments sont devenus aussi sanitaires que politiques?

par
Eric Felley
La défiance envers le vaccin en Suisse est multiforme. Il y a ceux qui craignent simplement la seringue, mais d’autres qui ont pris une posture de défiance envers l’autorité.

La défiance envers le vaccin en Suisse est multiforme. Il y a ceux qui craignent simplement la seringue, mais d’autres qui ont pris une posture de défiance envers l’autorité.

Getty Images/iStockphoto

Les Portugais sont plus intelligents que nous. Ils se sont fait vacciner en grand nombre et ils ont pu supprimer leur pass sanitaire et autres mesures contre la pandémie. La population suisse, qui brasse des cultures différentes, a de nombreux états d’âme avec le vaccin et se retrouve empêtrée dans cette épidémie comme un oiseau dans une marée noire qui tente de sortir de l’eau. La bonne nouvelle est qu’on a toujours les meilleurs vaccins du monde, la mauvaise est qu’on doit convaincre encore un million de personnes que c’est vrai.

Depuis les annonces du Conseil fédéral du 8 septembre, qui étendait l’usage du certificat sanitaire, le nombre de personnes complètement vaccinées a augmenté de 5,6%. Ce qui représente environ 470 000 personnes. Cela a eu un léger effet qui s’est rapidement tassé. On remarque que, dans la tranche des 30 ans, le taux de vaccination est supérieur à 60%; dans la tranche des 60 ans, il est supérieur à 80%. Cela avance, mais lentement. C’est bien, mais pas suffisant.

Encore deux bons mois

Le Conseil fédéral dit qu’il faudrait que le taux de vaccination soit d’environ 93% chez les personnes
de plus de 65 ans et de 80% chez les personnes de 16 à 64 ans (sans compter les personnes déjà guéries), pour qu’il soit possible de faire comme les Portugais. Soit près d’un million de personnes à vacciner, comme l’a reconnu le chef de la Santé, Alain Berset. C’est-à-dire durant deux bons mois au rythme actuel, s’il est maintenu.

La question est posée: et si on n’y arrive jamais, qu’est-ce qui se passera? On verra, a dit Alain Berset, qui n’exclut pas d’alléger les mesures en cas d’embellie. Lorsqu’il avait lancé son plan en trois phases, le Conseil fédéral avait parlé d’une période qui se terminerait quand tous les adultes qui le souhaitaient seraient vaccinés. Durant l’été, le variant Delta a changé la donne. Dorénavant, on est entré dans une période où l’on veut vacciner des adultes qui n’ont pas souhaité le faire jusqu’ici. C’est un tout autre challenge.

Le risque d’un matraquage contreproductif

Pour y arriver, Alain Berset parle de faciliter l’accès des personnes à la vaccination avec des unités mobiles. Mais le problème du transport est sans doute une raison mineure chez ceux qui fuient la piqûre. Il compte aussi sur la semaine nationale de vaccination, qui doit «apporter des informations», «ouvrir des espaces de dialogue» ou «répondre aux questions». Quand on lit ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, on en doute un peu. De plus, si cette semaine nationale tourne au matraquage, elle va conforter les réticents dans leurs positions, ce mélange de scepticisme sanitaire et de défiance politique, qu’on trouve en Suisse centrale et dans l’ouest du pays. Comme l’a constaté le médecin cantonal appenzellois: ceux qui ont voulu faire le vaccin l’ont fait, les autres ne le feront jamais.

En fixant des objectifs de vaccination aussi élevés, le Conseil fédéral souffle le désespoir de voir bientôt le bout de cette pandémie avant Nouvel-An, voire avant Pâques… À qui la faute? À tous ceux qui refusent de se faire vacciner, alors que leur corps le supporterait très bien? Ou à tous ceux qui ont entretenu la contradiction dans ce pays que la vaccination était facultative, alors qu’au final, elle devient collectivement obligatoire pour s’en sortir?

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