23.08.2018 à 12:37

Après-MondialVers un séisme à l’Association suisse de football?

L’ASF a convoqué une conférence de presse vendredi. Après la démission de son secrétaire général, doit-on s’attendre à de nouveaux chamboulements?

par
Florian Müller
Les explications de Vladimir Petkovic et Peter Gilliéron, notamment, sont très attendues.

Les explications de Vladimir Petkovic et Peter Gilliéron, notamment, sont très attendues.

Keystone

Alex Miescher, secrétaire général de l’ASF, a démissionné le 10 août dernier. Dans la foulée, l’association faîtière du football suisse a convoqué une conférence de presse pour le 24 août à 15h. Si elle fait mystère des thèmes qui seront abordés, quatre hommes dans la tourmente depuis une fin de Mondial en eau de boudin ont enfin décidé de s’expliquer publiquement.

Peter Gilliéron, président, Claudio Sulser, délégué aux équipes nationales, et le sélectionneur Vladimir Petkovic monteront sur l’estrade face aux journalistes. Sans oublier Marco von Ah, responsable d’une communication largement défaillante ces dernières semaines. Doit-on s’attendre à plus que des explications? Des annonces concernant l’avenir immédiat du football suisse seront-elles articulées? Voici les questions que nous nous posons.

Pourquoi convoquer une conférence de presse maintenant?

L’assemblée du comité central de l’ASF était prévue de longue date, elle coïncide avec la rentrée des classes du football suisse. Par contre, la faire suivre d’une conférence de presse n’est pas dans les habitudes de la maison. Vendredi, les pontes de la fédération discuteront entre eux le matin, iront manger ensemble, puis se présenteront face aux médias. Attention, cette conférence de presse pourrait très bien ne déboucher sur rien de concret. A la manière de celle de Granit Xhaka lors de la Coupe du monde, suite à l’affaire des aigles, où le milieu de terrain de l’équipe de Suisse avait fait mine de ne pas comprendre les questions épineuses des journalistes. Une attitude aussi ridicule que condescendante.

Le président va-t-il démissionner?

Que Peter Gilliéron démissionne demain avec fracas est peu probable. Ce qui est plus envisageable par contre, c’est qu’il annonce ne pas se représenter pour un nouveau mandat. Celui-ci court jusqu’à la prochaine assemblée générale en mars 2019. Vu la lassitude du président au cours des derniers mois, cette annonce constituerait tout sauf une surprise. Mais qui pour lui succéder? Tout le monde s’accorde à dire que Bernhard Heusler, ancien président du FC Bâle, aurait le profil idéal: ambitieux infatigable, travailleur acharné, excellent communiquant. Actuellement membre du comité central de l’ASF, il s’est toutefois placé en retrait dans une interview accordée au «Blick» en début de semaine, justifiant son refus par d’autres mandats qu’il souhait honorer prioritairement. Selon nos informations, des questions financières constitueraient une autre pierre d’achoppement.

Le délégué aux équipes nationales va-t-il démissionner?

C’est là sans doute le siège le plus éjectable. Claudio Sulser ambitionnait de devenir calife à la place du calife Gilliéron. L’après-Mondial aura sonné le glas de ses ambitions personnelles pour ce poste. On voit mal comment il pourrait échapper à la restructuration qui doit relancer le football suisse sur des bases saines. Son poste, déjà, rien que par son appellation – délégué aux équipes nationales – sent bon la naphtaline. Ensuite, il a souvent expliqué que sa passivité de façade l’arrangeait bien. Dans le football moderne, il s’agirait de placer dans son rôle un vrai manager, à la manière de la fonction qu’occupe Oliver Bierhoff avec la Mannschaft, capable d’endosser des responsabilités et de porter un message. Une fonction qu’occuperait à merveille Georg Heitz, ancien directeur sportif du FC Bâle et proche de Bernhard Heusler. Mais là non plus, rien n’est fait.

Le sélectionneur va-t-il démissionner?

Franchement, non. Du moins, on peine à y croire. Vladimir Petkovic a un bilan sportif qui parle pour lui, et outre son handicap de communication auquel il devra sérieusement s’atteler à pallier, on imagine mal que l’ASF le pousse vers la sortie sans solution de rechange dans la besace. Et puis le flou règne toujours autour de l’affaire Behrami. Le Tessinois s’était annoncé exclu unilatéralement par le sélectionneur, au même titre que quatre autres cadres vieillissants de l’équipe de Suisse. Trois d’entre eux ont démenti cette information – Lichtsteiner, Djourou et Gelson. C’est sur cette question, et bien d’autres, qu’il devra s’expliquer vendredi en long et en large. Faute de quoi il risque de bel et bien d’avancer sa tête sur l’échafaud.

Le chef de la communication va-t-il démissionner?

S’il y a une carence de l’ASF sur laquelle tous les observateurs sont unanimes, c’est celle-là: la communication. Son (ir)responsable, Marco von Ah, est donc logiquement sous les feux de la critique. Lui qui a le plus souvent considéré les journalistes comme un mal nécessaire plutôt que comme un outil au moment de rapprocher son équipe du grand public. Aux crises qui se sont succédé, l’ASF a souvent répondu par le silence, plutôt que de s’ouvrir pour faire son autocritique de manière transparente. C’est là la responsabilité de son chef de communication: soit il a failli à convaincre ses cadres de la nécessité d’un changement de politique en termes de transparence, soit il s’est complu dans cette passivité. Dans les deux cas, il est coupable.

Et si personne ne démissionnait?

C’est un scénario à ne pas totalement exclure, mentionné plus haut, et qui enverrait une fois de plus un message désastreux au grand public. Ok, personne ne demande à ce que les têtes roulent comme lors de la St-Barthélemy. Mais au moment d’envoyer des signaux forts, l’ASF doit absolument montrer qu’elle a compris le message. Et pour cela, il faut déboulonner des symboles. La démission d’Alex Miescher ne suffit de loin pas. Sans remise en question profonde de son fonctionnement, autant structurel que philosophique, l’ASF pratiquerait une fois de plus cette politique de l’autruche qui l’a menée aux extrémités que l’on connaît aujourd’hui.

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