Genève: Variole du singe: «Un peu tôt pour parler d’épidémie»
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GenèveVariole du singe: «Un peu tôt pour parler d’épidémie»

L’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’Université de Genève, donne son point de vue sur la résurgence de la variole du singe.

Antoine Flahault est épidémiologiste à Genève.

Antoine Flahault est épidémiologiste à Genève.

CHAM

Malgré la multiplication récente des cas de variole du singe, il est «un peu tôt» pour parler d’épidémie, mais l’émergence de ce phénomène doit «nous alerter», estime l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

Les cas se multiplient en Amérique du nord et en Europe: peut-on parler d’épidémie?

On voit l’émergence d’un processus inhabituel dont on peine encore à savoir s’il va se transformer en une explosion épidémique ou s’il va se cantonner à une diffusion plus contenue. Ces derniers jours, on a vu doubler le nombre de cas rapportés en trois ou quatre jours, ce qui pourrait signer la croissance exponentielle d’une vague épidémique.

Mais on peut aussi se demander si la médiatisation récente du phénomène n’aurait pas encouragé les patients à consulter et leur médecin à davantage évoquer le diagnostic et notifier les cas détectés. Il est donc encore un peu tôt pour parler d’épidémie, mais un début d’épidémie ressemblerait en effet à ce que l’on observe actuellement.

La propagation de la maladie est-elle surprenante et inquiétante?

L’émergence de ce phénomène, qui est nouveau en dehors de l’Afrique équatoriale, doit nous alerter et nous rendre très précautionneux. Il serait beaucoup plus efficace sur le plan sanitaire et beaucoup moins impactant sur le plan social et économique d’isoler trois semaines les quelques cas détectés aujourd’hui et de demander une quarantaine aux contacts hautement suspects.

En effet, on peut chercher actuellement à démanteler toutes les chaînes de transmission car l’on a quelques cas seulement, plutôt que d’attendre d’être débordés par un éventuel afflux de cas pour lesquels on a peu de connaissances, peu de traitements et de vaccins disponibles. Il faut toujours se rappeler qu’une progression épidémique de contamination suit une loi exponentielle qui peut être très rapide.

Pour le moment, ce que l’on sait du virus de la variole du singe ne nous laisse pas craindre la contamination massive de la population générale. Sauf si le virus a fortement évolué, tant dans sa transmissibilité que dans ses modes de transmission, on connaît ce virus comme peu transmissible. On sait de l’expérience africaine depuis plus de 50 ans que ce virus nécessite une forte promiscuité interhumaine avec quelqu’un de contagieux pour permettre la contamination.

Y a-t-il un risque, comme avec le Covid, d’aboutir à une pandémie mondiale?

On ne peut écarter aucun scénario à ce stade et celui d’une pandémie n’est pas à rejeter totalement. Cela dit, il y a d’autres scénarios moins pessimistes et au moins aussi plausibles. Jusqu’à présent on n’a pas rapporté de chaînes de contaminations de plus de six personnes. Le taux de reproduction en Afrique a toujours été inférieur à 1, c’est-à-dire sans potentiel pandémique.

Des conditions pourraient être désormais remplies pour qu’une transmission interhumaine soit facilitée, à la faveur d’une plus grande adaptation du virus, et aussi de réseaux de communautés humaines vivant en forte promiscuité et mobilité. La pandémie du VIH/Sida avait aussi commencé avec une contamination de certains segments de la société, notamment les communautés homosexuelles masculines, et les personnes échangeant des seringues. On a ensuite vu la pandémie s’étendre à d’autres groupes de la population, les patients transfusés, les travailleurs du sexe, puis les couples hétérosexuels et les nouveau-nés de mères contaminées.

Pour le moment, rien n’indique que le virus de la variole du singe se transmet par voie sexuelle. Il semble davantage se transmettre par contact étroit et prolongé avec une personne contaminée ayant des vésicules sur la peau. Dans ce cas, il n’a aucune raison de se voir cantonné aux communautés homosexuelles masculines. D’autres groupes de la population pourraient alors être atteints, les enfants et les couples hétérosexuels notamment.

(AFP)

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