03.09.2017 à 14:32

InterviewValérie Trierweiler: «J’ai du mal à dire "je t’aime"»

Dans son roman «Le secret d’Adèle», la journaliste raconte le destin de «La dame en or», immortalisée par le peintre Gustav Klimt. Elle nous dévoile sa part d’ombre.

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Propos recueillis par Catherine Hurschler
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Valérie Trierweiler, 52?ans, a mis neuf mois pour écrire «Le secret d'Adèle». «Je n'ai regardé aucune série pendant que je travaillais», dit-elle.

Valérie Trierweiler, 52?ans, a mis neuf mois pour écrire «Le secret d'Adèle». «Je n'ai regardé aucune série pendant que je travaillais», dit-elle.

AFP
Valérie Trierweiler dédicace jusqu'à dimanche au Livre sur les Quais, à Morges (VD). Horaires sur www.lelivresurlesquais.ch. «Le secret d'Adèle», publié chez Les Arènes, est une merveille que l'on vous recommande!

Valérie Trierweiler dédicace jusqu'à dimanche au Livre sur les Quais, à Morges (VD). Horaires sur www.lelivresurlesquais.ch. «Le secret d'Adèle», publié chez Les Arènes, est une merveille que l'on vous recommande!

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«Je passe encore un mois avec elle, et ensuite on commencera la séparation», confie Valérie Trierweiler à propos d’Adèle Bloch-Bauer, l’héroïne de son dernier roman. L’Autrichienne de la bonne société, née en 1881, figure sur l’un des tableaux de Klimt les plus célèbres du monde. De sa plume toute fine, la journaliste de Paris Match nous dévoile l’envers du décor, entre l’amour infini que lui portait son époux, l’industriel Ferdinand Bloch-Bauer, et le désir qu’elle suscitait chez Klimt.

Valérie Trierweiler, qui êtes-vous?

Il y a deux choses qui font ce que je suis: être journaliste et être mère de famille. Voilà. C’est ce qu’il y a de plus important.

Votre tout premier souvenir?

C’est lorsque, avec ma famille, nous avons quitté une tour HLM pour aller dans une maison HLM. Nous avons changé de quartier à Angers. J’avais 3 ans quand on est arrivé dans cette maison et j’en ai un souvenir émerveillé. Il y avait un jardin, puis un peu plus bas un champ avec des vaches. Pour moi, cette maison était un palais. Ma maman y habite toujours, et j’y retourne régulièrement.

Étiez-vous une enfant sage?

Oui. Trop sage. J’adorais l’école, j’adorais lire. Il paraît que j’avais déjà un peu de caractère, mais j’étais très sage.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

De mes frères (rires). J’ai deux grands frères qui ont un an et deux ans de plus que moi. Nous étions six enfants, et cette maison n’était pas immense. Il y avait deux chambres pour les enfants, et j’étais dans celle de mes frères. Ils s’amusaient à me faire peur en me faisant croire qu’il y avait un loup sous mon lit. J’ai fini par me sauver, et mes parents m’ont retrouvée le lendemain matin dans la chambre des filles. À partir de là, on m’a laissée avec elles.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

Il y a bien quelque chose, mais je ne souhaite pas en parler.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Parfois, pas souvent, mais parfois. C’est arrivé. Moi, en tant que maman, j’ai du mal à le dire. J’entends des amis le dire au téléphone avec des «je t’aime» à tout le monde. C’est vrai que c’est un mot merveilleux, mais l’amour se montre aussi dans les gestes, les attentions au quotidien. C’est cela qui est important. Mercredi, j’ai passé trois heures pour aller chercher mon fils à l’aéroport de Roissy. Je le fais comme un cadeau, pour lui dire que je l’aime.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

D’abord enfant, avec un oncle qui était fleuriste et qui réquisitionnait tous les neveux et nièces pour vendre le muguet du 1er Mai. À 14 ans, j’ai commencé à travailler dans un magasin le dimanche matin. C’était une droguerie qui vendait de tout. J’ai économisé pendant un an pour une mobylette.

Que vouliez-vous devenir?

Au départ, avocate. Pour mes parents, c’était une profession qui n’était pas atteignable. Donc j’ai pensé à enseignante. Le métier de journaliste n’est pas venu tout de suite. Je n’osais pas en rêver. J’ai fait des études de communication politique et je me destinais plutôt à travailler dans la communication. L’un de mes profs a eu connaissance d’un journal qui allait se créer, cela s’appelait Profession politique, et il m’a envoyée à la rencontre des futurs dirigeants. C’était en 1988.

L’amour pour la première fois, c’était quand et avec qui?

C’était avec un garçon qui est devenu mon premier mari et que j’ai énormément aimé.

Pour vous, c’est quoi, le vrai bonheur?

De ne pas avoir à se soucier si l’on est heureux ou pas. C’est le renouvellement du bonheur quotidien. D’avoir ses enfants en bonne santé, d’avoir un toit sur la tête, de profiter d’un rayon de soleil et de faire du vélo dans une allée champêtre. Faire du vélo pour moi, c’est synonyme de bonheur.

Quelle est la plus belle de vos qualités?

L’empathie. C’est une qualité nécessaire dans notre métier, de savoir écouter les autres. Je peux souffrir pour des gens que je connais à peine.

Votre plus grand regret?

(Long silence.) Je ne sais pas.

Avez-vous déjà volé?

Oui, une fois, lors de mon adolescence. C’était un petit polo rose. J’avais tellement peur en le faisant que je me suis fait remarquer tout de suite. Le vigile m’a demandé de le remettre en place, et je n’ai plus jamais recommencé. Jamais.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Je ne crois pas que je le ferais. Après, il faut voir les circonstances. Je pense que je pourrais tuer pour sauver la vie de mes enfants, et peut-être même celle d’un enfant qui ne serait pas le mien.

Avez-vous payé pour l’amour?

Non (rires).

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Avec le futur homme de ma vie.

Qui trouvez-vous sexy?

Les femmes de 50 ans qui sont bien dans leurs baskets.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

Rien qu’en le disant je vais avoir les larmes aux yeux. Un de mes plus proches amis est tétraplégique, il ne peut pas parler, mais je l’ai vu la semaine dernière éclater de rire. Sans le son, mais il riait, et cela m’a émue aux larmes.

De quoi souffrez-vous?

Physiquement? De rien. Je ne me sens pas vieille, mais je sens qu’il y a des choses qui me demandent plus d’efforts qu’avant, et c’est une souffrance de savoir que le vieillissement va arriver. Je ne peux absolument plus lire sans lunettes. Ce n’est pas le fait de porter des lunettes qui m’ennuie, c’est le fait d’avoir besoin d’assistance.

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Non.

Quel est votre péché mignon?

Le café avec un carré de chocolat. J’adore le chocolat Lindt, le noir aux cristaux de fleur de sel. Ma sœur m’en apporte souvent, même s’il n’est pas en rupture de stock à Paris.

Trois objets culturels que vous prenez sur une île déserte?

Je peux prendre une série à la place d’un film? En ce moment je regarde «Orange Is the New Black». Pour le livre, je prendrais un classique, peut-être Stefan Zweig. Et je n’écoute pas beaucoup de musique, c’est impossible quand je lis, mais j’en suis restée à mes goûts d’adolescente. J’adore Michel Fugain, je ne m’en lasse pas!

Combien gagnez-vous par an?

Je gagne 53'000 euros par an.

Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?

J’ai un confort de travail parce que je lis des livres, je rencontre des auteurs, mais, après trente ans de carrière, ce n’est pas énorme pour une vie parisienne. Mais je sais que c’est beaucoup plus que la moyenne des Français.

Qui sont vos vrais amis?

Ceux qui ne m’ont pas tourné le dos en 2014. J’en ai perdu un certain nombre, ils ont préféré rester du côté du pouvoir. Cela a été douloureux.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

D’avoir des amis qui leur tournent le dos.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

(Long silence.) Vous, peut-être.

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