Actualisé 02.04.2020 à 06:59

Vitor, Julie, Francisco: que sait-on des très jeunes victimes?

Pandémie

En Europe, des enfants et adolescents ont été tués par le coronavirus. Des cas restent mystérieux ou font polémique, d’autres semblent clairs.

par
lematin.ch
Vitor, 14 ans. Julie, 16. Francisco, 21. Tous décédés du coronavirus.

Vitor, 14 ans. Julie, 16. Francisco, 21. Tous décédés du coronavirus.

Des enfants ou adolescents tués par le coronavirus. On savait que ce serait rarissime mais pas impossible. Mais maintenant que la pandémie de coronavirus frappe pleinement l’Europe, on doit constater que des cas existent, et ils engendrent beaucoup d’émotion. Voilà ce que l’on sait des plus jeunes victimes de l’épidémie au Royaume-Uni, en Belgique, en France, en Italie, au Portugal, en Espagne et en Suisse.

PORTUGAL Vitor, 14 ans

Originaire d’Ovar, près de Porto, Vitor Godinho, 14 ans, a été hospitalisé samedi dernier, le 28 mars. Il est mort le lendemain. Bien que très sportif, ce jeune adolescent était atteint de psoriasis, maladie de la peau qui peut engendrer un affaiblissement du système immunitaire. Mais il était pourtant décrit comme en bonne santé. Les autorités sanitaires locales ont cependant appelé à la prudence et à attendre les conclusions de l’enquête médicale, parlant pour Vitor «d'une situation clinique complexe, avec d'autres pathologies graves».

FRANCE Julie, 16 ans

Décédée mercredi 25 mars à l’hôpital Necker, Julie A. 16 ans, est un des cas les plus troublants rapportés. L’adolescente parisienne, selon sa famille, était en parfaite santé. Une semaine avant sa mort, selon les témoignages de sa mère et de sa sœur, elle avait «juste une toux». Puis, lundi 23, sont venus des quintes de toux et des essoufflements jugés «pas énormes». Elle consulte. Le médecin constate une déficience respiratoire «acceptable» et le Samu décide d’hospitaliser Julie.

Dans la nuit, la jeune Française est en insuffisance respiratoire. Le mardi elle est admise en réanimation. Dans l’après-midi elle se dit fatiguée mais les nouvelles sont rassurantes. Tard dans la soirée, sa maman est pourtant appelée en urgence. L’état de sa fille s’est dégradé. Elle doit être intubée. Quelques heures plus tard, vers 1 heure du matin, elle décède. Selon Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, Julie a été victime d'une «forme sévère du virus» qui est «extrêmement rare» chez les jeunes.

BELGIQUE Rachel, 12 ans

La plus jeune victime de l’épidémie connue en Europe, 12 ans, a été présentée sous le prénom Rachel par la presse belge. La jeune fille de Gand avait été mise en quarantaine chez elle, manifestement après une suspicion de coronavirus. Mais elle se portait plutôt bien, selon les témoignage recueillis. Puis tout est allé très vite et a pris un tour tragique. Selon «Het Nieuwsblad»: son état se dégrade brutalement lundi dernier. Sa famille, d’origine ghanéenne, maîtrise mal le flamand et se trompe de numéro d’urgence: elle appelle la police. Et là, complètement paniquée, la famille, qui n’a pas de voiture, est incompréhensible pour son interlocuteur. Résultat: aucune ambulance n’est dépêchée.

La police tente par trois fois de recontacter cette famille. En vain. C’est finalement un voisin qui mène Rachel à l’hôpital. Où elle décède. Le virologue et président du comité scientifique coronavirus belge Steven Van Gucht a affirmé que la jeune fille ne souffrait pas d’autre maladie qui pourrait expliquer une fragilité particulière. Une enquête a été ouverte pour comprendre pourquoi la police n’a envoyé aucune ambulance malgré les incompréhensions.

ESPAGNE Francisco, 21 ans

Décédé mi-mars, Francisco Garcia reste manifestement la plus jeune victime du coronavirus en Espagne. Le tout jeune homme de Malaga, entraîneur d’un club de football amateur, avait 21 ans. Son cas est cependant plus compréhensible que pour d’autres jeunes défunts: atteint par une leucémie récemment diagnostiquée, il faisait clairement partie des personnes à risque. Reste que sans l’épidémie, notent des médias espagnols, Francisco serait toujours en vie et aurait des chances de vaincre son cancer.

ROYAUME-UNI Ismael, 13 ans

Ismail Mohamed Abdulwahab, 13 ans, est la plus jeune victime britannique de la pandémie. Le tout jeune ado londonien a développé des symptômes de la maladie au coronavirus, principalement une difficulté à respirer, et a été admis au King’s College Hospital. «Il a été mis sous respirateur, plongé dans un coma artificiel mais est malheureusement décédé hier matin», a communiqué mardi sa famille. Se disant «au-delà de la dévastation», a relaté «The Independent», ses proches ont indiqué qu’à leur connaissance Ismail ne souffrait d’aucune pathologie. L’hôpital n’avance aucune précision sur ce cas avant les résultats d’une autopsie.

ITALIE Luca, 19 ans

Bien que l’Italie soit le pays le plus endeuillé au monde, avec plus de 13 000 décès enregistrés ce jeudi, son plus jeune mort du coronavirus sera enregistré dans les statistiques britanniques. Et il fait polémique. Cuisinier originaire des Abruzzes, Luca Di Nicola est décédé mardi 24 mars à Londres, à 19 ans. Ce cuisinier y vivait avec sa mère.

Il était en pleine santé, affirme sa famille. Selon «La Repubblica», après des premiers symptômes, toux, fièvre, un médecin s’est contenté de lui prescrire du paracétamol. Le 23 mars, son état s’est dégradé. Le même médecin lui a rendu visite chez lui. Et lui aurait lancé, selon le quotidien italien. «vous êtes jeune, fort et vous ne devriez pas vous inquiéter de cette mauvaise grippe». Le lendemain il se serait plaint de douleurs à la poitrine avant de s’effondrer. Mené aux soins intensifs il est décédé une demi-heure à peine après son admission. La mort de Luca était-elle évitable? La BBC explique que le ministre italien des Affaires étrangères Luigi di Maio a été approché pour exiger une enquête sur la mort du tout jeune homme.

SUISSE Une Genevoise, 32 ans

Il n’y a pas de décès d’enfants ou d’adolescents enregistrés en Suisse à ce jour, même si une trentaine de jeunes (0-19 ans) ont tout de même été hospitalisés. La plus jeune victime dans le pays reste une Genevoise décédée le 11 mars. Il s’agissait d’une jeune femme de 32 ans «présentant des comorbidités sévères».

Ces différents cas européens, tragiques, sont tous singuliers. Mais les décès de très jeunes personnes, y compris en bonne santé, existent bel et bien, même s’ils sont rarissimes.

«Même si les personnes âgées sont les plus touchées, les jeunes gens ne sont pas épargnés», prévenait mi-mars le directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. «J’ai un message pour les jeunes: vous n’êtes pas invincibles, le virus pourrait vous envoyer à l’hôpital pour des semaines ou même vous tuer.»

Renaud Michiels

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