Yémen: Violents raids aériens sur Sanaa

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YémenViolents raids aériens sur Sanaa

La coalition menée par l'Arabie saoudite a ciblé plusieurs positions tenues par les rebelles chiites houtis en représailles à une attaque qui a coûté la vie à 60 soldats.

L'aviation de la coalition menée par l'Arabie saoudite a multiplié ce week-end ses frappes contre les rebelles au Yémen.

Ces raids ont été menés en représailles à une attaque qui a coûté la vie à 60 soldats de la coalition engagés sur le terrain.

Dimanche, les raids aériens visaient des positions des rebelles chiites houtis, soutenus par l'Iran, et des unités des forces yéménites restées fidèles à l'ancien président Ali Abdallah Saleh, qui s'est rallié aux insurgés.

D'autres raids ont ciblé des positions rebelles à l'entrée nord de Taëz, selon des habitants de cette grande ville du sud-ouest du Yémen. Mais les avions ont également frappé par erreur une zone du nord du Yémen, faisant au moins 20 morts, selon des chefs tribaux.

Dizaines de morts

Samedi, les avions de combat s'étaient déjà relayés depuis le petit matin pour attaquer le QG des forces spéciales dans le centre de Sanaa, des dépôts d'armes et d'autres positions rebelles. Selon un bilan de sources médicales cité par l'agence Reuters, 27 civils ont été tués dans les raids de samedi au Yémen.

La coalition avait également tué douze rebelles dans des pilonnages sur des positions à Bayhan, à l'est de Sanaa. C'est de cette localité de la province de Marib qu'aurait été tiré le missile qui a coûté la vie à 45 Emiratis, dix Saoudiens et cinq Bahreïnis vendredi.

Détermination des Emirats

Les dirigeants des Emirats arabes unis ont décrété vendredi un deuil national de trois de trois jours. Les funérailles des soldats ont fait la une des quotidiens locaux qui évoquaient à la fois «le sacrifice et la fierté de toute une nation».

«Nous sommes déterminés à débarrasser le Yémen de la pourriture», a lancé, selon la presse locale, l'homme fort des Emirats, le prince héritier d'Abou Dhabi, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Hahyane, commandant en chef adjoint des forces armées, en référence aux rebelles. Selon lui, «la vengeance (des Emirats) ne saurait tarder».

«Fuite en avant» des Saoudiens

Loin de provoquer un changement de stratégie, cette hécatombe devrait «renforcer la détermination» de la coalition, estime Mustafa Alani, spécialiste des questions de sécurité au Gulf Research Center, basé à Genève.

Conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, François Heisbourg croit lui aussi «qu'on va vers une fuite en avant» des Saoudiens. «Entre la désescalade et l'escalade, c'est l'escalade qui est choisie, ce qui explique les bombardements massifs en ce moment», affirme-t-il.

«Si l'Arabie mettait la pédale douce, ce serait un échec tout à fait majeur pour l'équipe» du roi Salmane, dont «la politique a consisté à aller chercher le conflit contre les Iraniens par Yémen interposé», estime François Heisbourg.

«Le problème, c'est l'Iran»

Mustafa Alani minimise le coup porté à la coalition. Selon lui, les pertes de l'alliance arabo-sunnite sont «insignifiantes» comparées au «nombre énorme» de victimes du camp chiite, dont les capacités ont été «complètement dégradées».

«La victoire est très proche maintenant», assure-t-il, en rappelant que, pour la coalition, le problème au Yémen, c'est plus l'Iran que les rebelles.

«Dès le début», l'offensive des Houthis «a été perçue comme une menace pour l'ensemble» des monarchies sunnites du Golfe, explique l'analyste genevois. «Ils y ont vu une tentative par l'Iran de reproduire l'expérience du Hezbollah libanais dans la Péninsule arabique et ils ont dit 'non' (...) Cet objectif ne va pas changer sous la pression», selon lui.

Téhéran ne jouera pas l'escalade

De son côté, «l'Iran doit faire un choix» mais François Heisbourg «n'a pas l'impression qu'il va jouer délibérément l'escalade, d'autant plus qu'il n'en a pas besoin car les chiites yéménites sont a priori capables de donner du fil à retordre aux Saoudiens sans que Téhéran ne soit obligé de mettre beaucoup au pot», ajoute-t-il.

La coalition estime qu'un règlement du conflit doit être basé sur la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui somme les rebelles de se retirer de tous les territoires conquis et d'accepter le rétablissement du gouvernement «légitime» qui s'est exilé en Arabie saoudite. Selon Mustafa Alani, les rebelles «ont commencé à faire des concessions» sous la pression militaire et «finiront par plier».

(ats)

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