Actualisé 21.06.2019 à 04:46

ProcèsVaud: sa mère lui tire 5 fois dessus et la rend paraplégique

Il y a deux ans, la Lausannoise Patrizia Mori aurait dû mourir sous les balles de sa maman. Miraculée, elle a perdu l'usage de ses jambes. La prévenue sera jugée pour tentative d'assassinat dès le 24 juin.

par
Evelyne Emeri
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24 juin 2019 - La victime, Patrizia Mori, à son arrivée au Tribunal de Montbenon à Lausanne. Sa mère comparaît en première instance pour tentative d'assassinat.

24 juin 2019 - La victime, Patrizia Mori, à son arrivée au Tribunal de Montbenon à Lausanne. Sa mère comparaît en première instance pour tentative d'assassinat.

Sébastien Anex
24 juin 2019 - La mère, qui a tenté de tuer sa fille Patrizia le 29 juin 2017, arrive en fourgon cellulaire depuis la prison de Lonay (VD).

24 juin 2019 - La mère, qui a tenté de tuer sa fille Patrizia le 29 juin 2017, arrive en fourgon cellulaire depuis la prison de Lonay (VD).

Sébastien Anex
Me Fabien Mingard défend la mère de Patrizia Mori. Fin juin 2019, sa cliente a écopé de 8 ans ferme pour tentative d'assassinat. Le Tribunal cantonal confirmera cette peine en novembre 2019.

Me Fabien Mingard défend la mère de Patrizia Mori. Fin juin 2019, sa cliente a écopé de 8 ans ferme pour tentative d'assassinat. Le Tribunal cantonal confirmera cette peine en novembre 2019.

Sébastien Anex

«Dites à ma mère que je l'aime et que je lui ai pardonné.» C'est la première chose que Patrizia Mori, 27 ans à l'époque, dira aux policiers à la sortie de son coma à l'hôpital. Patrizia Mori, c'est cette Italienne de la banlieue milanaise, arrivée à Lausanne avec sa maman à l'âge de 8 ans. Depuis les faits, la jeune femme a déjà témoigné dans de nombreux médias, y compris à l'étranger. Elle a aussi posé avec ce corps malade qu'elle veut guérir. A quelques jours du procès de celle qui l'a assise dans un fauteuil roulant, elle concentre sa force.

Elles ne seront pas confrontées

L'épreuve de l'audience criminelle sera, elle aussi, éprouvante. Lundi 24 juin et mardi 25, à sa demande, la victime ne sera pas confrontée à celle qui lui a donné la vie, ni à celle qui a voulu la lui ôter. Une seule et même personne. Elle la reverra pour la première fois dans un autre contexte, lorsqu'elle sera prête. Aujourd'hui, deux ans après ce maudit 29 juin 2017, Patrizia dit encore et toujours «Maman» quand elle en parle, quand elle répond à ses lettres ou à ses appels qui arrivent de la prison de Lonay (VD). Elle dit encore et toujours qu'elle lui a pardonné, qu'elle n'a pas de désir de vengeance, pas de rancœur. Un pardon pour lui permettre de passer au-dessus. Au-dessus de l'inconcevable et de l'insupportable.

Menaces à exécution

Le jour du crime, sa mère a mis ses menaces à exécution. Parce que dès leur arrivée à Lausanne après avoir divorcé, tout bascule. Le changement se fait net. La maman, pharmacienne de profession, travaille beaucoup, se met à boire. Elle est esseulée, dépressive, insomniaque, s'automédique et développe des pensées suicidaires, selon ses propres termes. Patrizia devient sa cible numéro un. Elle est maltraitée, dénigrée. Menacée de représailles si elle s'en plaint à l'extérieur. Menacée aussi de mort ou de voir sa «protectrice» se suicider. La fillette grandit dans cette atmosphère de souffrance intense, ne sachant jamais si elle va avoir à faire à sa maman ou à son fantôme fragilisé dans sa santé et son comportement par l'alcool et les pilules.

Passage à l'acte préparé

Le projet de mettre fin aux jours de sa fille aurait été préparé bien en amont de la tragédie. En parcourant l'acte d'accusation de la procureure Ximena Paola Manriquez, l'on apprend que cette mère de 63 ans aurait ourdi un plan un an plus tôt afin d'emporter Patrizia avec elle dans la mort, pour des motifs obscurs et par pur égoïsme. La prévenue avait ainsi établi des documents testamentaires et de dernières volontés. Le 29 juin 2017, l'accusée profite que sa fille lui demande de passer chez elle pour discuter des comptes de l'immeuble – qui appartient à la mère et où elles vivent chacune dans leur appartement – pour passer à l'acte.

Prise en traître

La prévenue se munit d'un pistolet Beretta 87 Target de calibre 22 (ndlr. elle faisait du tir sportif), le charge de six balles, le dissimule dans son sac et rejoint sa fille. La jeune femme est attablée à la cuisine. Après avoir échangé quelques mots, la maman lui demande à voir le lapin qui se trouve dans une chambre que Patrizia sous-loue. L'accusation est convaincue de ce déroulement et de la volonté de la mère de forcer la jeune fille à s'agenouiller pour attraper la bête et ainsi la prendre en traître par derrière. Du reste, le premier coup part, dans le dos. C'est celui qui engendrera la paraplégie des membres inférieurs de Patrizia. Cette dernière se retourne et reçoit encore deux ou trois balles dans le thorax. Elle tente de lui sauter dessus pour la désarmer. Ses jambes ne répondent déjà plus.

Cinq projectiles tirés

La jeune fille rampe pour attraper le téléphone de sa mère qui a lâché son sac et tenter d'appeler les secours. Constatant que sa fille est toujours en vie, la maman lâche son arme, saisit elle-même son portable et alerte la police. Le pronostic vital de Patrizia est engagé. Une balle a touché l'aorte. Elle fera deux arrêts cardiaques. Après trois jours dans le coma, elle se réveille. Rescapée mais lourdement handicapée. Sa deuxième vie se fera en fauteuil roulant. Deux douilles seront retrouvées, cinq projectiles ont été tirés en tout. Dont deux ou trois ont atteint la victime: les lésions ne permettent pas de trancher catégoriquement.

Crowdfunding pour remarcher

Depuis, Patrizia se bat. Lutte. Elle veut remarcher à tout prix. Elle a fait de la rééducation dans des instituts spécialisés en Suisse. Puis s'est renseignée plus avant et a découvert la thérapie par le sport. Elle se rend dans deux centres vaudois à Villeneuve et à Bullet près de Sainte-Croix, qui ont importé des Etats-Unis ce type de méthodes. Huit à neuf heures de rééducation par semaine où elle travaille avec des coachs en activité physique, sans compter les exercices, seule, à la maison et la physio. Ces centres parallèles n'étant pas encore reconnus par les assurances, le jeune femme n'a pas eu d'autres choix que de lancer une plate-forme de financement participatif.

Le procès réparateur

Le trouble de stress post-traumatique dont Patrizia souffre aussi et pour lequel elle est suivie, elle le gère précisément par ce sport intensif, qui la fera réapprendre à marcher. Elle en est certaine. Détentrice d'un bachelor en économie et en finances, elle ne peut en aucun cas imaginer à ce stade reprendre une activité professionnelle. Elle rêve de s'envoler vers les States et de rejoindre d'autres lésés médullaires qui retrouvent la marche grâce à d'autres techniques.

Avant cela et dans l'espoir que le crowdfunding lui permette de poursuivre son chemin de croix et de foi, il y a ce procès dont elle a à la fois besoin et à la fois en horreur. Un peu comme sa maman.

evelyne.emeri@lematin.ch

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