LituanieVictoire surprise du parti centriste aux législatives
L'Union des paysans et Verts a raflé la mise électorale, dimanche, s'octroyant 56 des 141 sièges au Parlement.

Une électrice dépose son bulletin de vote, dimanche, dans la ville de Birzai.
Lassés par les bas salaires et inquiets de l'exode de jeunes, les Lituaniens ont misé sur le changement en offrant une victoire surprise aux élections législatives à l'Union des paysans et Verts (LGPU, centre), un parti disposant d'une seule voix dans le Parlement sortant.
LGPU peut compter sur 54 sièges dans un Parlement de 141 députés, devant les conservateurs de l'Union de la patrie-Chrétiens-démocrates avec 31 sièges et les sociaux-démocrates du Premier ministre Algirdas Butkevicius avec 17 députés, a indiqué à l'AFP Elena Masvenaite, membre de la Commission électorale, après le décompte de la quasi totalité des bulletins de vote.
Le chef du gouvernement sortant n'a pas été élu député. Trois autres petits partis ont réussi à entrer dans le nouveau parlement.
«Nous nous sentons responsables de la conduite des affaires de l'Etat», a déclaré à la télévision lituanienne Saulius Skvernelis, le candidat de LGPU au poste de Premier ministre, sans être membre de ce parti.
Pour des visages nouveaux en politique
«Une coalition sera formée, nous choisirons les gens qui veulent mettre en oeuvre les changements», a assuré cet ancien chef de la police nationale très populaire grâce à la lutte sans merci qu'il a menée contre la corruption.
Saulius Skvernelis, 46 ans, s'est lancé dans la politique il y a deux ans à peine, troquant son uniforme de policier contre un costume-cravate et le cabinet du ministre de l'Intérieur.
«Je ne m'attendais pas à un tel résultat», a déclaré à l'AFP Ramunas Vilpisauskas, directeur de l'Institut des relations internationales et des sciences politiques à Vilnius. «Cela signifie vraiment que les gens veulent des visages nouveaux en politique. Ils ne sont pas satisfaits de la politique menée ces dernières années mais qu'espèrent-ils concrètement, cela est difficile à dire. Les candidats (de LGPU) sont peu connus», a-t-il ajouté.
Selon lui, le nouveau pouvoir en Lituanie ne va pas changer le cours de la politique étrangère de ce pays balte bien ancré dans l'Otan, l'Union européenne et la zone euro.
Promesse d'augmenter les salaires
Le parti LGPU, dont le leader officiel est Ramunas Karbauskis, un milliardaire, propriétaire terrien et industriel, a promis de stimuler la hausse des salaires, ainsi que la croissance économique afin de contenir l'émigration des jeunes, grand thème au coeur des débats électoraux.
Il a annoncé que son parti comptait former désormais deux groupes de travail pour négocier la création du gouvernement, avec les conservateurs de Gabrielius Landsbergis ou avec les sociaux-démocrates.
«Peut-être pourrons-nous nous mettre d'accord pour une grande coalition? Les gens partent de Lituanie, nous devons travailler tous ensemble», a-t-il déclaré.
Depuis 15 ans, la population lituanienne a chuté de 600'000 personnes, à 2,9 millions d'habitants, à la suite principalement d'un exode massif dans le but de rechercher de meilleurs salaires à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne où l'arrivée de nombreux travailleurs d'Europe centrale est considérée comme une des raisons du «oui» des Britanniques au Brexit.
Les chances de Gabrielius Landsbergis annulées
Les résultats du vote dimanche ont pratiquement annulé les chances de Gabrielius Landsbergis de devenir Premier ministre, alors que les analystes le donnaient favori pour ce poste après une bonne avancée de son parti après le premier tour du scrutin, il y a 15 jours.
Petit-fils du père de l'indépendance lituanienne en 1990, le compositeur Vytautas Landsbergis, il a promis de lutter contre l'émigration, de créer de nouveaux emplois, de réformer l'éducation et de favoriser les exportations et les investissements étrangers.
Le Premier ministre sortant, Algirdas Butkevicius a promis des hausses du salaire minimum et des salaires dans le secteur public.
Mais les analystes soulignent qu'une loi sur le travail que son gouvernement a récemment fait passer pour rendre plus flexibles l'emploi et le licenciement des salariés, tout comme des accusations de corruption portées contre les hommes politiques, ont découragé les électeurs.
L'économie lituanienne a opéré un remarquable redressement après la crise de 2008 et pourrait croître cette année de 2,5%. Toutefois, le salaire mensuel moyen, d'un peu plus de 600 euros net, est parmi les plus bas dans l'UE, avec un niveau d'inégalités et de pauvreté relativement élevé.
Le taux de participation au deuxième tour s'est élevé à 38%.