27.08.2015 à 07:15

Etats-UnisVirginie: «Un meurtre ciblé pour les réseaux sociaux»

Le meurtre des deux journalistes en direct a non seulement relancé le débat sur les armes, mais aussi sur le rôle d'internet, qui donne accès à l'horreur, sans aucun filtre.

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On apprend que le tueur, Flanagan, aurait eu l'intention de tuer davantage de personnes. (Samedi 29 août 2015)

On apprend que le tueur, Flanagan, aurait eu l'intention de tuer davantage de personnes. (Samedi 29 août 2015)

AFP
Un homme a froidement abattu en direct les deux journalistes d'une chaîne de télévision locale US et a filmé lui-même la scène dont il a publié les vidéos sur les réseaux sociaux. (Jeudi 27 août 2015)

Un homme a froidement abattu en direct les deux journalistes d'une chaîne de télévision locale US et a filmé lui-même la scène dont il a publié les vidéos sur les réseaux sociaux. (Jeudi 27 août 2015)

Keystone
Dès le lendemain, on en apprenait un peu plus sur le profil du tueur. Flanagan a poursuivi en justice deux de ses ex-employeurs dont la chaîne WDBJ7 (dont il a tué deux employés) pour «licenciement abusif».

Dès le lendemain, on en apprenait un peu plus sur le profil du tueur. Flanagan a poursuivi en justice deux de ses ex-employeurs dont la chaîne WDBJ7 (dont il a tué deux employés) pour «licenciement abusif».

AFP

L'homme qui a abattu en direct deux journalistes mercredi 26 août aux Etats-Unis a ouvert un chapitre inédit dans l'usage des réseaux sociaux, en se mettant seul en scène lors de l'attaque dans des vidéos partagées sur Twitter et Facebook.

>> Lire aussi: Fusillade: le tireur avait envoyé à ABC un manifeste

>> Deux journalistes abattus en direct, le tueur décédé

Ce drame a non seulement relancé l'éternel débat sur les armes à feu, mais aussi sur le rôle d'internet, qui donne accès à l'horreur, sans aucun filtre.

Mise en scène pour les réseaux sociaux

Peu après les faits, des images apparemment filmées par l'assaillant ont été publiées sur des comptes Facebook et Twitter au nom de Bryce Williams, le pseudonyme sous lequel le tireur, Vester Lee Flanagan, exerçait comme journaliste.

On y voit la caméra s'approcher de la scène, les deux reporters de la chaîne WDBJ7 en train de faire leur interview sans se rendre compte de rien. Puis une main brandissant une arme apparaît dans le cadre. Le tireur semble ensuite attendre, comme pour être sûr que l'interview est bien diffusée en direct à l'antenne, puis la main tenant l'arme est relevée une seconde fois et pointée vers la journaliste, Alison Parker. On entend des coups de feu et des cris tandis que la caméra tombe ou est abaissée, puis c'est l'écran noir.

Dans une série de tweets publiés juste après l'attaque sur le même compte, @bryce_williams7 a aussi tenté d'expliquer son geste, notamment en invoquant des propos racistes d'Alison Parker. La police annoncera plus tard qu'il s'est suicidé.

«Une nouvelle page dans l'ère internet»

Pour Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies Associates, «on dirait que nous tournons une nouvelle page dans l'ère internet».

«Ce n'est pas entièrement nouveau, parce que des organisations comme le groupe Etat Islamique font depuis un moment des vidéos d'exécutions», reconnaît-il. «Mais c'est la première fois que c'est fait par un indépendant, une personne sans affiliation particulière» à une organisation criminelle ou terroriste.

«C'était un meurtre ciblé pour les réseaux sociaux, un meurtre du 21e siècle prévu pour avoir des témoins», a aussi commenté le journaliste David Folkenflik sur le site de la National Public Radio (NPR).

Lecture automatique des vidéos sur les tweets

Il dit lui-même s'être retrouvé spectateur «de manière imprévue», en raison d'une fonctionnalité qui chez beaucoup d'utilisateurs lance la lecture automatique des vidéos intégrées à des tweets, et qui a donc amplifié l'audience des images de la tuerie.

Les comptes Twitter et Facebook du tueur ont rapidement été supprimés parce qu'ils violaient les conditions d'utilisations des deux réseaux. Des copies publiées sur YouTube ont également été retirées et remplacées par un message invoquant les règles du site sur les contenus «choquants et répugnants».

Pour Roger Kay, des acteurs de la taille de Facebook, Twitter ou YouTube «ne peuvent pas laisser quelque chose comme cela rester plus longtemps» sur leur site, même s'ils ont en général une approche «passive», attendant qu'on leur signale les contenus problématiques faute d'avoir les moyens techniques d'empêcher automatiquement leur mise en ligne.

Le public «obligé» de voir ces images dérangeantes

Résultat: «Le public, s'il est sur Facebook ou sur Twitter, sera obligé de voir des vidéos dérangeantes comme cela», et des copies pourront toujours être faites et rediffusées sur des parties plus ou moins obscures de la toile, prévient l'analyste.

En publiant les images de ses propres actes, le tireur de Virginie illustre aussi le côté sombre du journalisme citoyen que les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ont encouragé depuis les révolutions arabes.

Des applications comme Meerkat ou Periscope permettant de diffuser des vidéos en direct depuis un smartphone, ont récemment étendu le champ des possibles de ces journalistes citoyens.

Une sorte de 'performance artistique'

«Quand des gens voient la police au Caire faire du mal à des manifestants, on veut ces vidéos citoyennes qui enregistrent les mauvaises actions, obligent à endosser la responsabilité», note Roger Kay. Mais avec l'attaque de mercredi, «ce n'est plus juste enregistrer quelque chose qui est en train de se passer, c'est être un agresseur et créer une sorte de 'performance artistique'».

Ce qui pose ensuite aux médias la question de diffuser ou pas les images, filmées par le tueur lui-même ou capturées en direct à l'antenne par la caméra du journaliste assassiné.

«Quelle est la différence entre ce type qui publie ça sur Twitter et Facebook, et Yahoo qui prend les images télévisées et les met sur sa Une? Le même sensationnalisme opère dans les deux cas», note Roger Kay.

(AFP)

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