Actualisé 22.05.2020 à 07:44

ProcèsVaud: couple accusé d'avoir brutalisé son bébé jusqu'à la mort

Les charges qui pèsent contre les parents sont écrasantes. Le père est aussi soupçonné d'avoir mis en danger la vie d'une vieille dame en la brûlant grièvement sous la douche. Ils seront jugés dès le 2 juin.

von
Evelyne Emeri
La Cour criminelle d'arrondissement de Lausanne siègera à la salle d'audience cantonale, à Renens, les 2 et 3 juin prochains.

La Cour criminelle d'arrondissement de Lausanne siègera à la salle d'audience cantonale, à Renens, les 2 et 3 juin prochains.

Keystone

Yusuf* est mort quelques jours avant de pouvoir souffler sa première bougie. Courte vie. Triste vie, faite de coups et de violences répétées, de cris et de pleurs de douleur, de maltraitance régulière. Le procureur vaudois Jérémie Müller a rédigé un acte d'accusation qui fait frémir. Les faits sont survenus entre le 9 septembre 2016 et le 16 janvier 2017. Lorsque ses parents commencent à s'en prendre à lui, le petit Congolais n'a que 7 mois, il est né le 3 février 2016.

Rien d'accidentel

A son père (35 ans) et à sa mère (27 ans), la justice reproche le pire. Le mardi 2 juin et le mercredi 3, le Tribunal criminel d'arrondissement de Lausanne jugera leurs actes. Au lieu de prendre soin de leur enfant, les coprévenus l'ont frappé, giflé, régulièrement, durant cinq trop longs mois. Ils ont secoué sa tête, brisé ses deux bras. Rien d'accidentel, selon le rapport d'autopsie et le rapport d'expertise médical: des gestes et des fractures «infligées». Quant à l'hémorragie cérébrale et à l'hémorragie rétinienne décelées, les experts confirment que ces lésions sont caractéristiques du syndrome du bébé secoué. C'est du reste à la suite d'une ultime secousse, plus excessive que les précédentes, que Yusuf décédera.

En arrêt cardio-respiratoire

Précisément. Le 16 janvier 2017 vers 14h, toujours au dire de l'accusation, la maman s'absente et laisse Yusuf tout seul avec son père, sachant ce dernier peu patient avec leur fils. Pour une raison qui n'a pas pu être déterminée au cours de l'instruction, le papa a violemment secoué son enfant, qui a perdu connaissance. A 17h42, il appelait les secours. La Faculté estime que les secousses violentes ont dû avoir lieu de quelques minutes à quelques heures avant l'appel au 144. A l'arrivée des ambulanciers, Yusuf était en arrêt cardio-respiratoire. Médicalisé sur place, puis transporté aux urgences dans état désespéré, il mourra quatre jours plus tard. Le couple est incarcéré préventivement. Madame, quelques jours. Monsieur, un mois.

Patiente brûlée au 2ème degré

Le matin du 28 mai 2018, plus d'un an après le décès de Yusuf, son père, aide-soignant dans un EMS, s'est occupé d'une patiente de 92 ans souffrant d'un Alzheimer. Sans l'aide habituelle d'un collègue, il a fait prendre une douche à cette dame âgée, ainsi que le résume l'acte d'accusation. Il aurait alors utilisé une eau extrêmement chaude et dirigé le jet sur sa tête et son torse. La malheureuse a hurlé et ainsi alerté le personnel soignant qui s'est précipité. Des cloques sont apparues sur la peau de la victime. Celle-ci a souffert de larges brûlures au 2ème degré au niveau du visage, du cou, des épaules et du décolleté. Et de brûlures au 1er degré à l'abdomen et sur le flanc gauche. Son pronostic vital a été engagé. Depuis ce nouveau drame, le père de Yusuf est en détention provisoire.

Meurtre et pornographie

Au bénéfice d'un permis F (admission temporaire en attente de leur renvoi), le couple congolais va devoir répondre de ses agissements devant les juges criminels. Le père est renvoyé pour meurtre, lésions corporelles graves et lésions corporelles simples qualifiées; la mère de Yusuf pour homicide par négligence, lésions corporelles graves et lésions corporelles simples qualifiées. Elle est en outre accusée d'avoir reçu et transféré par WhatsApp trois vidéos d'actes d'ordre sexuel avec des enfants et deux vidéos de violence extrême envers des enfants. Ainsi, le Ministère public a également retenu deux autres chefs d'accusation à son encontre: la représentation de la violence et la pornographie.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

*Prénom d'emprunt

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