Actualisé 05.12.2019 à 05:47

IncesteViolée par son père, abusée par son frère: une Vaudoise accuse

Une jeune femme a dénoncé son géniteur et son aîné à la justice vaudoise des années après les faits allégués. Sa mère est présumée complice pour avoir couvert les exactions prétendues.

par
lematin.ch
Ce procès intrafamilial est prévu sur deux jours, les 9 et 10 décembre, à Yverdon. Une jeune femme accuse son père de viol, son frère d'abus sexuels et sa mère de complicité.

Ce procès intrafamilial est prévu sur deux jours, les 9 et 10 décembre, à Yverdon. Une jeune femme accuse son père de viol, son frère d'abus sexuels et sa mère de complicité.

Jean-Paul Guinnard

Dans un huis clos intrafamilial et absolu, un père aurait violé sa fille durant quinze ans. Son frère aîné l'aurait abusée durant six ans. La mère de famille est, quant à elle, soupçonnée de complicité. Aucun des trois prévenus n'a jamais été détenu. Dans quelques jours, ils comparaîtront libres à Yverdon. Il est vrai que les faits dénoncés se situent entre avril 1996 et le printemps 2011. Et que la victime a déposé plainte tardivement, en août 2016, dans le cadre d'un processus de travail thérapeutique. Encore une audience où ce sera la parole de l'un contre la parole de l'autre. Et où la mise en accusation pourrait bien être renversée par la défense.

Dès l'âge de 4 ans

La plaignante a 27 ans aujourd'hui. Lundi 9 décembre, le procès de ses parents (55 et 54 ans), ressortissants portugais établis dans le canton de longue date, et de son grand frère (31 ans) s'ouvrira devant le Tribunal correctionnel d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. A ce jour, elle n'a pas demandé à ne pas être confrontée à ceux qu'elle dit avoir détruit son enfance et son adolescence, à ceux qui l'auraient privée de son innocence et de son insouciance. Elle affirme que, de 1996, dès l'âge de 4 ans, et jusqu'en 2011 alors qu'elle est devenue majeure, elle a subi les assauts de son père régulièrement. Puis, dès ses 13 ans, des attouchements et des tentatives de contraintes de son aîné.

Jouer pour violer

L'acte d'accusation du Ministère public détaille par le menu des viols, des contraintes, des actes d'ordre sexuel commis par son géniteur. Pire, des exigences qui révulsent. L'inceste répété, sans limites, ni dans le temps, ni dans la durée, ni dans la brutalité. Avec préservatifs dès les premières règles. L'inceste dans la salle de bains, dans son lit, dans le lit parental et sur le canapé du salon. Pour parvenir à ses fins, il aurait prétexté des jeux sous forme de caresses du dos, des jambes, des cheveux et du visage avant d'attenter à l'intimité de sa fille. Celle-ci n'aurait pas non plus échappé à d'autres violences, physiques et verbales: claques, fessées, coups de ceinture, cheveux tirés, poignets entravés.

Menaces de mort et d'internement

La jeune femme prétend également avoir été frappée, étranglée, menacée de mort. Lorsqu'elle tentait de résister aux agressions, son bourreau se montrait encore plus féroce, indique le Parquet dans son ordonnance de renvoi. Pour l'empêcher de parler, le Portugais du Nord vaudois aurait prétexté un secret, donné des pièces de 5 francs et d'autres cadeaux. Au fil du temps, il l'aurait même intimidée, au point de lui faire croire qu'il allait la faire interner en hôpital psychiatrique. Le quinquagénaire nie en bloc les allégations de sa cadette, qui certifie avoir été son objet sexuel dès ses 4 ans et jusqu'à l'âge de 19 ans.

Le frère admet certains actes

Le frère de la plaignante se serait livré, lui, régulièrement à des attouchements sur sa sœur dès l'âge de 13 ans et jusqu'à ses 19 ans. Il aurait également tenté de la contraindre à plusieurs reprises. Il lui aurait encore imposé des fellations. Ceci dans la chambre qu'ils partageaient, puis dans celle de sa proie lorsque chacun a eu la sienne. De quatre ans son aîné, le trentenaire devra répondre d'actes d'ordre sexuel avec un enfant et de tentative de contrainte sexuelle. Contrairement à son père, le fils ne conteste pas complètement.

Morceaux de canapé arrachés

Leur mère, quant à elle, paraît être au courant de ces abus, selon le procureur Patrick Galeuchet. Au point d'écrire dans l'acte d'accusation que la victime ne pouvait s'en ouvrir à elle, celle-ci la traitant de «tarée». Plusieurs fois, elle aurait essayé de forcer la porte de la chambre où étaient enfermés leur fille et son mari, comprenant ce qu'il s'y tramait. Elle aurait également constaté que la petite, devenue adolescente, arrachait des morceaux de canapé avec ses dents et abîmait des meubles dans les pièces où elle subissait les assauts de son père. Elle comparaîtra pour complicité. Pour ne pas s'être interposée de manière plus ferme et ne pas avoir dénoncé la situation. La prévenue réfute toute culpabilité.

Films et fichiers pornos

En marge des infractions retenues entre 1996 et 2011 sur dénonciation de la plaignante, le père (entre 2012 et 2015) et le fils (en 2016) se sont rendus coupables de pornographie à divers degrés. Ils sont poursuivis pour avoir consulté et/ou téléchargé vingt fichiers relevant de la pornographie enfantine et deux représentant des actes de zoophilie. Le père aurait en outre montré à sa fille des films pornographiques ou érotiques avant qu'elle n'ait atteint son adolescence.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!