Éditorial - Vaccination, la carotte ou le bâton?
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ÉditorialVaccination, la carotte ou le bâton?

Comment inciter la population a se faire vacciner davantage? Avec des privilèges? La voie n’est pas sans risque dans l’optique de la votation du 13 juin sur la loi-Covid-19.

par
Eric Felley
Le certificat vaccinal permettra à la population suisse de pouvoir voyager. Mais à l’interne, il vaudrait mieux que son utilisation ne crée pas de discriminations.

Le certificat vaccinal permettra à la population suisse de pouvoir voyager. Mais à l’interne, il vaudrait mieux que son utilisation ne crée pas de discriminations.

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Il y a plusieurs bonnes raisons de se faire vacciner. La première est évidemment de protéger sa santé. La deuxième sera, à terme, de pouvoir à nouveau voyager, ne serait-ce que dans les pays voisins comme l’Italie ou la France. Une troisième raison, celle avancée par le chef de la Santé, Alain Berset, c’est de faire un «acte solidaire», afin de permettre à notre société de retrouver un fonctionnement normal.

Pour l’instant, le conseiller fédéral regrette que la population ne manifeste pas assez d’entrain pour se faire vacciner. En effet, il semble que beaucoup de personnes soient attentistes pour différentes raisons: crainte des effets secondaires, méfiance envers ces vaccins d’un nouveau genre, doute sur l’immunité ou la durée de validité du vaccin… Ils attendent de voir ce qui se passe chez les autres, avant de se laisser piquer.

Sur le plan politique, certains ne supportent pas cette lenteur. Le PLR a salué mercredi le plan en trois phases du Conseil fédéral qui correspond à ses vœux exprimés depuis longtemps. Mais ce retour à la normale doit se faire «le plus rapidement possible, le plus vite possible». Cette impatience est permanente dans cette pandémie, dont on ignore toujours comment elle va tourner (avec des variants au Brésil ou en Inde). Et elle reste mauvaise conseillère.

«Accès sélectif» ?

Pour les impatients, il faut manier la carotte et le bâton. Se faire vacciner, c’est espérer s’en sortir avant les autres et avoir des «privilèges», comme le relevait un sondage de Comparis publié dimanche. C’est le contraire de la solidarité évoquée par Alain Berset. Celui-ci, pourtant, ne manque pas d’aller dans leur sens et d’évoquer de potentielles discriminations entre vaccinés et non-vaccinés. Mercredi, il a parlé d’un «accès sélectif» à des grandes manifestations pour les personnes vaccinées, testées ou guéries. Ce serait déjà au mois de juin, lorsque la population adulte sera à moitié vaccinée et que le certificat sera au point.

Pour ne pas mettre la charrue avant les bœufs, il faut déjà que le peuple confirme, le 13 juin dans les urnes, la loi Covid-19, où l’on trouve justement les bases légales dudit certificat. À première vue, cela ne devrait pas être compliqué pour le Conseil fédéral de gagner cette votation car cette loi contient aussi les bases légales pour les aides économiques et les cas de rigueur jusqu’en septembre.

Mais si le certificat vaccinal est présenté comme la carotte pour des «privilèges», cela ne manquera pas de diviser la population autour du sujet. Il n’est pas impossible qu’une majorité silencieuse s’exprime contre cette stratégie du bâton. Pour l’éviter, rappelons qu’il reste assez de bonnes raisons pour se faire vacciner: sa propre santé, pouvoir voyager et se montrer solidaire dans l’effort pour s’en sortir… tous ensemble et en même temps.

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