Birmanie: Victoire confirmée pour le parti d'Aung San Suu Kyi
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BirmanieVictoire confirmée pour le parti d'Aung San Suu Kyi

La Ligue nationale pour la démocratie a remporté 364 sièges sur les 491 attribués, un score historique.

Aung San Suu Kyi votant, le 8 novembre 2015.

Aung San Suu Kyi votant, le 8 novembre 2015.

AFP

Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a obtenu vendredi la majorité absolue au Parlement. Il sera en mesure de former un gouvernement, d'après les derniers résultats officiels qui ouvrent la voie à un bouleversement historique dans l'ex-Etat paria.

Cinq ans jour pour jour après sa libération de résidence surveillée, la lauréate du prix Nobel de la paix permet à son parti, autrefois interdit, d'accéder aux responsabilités.

D'après les derniers résultats de la commission électorale, qui n'a pas encore terminé le décompte, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a remporté 364 sièges dans les deux chambres du parlement sur les 491 attribués. Elle dépasse ainsi la majorité absolue dans les deux chambres, malgré la présence d'un quart de députés militaires non élus.

Des miettes pour l'armée

«Ce sera vraiment un Parlement dominé par la LND. Ils seront capables de faire adopter toutes les lois qu'ils souhaitent et ils n'auront pas à former de coalition», analyse Richard Horsey, expert interrogé par l'AFP.

Ce raz-de-marée pour le parti de Mme Suu Kyi ne laisse que des miettes à ses adversaires, notamment le parti au pouvoir des héritiers de la junte militaire. Ceux-ci resteront toutefois une force politique cruciale. Outre les 25% de députés militaires, le chef de l'armée a le pouvoir de nommer certains ministres clés comme celui de l'Intérieur et de la Défense.

Etre diplomate

Richard Horsey estime toutefois que pour cette période de transition, la «dame de Rangoun» devra s'attacher à «garder tout le monde à bord» et être diplomate avec les militaires qui l'ont maintenue quinze ans en résidence surveillée.

Aung San Suu Kyi a déjà appelé le président birman et le chef de l'armée à des discussions de réconciliation nationale. Elle se rendra lundi à Naypyidaw, la capitale administrative située à cinq heures de route de Rangoun, pour la reprise de la session du Parlement sortant, occasion de négociations en coulisses.

La réaction de l'armée était l'un des principaux motifs d'inquiétude, Aung San Suu Kyi ayant promis de détricoter un système donnant aux militaires un pouvoir politique considérable. Et même si la constitution lui interdit de devenir présidente, elle affirme qu'elle a «un plan» et qu'elle sera «au-dessus» du chef de l'Etat.

L'armée prête à coopérer

Jusqu'ici les ex-généraux au pouvoir depuis l'autodissolution de la junte en 2011, après des décennies de dictature militaire, ont toutefois annoncé qu'ils joueraient le jeu du passage de relais. Même la puissante armée birmane s'est dite prête à «coopérer» et le président Thein Sein a félicité Aung San Suu Kyi pour «avoir remporté l'approbation du peuple».

«Nous avons demandé l'ouverture d'un dialogue. Ce n'est qu'après ces rencontres que les choses pourront avancer», a déclaré Nyan Win, porte-parole de la LND après l'annonce des derniers résultats.

Dans ce contexte, la stratégie de la LND depuis le vote a été de faire profil bas, pour laisser au gouvernement post-junte le temps d'accepter sa défaite. Pourtant, la foule de ses partisans n'attend que le signal de Mme Suu Kyi pour laisser éclater sa joie, le prix nobel de la paix 1991 ayant donné la consigne d'attendre les résultats définitifs.

Félicitations d'Obama et Ban Ki-moon

Sa victoire a néanmoins déjà été reconnue par de nombreux chefs d'Etat. Le président américain Barack Obama, qui a par deux fois rencontré Mme Suu Kyi lors de voyages officiels en Birmanie, a «salué les efforts et les sacrifices constants» de l'opposante, qui n'a pas pu voir grandir ses deux fils, restés en Angleterre avec leur père.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui l'a félicitée, a également loué «le courage et la vision» du président Thein Sein pour avoir mené des réformes depuis quatre ans, malgré des signes de crispations comme l'arrestation d'étudiants récemment. Mais il a aussi prévenu qu'il restait «beaucoup de travail» pour faire de la Birmanie une démocratie.

(AFP)

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