20.09.2014 à 11:12

FootballVine et Instagram fâchent les diffuseurs

Vous avez raté le dernier but de l'AC Milan en championnat d'Italie? Vous le trouverez sur Vine et Instagram, où les mini-vidéos de foot tournent en boucle. Une situation qui fâche BeIN Sports, Canal+, Sky ou Mediaset, détentrices des droits.

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Un peu partout en Europe, les meilleurs extraits des championnats italiens, anglais ou français devraient fleurir à nouveau sur internet ce week-end.

Les passionnés de football filment, avec leur téléphone, une action ou un ralenti sur leur téléviseur et postent la séquence de quelques secondes sur les réseaux sociaux, juste après sa diffusion.

Cette pratique encore marginale a pris de l'ampleur cet été avec le Mondial de football au Brésil. Elle a le don d'agacer les groupes de télévision, comme Canal+ et BeIN Sports en France, ou Sky et Mediaset en Italie, qui ont chèrement acquis ces droits. Les chaînes y voient une forme de détournement.

Vine, le service de partage en ligne de vidéos, propriété de Twitter, et Instagram, son concurrent de chez Facebook, sont en première ligne.

Le quotidien sportif L'Equipe a récemment calculé que 6 secondes (durée d'une vidéo Vine) de retransmission d'un match de Ligue 1 coûteraient 2.100 euros à partir de 2016, lorsque BeIN Sports et Canal+ débourseront 748,5 millions d'euros par saison pour diffuser le championnat français. Pour l'heure, les deux chaînes payent 607 millions par an.

"Cela fait un an que l'on constate ce phénomène. Et cela s'est accentué avec le Mondial. C'est tout simplement de la mise en ligne sauvage de nos droits de diffusion et c'est un dommage commercial puisque cela peut se transformer en une perte de recrutement d'abonnés pour la chaîne", déclarait à la mi-août à lequipe.fr Laurent de Camas, directeur marketing de BeIN Sports. Contactée par l'AFP, la chaîne n'a rien voulu ajouter.

«Nous passons pour des rabat-joie»

"On paye les droits très cher, on a aussi envie que le produit soit protégé. C'est à la Ligue de football professionnelle d'agir", déclare de son côté Canal+ à l'AFP. La Ligue de football professionnel (LFP), instance qui commercialise les droits, n'a pas souhaité réagir. Elle avait récemment évoqué dans L'Equipe l'intention "d'envoyer des lettres recommandées à Vine pour les obliger à faire respecter les droits des diffuseurs".

L'affaire ne se limite pas à la France. "C'est une brèche dans le copyright et nous déconseillons aux supporters de le faire. Nous développons des technologies, telles que des robots qui scannent Vine et nous travaillons avec Twitter pour atténuer cette activité", disait à la mi-août à la BBC, Dan Johnson, le directeur de la communication de la Premier League, le championnat anglais. "Je sais que nous passons pour des rabat-joie mais nous devons protéger notre propriété intellectuelle", avait-il ajouté.

En Italie, lors d'une réunion le 10 septembre, selon l'hebdomadaire L'Espresso, les clubs ont été invités par la Legacalcio, la ligue italienne, à ne plus diffuser de mini-vidéos d'avant-match (arrivée en bus des joueurs, vestiaires, échauffements...) pour ne pas nuire aux chaînes détentrices des droits qui montrent aussi ces instants. Dans ce pays, les chaînes payent 945 millions d'euros par an, 572 pour Sky et 373 pour Mediaset.

Du côté de Twitter, propriétaire de Vine, on rappelle qu'il existe un formulaire de signalement pour supprimer les vidéos qui vont à l'encontre des conditions d'utilisation.

Un bon connaisseur des réseaux sociaux s'étonne que les chaînes en France n'aient pas encore occupé ce terrain-là sur Vine ou Instagram: "Avec leurs moyens, n'importe quel diffuseur pourrait faire cela avec un beau rendu et même gagner de l'argent en mettant une publicité avant."

En attendant, les médias qui n'ont pas les droits, comme lequipe.fr durant le Mondial, contournent le problème. Le site a fait appel à l'agence Armstrong, spécialisée dans le réseau social Vine, pour recréer les meilleurs actions avec des figurines Lego! "On filmait à l'iPhone toute la nuit, après les matches. Au total, on a eu 15 millions de vues", explique à l'AFP Pierre Laromiguière, le président de l'agence.

(AFP)

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