10.11.2020 à 12:02

InterviewVianney: «Ceux qui sortent un album maintenant sont des malades»

En pause depuis début 2019 et malgré la situation actuelle difficile, le chanteur français publie «N’attendons pas». Il nous explique son choix.

von
Laurent Flückiger
«N’attendons pour proposer ce que nous avons à proposer, pour dire ce que nous avons à dire, pour continuer d’embrasser cette passion qui nous occupe nuit et jour», lance Vianney, 29 ans, qui dit avoir le sentiment d’être un privilégié de sortir un disque.

«N’attendons pour proposer ce que nous avons à proposer, pour dire ce que nous avons à dire, pour continuer d’embrasser cette passion qui nous occupe nuit et jour», lance Vianney, 29 ans, qui dit avoir le sentiment d’être un privilégié de sortir un disque.

J. Mignot

Fini la quarantaine pour Vianney. Début 2019, après quatre ans d’euphorie, le jeune chanteur annonce faire une pause. Le 30 octobre dernier, alors que le confinement est de retour en France, il sort son troisième album, au titre évocateur: «N’attendons pas». Contacté par téléphone, Vianney jongle entre promo et enregistrements de la prochaine saison de «The Voice», qu’il a rejoint pour la première fois en tant que juré.

Vianney, durant votre pause, avez-vous retrouvé cette ombre et ce calme auxquels vous aspiriez?

Oui, assurément. Déjà le simple fait de couper les réseaux sociaux donne d’un coup beaucoup de liberté dans les journées. De plus, je n’étais ni en promo ni en tournée, donc je dormais chez moi et je voyais davantage ma famille. Je pense avoir trouvé ce que je cherchais: une vie plus équilibrée, plus normale.

C’est un temps qui a été mis à profit pour se reposer mais aussi pour travailler sur votre musique.

Je suis quelqu’un qui travaille énormément. Et là j’avais plus de temps pour écrire des chansons à la maison.

Le confinement du printemps n’a donc pas eu d’impact pour vous?

C’est-à-dire que je travaillais de toute façon en solitaire…

Vous avez tout de même attrapé le coronavirus.

Oui, mais rien de grave. Dans mon cas, ça ressemblait à une grippe. Et j’ai eu la chance de ne pas avoir de proches hospitalisés.

Vous revenez avec un album qui s’appelle «N’attendons pas». Une façon de dire qu’il n’était pas question d’en repousser sa sortie, malgré l’actualité?

C’est une façon de s’interroger sur le moment opportun. Il est évident que, commercialement parlant, les gens qui sortent des films ou des albums maintenant sont de grands malades. Sauf que, symboliquement et philosophiquement, je pense faire ce que j’ai à faire. N’attendons pour proposer ce que nous avons à proposer, pour dire ce que nous avons à dire, pour continuer d’embrasser cette passion qui nous occupe nuit et jour. Pour moi, la chanson est quelque chose d’obsédant. Je ne vais pas attendre le bon moment. Le bon moment, c’est toujours, c’est l’instant. Malgré le contexte, j’ai le sentiment d’avoir de la chance de sortir un disque.

Et les gens ont aussi besoin de penser autre chose…

Oui, je propose une évasion.

«N’attendons pas», c’est aussi le titre d’un morceau qui avait été initialement écrit pour Johnny Hallyday mais qu’il n’a pas chanté. Pourquoi avoir décidé de le sortir?

Parce que j’aime énormément ce morceau. Ne connaissant pas Johnny personnellement, je l’ai écrit en mettant mes sentiments. J’ai essayé de trouver ce qu’on avait en commun lui et moi. Le goût pour la vie, l’amour de l’instant me faisaient me sentir proche de lui. C’est un thème qui me tient à cœur.

Pour quelles raisons avez-vous choisi de commencer votre album par un morceau dédié à un ami SDF, «Merci pour ça»?

D’abord, parce que le début du morceau introduit bien un album. Et j’ai aussi voulu donner une place à des invisibles qui dans ma vie, m’accompagnent autant que j’essaie de les accompagner. Les gens de la rue, avec qui je passe du temps, m’élèvent. Donc sur un album, c’était logique de leur donner au moins l’ouverture.

Les conditions de vie des SDF sont d’ailleurs encore plus difficiles en temps de couvre-feu ou de confinement. En quoi les événements de cette année ont façonné votre album?

En ce moment, on comprend d’autant mieux comme tout est fragile. Alors, ce qui compte par-dessus tout est notre liberté. Mon album s’est peut-être davantage appuyé que prévu sur ce thème. L’essentiel est de suivre le chemin qu’on a envie de suivre parce que la vie est trop courte. S’épanouir doit être une quête. J’essaie de chanter un peu tout ça dans mes chansons.

De qui parlez-vous dans «Les imbéciles»?

C’est moi, c’est nous, la majorité des gens qui ne se retrouvent pas dans ce qu’on nous propose. La société qui nous dit que pour manger ou se déplacer il faut passer par Uber, que pour faire des rencontres il faut passer par Tinder, ça ne me parle pas. Je suis peut-être un imbécile parce que, vu que ça marche, je n’ai pas compris quelque chose. Mais il n’empêche que je suis heureux comme je suis.

Dans votre album vous parlez beaucoup de vous.

Mes albums sont pétris d’histoires personnelles. Les miennes, celles de mes amis, de mes voisins. J’aime bien observer. Il y a une tradition dans la chanson française et dans le folk de parler de nos peines, de nos joies, de nos découvertes et je le fais naturellement.

A contrario, est-ce difficile d’écrire pour les autres?

Quand je ne connais pas la personne, j’essaie de me figurer ce que j’aimerais qu’elle me raconte. Quand j’écris pour Céline Dion, il y a quelque chose qui me touche chez elle et j’ai envie qu’elle m’en parle. C’est une immense star qui a du mal à avoir un enfant et se retrouve à lutter comme des millions de femmes. C’est la fragilité d’un colosse. En revanche quand je connais bien la personne, comme Kendji (Girac), on peut échanger et ça me nourrit beaucoup mieux.

Bientôt vous allez juger les autres, puisque vous serez le nouveau coach de «The Voice». Vous appréhendez?

Je n’appréhende pas. Je n’ai pas envie d’être là pour juger. Si quelqu’un me touche je vais essayer de partager avec lui les petites choses que j’ai accumulées avec les années. J’y vais pour échanger avec les candidats, pour leur confier ma vision de la musique et du métier, et progresser avec eux.

Dans l’idéal, qu’est-ce qui doit se passer pour vous en 2021?

Mon retour sur scène. On est en train de travailler sur le spectacle. La première moitié sera en guitare voix pure – c’est mon ADN – et la seconde, qui sera nouvelle pour les gens et pour moi, sera avec des musiciens.

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5 commentaires
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Bof

11.11.2020 à 08:31

Jamais entendu parlé...

Bataillons

10.11.2020 à 13:12

Ok j'en prends acte mais t'es qui?

Chaud bise

10.11.2020 à 13:10

Dommage qu'il ne soit pas resté con-finé, la bonne musique s'en serrait porté que mieux.