Justice: Vaud: elle abandonnait ses enfants pour partir en week-end

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JusticeVaud: elle abandonnait ses enfants pour partir en week-end

Une maman lausannoise comparaîtra demain pour avoir manqué à tous ses devoirs parentaux. Sa fille de 10 ans et son garçon de 4 ont dû faire face à sa négligence coupable. Les services sociaux ont pris en charge la fratrie.

par
Evelyne Emeri
La mère négligeante sera jugée demain après-midi au Tribunal de Montbenon à Lausanne.

La mère négligeante sera jugée demain après-midi au Tribunal de Montbenon à Lausanne.

Laurent Crottet

«Maman répond je t'en supplie». «Maman je n'en peux plus de N. (ndlr. le petit frère) et M. (ndlr. le chien) je n'en peux plus. S'il te plait vient VITE». «T'est bientôt là ??». «Stp viens !!! ». «T'as dit que tu dormirais pas chez lui et que j'irai à la soirée pyjama. Répond». «Dit moi au moins quand tu arrives». «Tu arrives quand ???». Ces messages WhatsApp, c'est S., 10 ans, qui les a envoyés à sa maman le lundi 23 février 2015.

L'aînée n'a plus la force de s'occuper de N., son cadet âgé de 4 ans, du chien et, partant, d'elle-même. Et pas question d'appeler leur père à la rescousse, totalement absent de leur vie et de leur quotidien. Ce jour de février, alors que leur mère les laisse à l'abandon à la maison depuis trois jours, alors que cette situation s'est répétée une quinzaine de fois depuis décembre 2014 durant les week-ends, la fillette appelle au secours celle qui est censée veiller sur eux. En vain. Elle ne recevra jamais de réponses.

Appartement insalubre

Ce week-end-là, la grande soeur est invitée à un anniversaire et ne sait que répondre à sa copine qui l'y convie, ne sachant même pas où se trouve sa maman, partie chez son nouveau copain. La mère de cette camarade de classe sent qu'il se passe quelque chose d'anormal et finit par alerter la police. Les forces de l'ordre tentent de joindre la maman des enfants à plusieurs reprises et lui laissent même un message sur son combox. Ils se rendent au domicile familial. Les jeunes esseulés ne répondent pas et n'ouvrent pas. Les agents entendent alors à travers la porte un petit enfant en pleurs. Ils décident de procéder à une ouverture forcée.

La police découvre alors les deux petits dans le salon, surpris de son arrivée et de son intervention. Ils expliquent que leur maman leur manque mais qu'elle avait laissé de quoi manger dans le frigo. Sur place, les policiers constatent que la prévenue faisait vivre ses enfants dans un appartement où régnait un grand désordre avec moult déchets, habits et autres effets qui jonchaient le sol. Par ailleurs, le chien, qui n'était pas sorti régulièrement, urinait dans le salon et déféquait sur le balcon. Le Service de protection de la jeunesse (SPJ) entre en jeu et place d'urgence la fillette et son frère en foyer.

Enlèvement et embardée

Mais il y a plus. Le 18 septembre 2015, lors d'un relais parental, la mère négligeante emmène de force ses deux enfants dans sa Peugeot 307 malgré l'intervention des éducateurs du foyer lausannois. Elle assied l'aînée sur le siège passager, violant les prescriptions de sécurité, et le cadet à l'arrière. L'accusée prend la fuite. Localisée par la police, la mère passe outre un barrage filtrant que le Corps des gardes-frontière a mis en place à Crans-près-Céligny en vue de l'interpeller. Malgré les injonctions des forces de l'ordre, elle accélère en direction de Nyon, roule sur une herse "stop-stick" qui crève le pneu arrière gauche du véhicule. Rien n'y fait. La fugitive persiste et poursuit sa route.

La gendarmerie genevoise et les gardes-frontière la prennent en chasse. Son pneu crevé finit par déjanter et la conductrice irresponsable perd la maîtrise de son véhicule. Elle heurte une borne réfléchissante, elle emboutit une Alfa Romeo, qui percute à son tour un fourgon. L'embardée de la Peugeot 307 n'est pas terminée. La prévenue entre en collision avec une Audi Q7 qui circulait normalement en sens inverse. Un dernier tête-à-queue finit par stopper la voiture folle en travers des voies de circulation.

Le sursis en ligne de mire

Âgée aujourd'hui de 32 ans, la Lausannoise d'origine portugaise comparaîtra devant le Tribunal de police dans le cadre d'une procédure dite «simplifiée», la prévenue acceptant l'état de fait et, dès lors, une négociation. La liste des infractions dont la maman s'est rendue coupable est longue: violation du devoir d'assistance ou d'éducation, enlèvement de mineur, empêchement d'accomplir un acte officiel, violations simple et grave des règles de la circulation, conduite d'un véhicule défectueux et contravention à l'Ordonnance sur les règles de la circulation routière.

Le parquet vaudois interviendra aux débats et a d'ores et déjà présenté ses réquisitions comme il se doit dans le contexte d'une procédure simplifiée. Il requiert une peine pécuniaire de 360 jours-amende à 30 francs avec sursis pendant 3 ans. Toutefois, l'octroi du sursis est subordonné à la poursuite du traitement psychiatrique de la mère aussi longtemps que les médecins l'estimeront nécessaire. Le Tribunal de police siégera demain en milieu d'après-midi.

evelyne.emeri@lematin.ch

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